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IRIN | Les réfugiés nigérians inquiètent le Cameroun

En ligne depuis le 1 février 2014

Sur les milliers de réfugiés nigérians contraints de fuir les combats entre les membres du groupe djihadiste Boko Haram et l’armée nigériane dans le nord-est du pays, seuls environ 1 800 se sont installés dans un camp établi au Cameroun voisin. D’autres sont partis vivre chez des proches habitant dans des villages situés le long de la frontière, ce qui complique le processus d’identification et soulève l’inquiétude des autorités camerounaises qui craignent de voir des insurgés infiltrer les communautés locales.

Article publié sur le site de l’IRIN, le 30 décembre 2013. Cliquez ici pour lire l’article sur le site de l’IRIN.

La frontière entre le Cameroun et le Nigeria traverse plusieurs villages où vivent des groupes ethniques similaires ; les autorités locales indiquent que les Nigérians qui se sont installés chez leurs parents camerounais ne se considèrent généralement pas comme des réfugiés, ils affirment qu’ils ne font que rendre visite à leur famille. On trouve des groupes comme les Hausa et les Fulani dans le nord-est du Nigéria et dans la région camerounaise du Grand Nord.

Les mouvements et le commerce transfrontaliers entre les deux régions se sont toujours fait sans difficulté ; les communautés qui vivent des deux côtés de la frontière sont endogames et partagent une culture commune. Cependant, depuis que l’état d’urgence a été imposé dans les états nigérians de Borno, Yobe et Adamawa, au nord-est du pays, en mai 2013, et que le pays a déployé des troupes et lancé une offensive militaire contre Boko Haram, les activités transfrontalières ont connu un ralentissement, les craintes liées à l’insécurité se sont accrues et les civils ont été contraints de fuir.

« Nous avons remarqué que les réfugiés ne veulent pas s’éloigner des villages [frontaliers] », a dit à IRIN Ndeye Ndour, la représentante du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Cameroun. « Ils veulent passer la nuit au Cameroun et traverser [la frontière] le lendemain pour s’occuper de leurs commerces ou de leurs fermes au Nigéria. Nous sommes confrontés à un dilemme : pour des raisons de sécurité, le gouvernement ne veut pas que ces réfugiés s’installent le long de la frontière, car il craint une infiltration de Boko Haram ».

Refus de s’installer dans le camp

Les autorités camerounaises ont enregistré 8 200 réfugiés nigérians et le HCR a procédé à la vérification de 5 000 d’entre eux pour l’instant, mais seuls 1 852 réfugiés ont accepté d’être transférés au camp de Minawao, à une centaine de kilomètres de la frontière. Les autres ont choisi de rester chez des proches installés dans des villages frontaliers.

Selon Mme. Ndour, des chefs de villages ont dissuadé les réfugiés d’aller à Minawao dans l’espoir que le HCR et les autres organisations d’aide humanitaire s’intéressent à leurs communautés et y construisent des écoles ou des hôpitaux. C’est le cas dans l’est du Cameroun, où des réfugiés originaires de la République centrafricaine (RCA) sont hébergés par les communautés locales. « Ce qui fait la différence entre ces deux groupes [de la RCA et du Nigéria], c’est la question de la sécurité. Les réfugiés ne peuvent pas rester le long de la frontière de la région du Grand Nord », a-t-elle dit.

En octobre 2013, les forces camerounaises reconduisaient une centaine de Nigérians soupçonnés d’appartenir à Boko Haram à la frontière entre le Nigéria et le Cameroun lorsque des coups de feu ont été tirés. Quinze des Nigérians ont été tués, certains ont réussi à s’échapper et les autres ont été ramenés au Cameroun.

La menace Boko Haram

« Lorsque les réfugiés arrivent, ils devraient aller au camp, mais si certains d’entre eux refusent, cela veut dire que quelque chose ne va pas, et ce sont ces personnes que nous ramenons », a dit Bob-Iga Emmanuel, directeur de la division de la police rattachée au bureau du gouverneur de la région du Grand Nord.

Boko Haram a revendiqué l’enlèvement d’une famille française en mars 2013 et celui d’un prêtre français dans la région camerounaise du Grand Nord en novembre, ce qui met en lumière la [menace croissante] que représente le groupe et la difficulté de surveiller les 1 690 km de frontière. Le Nigéria et le Cameroun travaillent à la mise en place de patrouilles conjointes de sécurité pour lutter contre les militants islamistes.

Le Cameroun n’a pas rejoint les Forces interarmées multinationales qui se composent de troupes nigériennes, nigérianes et tchadiennes. Elles ont été mises en place à la fin des années 1990 pour combattre la criminalité transnationale et elles mènent des opérations de contre-terrorisme depuis l’émergence de Boko Haram. Les autorités de la capitale camerounaise, Yaoundé, craignent que le pays ne devienne la cible des attaques de Boko Haram en cas de participation à la force régionale. Selon certaines personnes, ces craintes sont injustifiées.

L’offensive militaire nigériane a chassé les insurgés de la plupart des zones urbaines du nord-est du pays ; les combattants islamistes se trouveraient désormais dans les montagnes nigérianes de Gwoza, non loin de la frontière camerounaise, mais la milice radicale poursuit ses violences.

Ali Shouek, 34 ans, vit avec sa femme et ses cinq enfants dans le camp de Minawao. Il a dit que des hommes armés appartenant au groupe Boko Haram avaient lancé un raid sur sa ville de Maiduguri en décembre 2012, tuant et blessant des civils, brûlant des églises et enlevant des enfants. Il a dit que la nuit de leur fuite du Nigéria avait été un « enfer … Ils [les combattants de Boko Haram] ont dit qu’ils voulaient faire de la région une région islamique. Si vous êtes chrétien, vous avez intérêt à vous convertir ou ils vous tuent. Si vous acceptez de vous convertir, ils vous font faire leurs activités – brûler des maisons et attaquer des civils ».

La vie dans le camp

Le camp de Minawao, prévu pour accueillir 10 000 personnes, a ouvert en juin 2013 dans le département de Mokolo, situé dans la région camerounaise du Grand Nord. Il est encore en construction. Des écoles et un poste de police ont été créés ; des puits de forage et des toilettes sont en construction. Les personnes installées dans le camp bénéficient d’un abri et reçoivent des rations alimentaires mensuelles ainsi que d’autres produits non alimentaires. « Jusqu’ici tout va bien », a dit M. Shouek. « Mais la maison, c’est la maison. On ne peut pas comparer sa maison avec quoi que ce soit d’autre ». Le HCR indique que le camp est un espace laïc qui accueille aussi bien chrétiens que musulmans.

Mustafa Bukara, 35 ans, a dit qu’il était le seul membre de sa famille à avoir fui au Cameroun. Il a dit à IRIN que les chrétiens et les musulmans s’entendaient bien, bien que M. Shouek ait parlé de tensions au début. « Imaginez ce que ça fait d’être chassé de votre maison par un serpent et de retrouver ce serpent … dans votre [lieu de] refuge. Ils [les musulmans] s’enfuient à cause de l’armée, pas à cause de Boko Haram ».

Mesures de sécurité

Les autorités camerounaises indiquent qu’elles ont renforcé la sécurité pour parer à toute attaque de Boko Haram. Il a été demandé aux chefs de village d’identifier les étrangers, notamment les prédicateurs inconnus dans leur région, et de signaler leur présence, a dit Ouhe Kolandi, un responsable en charge de l’administration et des affaires civiles dans le département de Mokolo.

Suite aux remous en République centrafricaine voisine et dans le nord-est du Nigéria, le Cameroun est devenu une zone plus sûre pour les personnes qui fuient le conflit. Le pays accueille plus de 100 000 réfugiés venant des deux pays voisins. Cependant, le Cameroun aussi est exposé à des risques de sécurité.

Albert Sidi, responsable des affaires économiques et culturelles au bureau du gouverneur de la région du Grand Nord, a dit : « Nous n’avons pas les ressources nécessaires pour surveiller toutes les frontières ».

 

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