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Le Courrier | A Lausanne, un garçon de treize ans est menotté pour un renvoi forcé

En ligne depuis le 11 janvier 2014 - modifié le 5 août 2014

La police vaudoise entrave un mineur et sa mère malentendante, en vue d’une expulsion forcée en application des accords de Dublin. L’opération a choqué les milieux de défense de l’asile.

Article de Sophie Dupont paru dans Le Courrier, le 11 janvier 2013. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

A six heures du matin le 4 décembre dernier, la police entre par surprise dans une chambre du foyer de requérants d’asile de Valmont, à Lausanne, pour un renvoi forcé. Huit agents réveillent Mme B. et son fils, iraniens, qui s’étaient opposés à leur expulsion en Italie en application des accords Dublin. «Ils ont attrapé mon fils violemment par le poignet et l’ont forcé à baisser la tête en faisant une pression sur sa nuque», rapporte Mme B. dans un témoignage relayé par une interpellation déposée au Grand Conseil. Indigné par des pratiques qu’il juge graves, le député Jean-Michel Dolivo (La Gauche) a interrogé le Conseil d’Etat sur un «délit d’inhumanité».

La mère et son fils de treize ans ont été menottés et entraînés, une partie de leurs affaires mises en vrac dans un sac. Des photos que Le Courrier s’est procurées montrent des ecchymoses sous les genoux et aux avant-bras du jeune garçon, séquelles, selon lui, de l’intervention policière. «Les agents ont refusé que j’emmène mon appareil auditif», relate pour sa part Mme B., qui souffre de surdité bilatérale de degré sévère. La police rétorque que la requérante portait son appareil lorsqu’elle se trouvait dans l’avion.

«Pour la sécurité»
Mme B. avait demandé l’asile en Suisse avec son fils en avril 2013, au motif qu’elle était persécutée dans son pays d’origine pour s’être convertie au christianisme. En application des accords Dublin, les autorités ont décidé de la renvoyer en Italie, d’où elle détenait un visa. Son recours contre la décision d’expulsion avait échoué.
«Les policiers ont fait face à une opposition violente», estime Philippe Jaton, porte-parole de la police cantonale vaudoise. Opposition violente? «C’est-à-dire que la mère et le fils se sont recroquevillés sur eux-mêmes, en refusant d’obtempérer à la police qui leur demandait de s’habiller pour sortir», complète-t-il. L’utilisation de menottes est décidée par les policiers au cas par cas, «dans la proportionnalité, dans un souci de sécurité pour les personnes et les policiers», ajoute le porte-parole. Y compris pour les mineurs: «Cela peut arriver dans des cas de mise en danger, afin de protéger le mineur et les intervenants», insiste Philippe Jaton, refusant de préciser si la pratique est courante.
Conseiller d’Etat chargé de l’asile, Philippe Leuba ne se prononce pas sur l’utilisation de ce type d’entraves sur des mineurs. «La police cantonale définit elle-même les moyens qu’elle juge bons de mettre en œuvre lors de ses interventions en fonction de son appréciation de la situation», se limite-t-il à répondre par écrit.
«L’intervention m’a beaucoup choquée», réagit quant à elle Karine Povlakic du Service juridique d’aide aux exilés (SAJE), chargée du dossier. «Mme B. vient d’un milieu éduqué, elle est très calme. Je ne crois pas qu’elle ait résisté à l’intervention. La police agit toujours de manière brutale, partant du principe que l’opération va mal se passer.» Si la juriste a déjà eu connaissance de cas d’opérations violentes, et même de personnes qui se jettent par
le balcon pour ne pas être renvoyées, c’est la première fois qu’elle est confrontée à un mineur menotté.
Durant le vol, Mme B. a été séparée de son fils, placée à l’autre bout de l’appareil. Elle aurait voyagé pieds et mains liés, aurait perdu connaissance et se serait souillée, après qu’on lui a refusé de se rendre aux toilettes avant le vol. Arrivés à Milan, après avoir erré sans argent et sans comprendre un mot d’italien, mère et fils se sont retrouvés dans un campement avec d’autres familles migrantes, «où il n’y a aucune organisation pour accueillir les gens».
Un constat également relevé par l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), auteur, en octobre 2013, d’un rapport sur les «renvois intenables vers l’Italie». Selon l’organisation, les migrants doivent présenter une adresse avant de déposer une demande d’asile, traitée parfois plusieurs mois plus tard.

Dans un foyer en montagne
Privés de ressources, ils se retrouvent souvent sans abri ou vivent dans des squats ou des bidonvilles. La plupart des requérants sous le régime Dublin transférés en Italie viennent de Suisse, note encore le rapport. «La Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a naguère relevé que la collaboration avec ce pays était meilleure que ce que beaucoup prétendent», rétorque Philippe Leuba.
A Milan, Mme B. et son fils n’ont pas attendu un accès improbable à la procédure d’asile. Après quatre jours, grâce à la charité d’autres migrants qui partagent leur quotidien précaire, ils ont réuni une somme d’argent leur permettant de retourner à Lausanne.
A la gare de la capitale vaudoise, une connaissance de la famille a retrouvé la mère et le fils, «errants, les yeux hagards». «Le garçon m’est tombé dans les bras, tremblant», relate la Rennanaise Aline Sambuc. Les deux Iraniens vivent aujourd’hui dans un foyer en montagne, loin de Lausanne où l’enfant était très bien intégré à l’école, selon les dires de ses enseignants. Une demande de reconsidération de la décision de renvoi a été déposée le 10 décembre.
Sans nouvelles de l’Office des migrations, Karine Povlakic du SAJE s’inquiète. La famille n’est toujours pas à l’abri d’un renvoi.


 

 

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