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CRER | Belgique: Interview de Gisèle Mandaila sur les expulsions et les violences policières

En ligne depuis le 22 mai 2014 - modifié le 18 octobre 2014

Gisèle Mandaila, députée bruxelloise du FDF, est l’une des cinq personnes débarquées d’un vol Brussels Airlines le 15 février 2014 après avoir protesté contre le traitement infligé à Micheline, une jeune congolaise qui devait être expulsée à Kinshasa.

Billet publié sur le site de la Coordination contre les Rafles, les Expulsions et pour la Régularisation (CRER), le 8 mars 2014. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du CRER.

Etiez-vous consciente des circonstances dans lesquelles ont lieu ces expulsions? Est-ce que c’était la première fois que vous étiez confrontée à une situation de ce genre?

Oui, c’était la première fois. J’étais assise à l’avant de l’avion, ce sont les passagers à l’arrière qui ont vu la scène et se sont insurgés. Ils se sont levés en disant qu’ils refusaient de partir dans ces conditions. Quand j’ai voulu aller voir, un policier m’a expliqué que la jeune femme n’était pas attachée mais menottée au pied du policier. Je suis retournée à ma place mais les passagers à l’arrière insistaient, ils disaient qu’elle ne pouvait voyager dans ces conditions. J’ai décidé d’aller vérifier moi-même et j’ai vu qu’effectivement la situation était inacceptable.

Que s’est-il passé à l’arrière de l’avion?

La jeune femme m’a demandé de ne pas m’éloigner parce que le policier (ils étaient deux, une femme et un homme) avait menacé de lui mettre un coussin. J’ai demandé au policier: “Avec l’histoire de Semira, vous allez utiliser le coussin?”. Et il m’ a répondu: “C’est la loi, c’est comme ça, retournez à votre place!”. Je lui ai répondu: “Très bien, mais avant de retourner à ma place je vais faire des photos, vous permettez?”. Je lui ai dit aussi que j’allais demander à mes collègues du parlement fédéral d’interpeller la ministre Joëlle Milquet par rapport à ce que je venais de voir, puis j’ai appelé des journalistes.

C’est alors que vous avez été débarquée?

D’autres policiers sont arrivés et, peut-être parce que j’avais pris des photos, ils ont a voulu prendre mon appareil. Je leur ai dit que j’avais déjà envoyé les photos à la presse. Ensuite j’ai filmé la descente des autres passagers – on les a débarqués avec une violence inimaginable, une dame a été trainée par les pieds! – ce qui n’a pas plu aux policiers et l’un d’eux a essayé de me retirer l’appareil. C’est ensuite, dans la fourgonnette, que j’ai été frappée.

Vous avez déposé une plainte suite à ces coups.

J’ai porté plainte contre le jeune policier qui m’a frappée parce que j’avais refusé de descendre de l’avion pieds nus, sans manteau. Personnellement je ne conteste pas les expulsions, mais les conditions dans lesquelles elles ont lieu. Je trouve qu’il serait important de faire une évaluation pour voir si les conditions dans lesquelles les gens partent respectent les droits de l’homme. Je ne peux pas concevoir qu’on donne des leçons ailleurs et que nos policiers ne respectent pas les droits fondamentaux des détenus.

En lisant les déclarations du SLFP (le syndicat de la police), on a l’impression que les policiers considèrent qu’ils ont le droit d’avoir recours à la violence.

Il y a de l’impunité, les policiers agissent comme ça parce qu’ils savent que les plaintes seront classées sans suite. J’ai lu les communiqués des syndicats qui me critiquaient. Mais ces bavures, je les ai vues de mes propres yeux, on ne peut pas dire qu’elles n’existent pas. Je salue le travail de la police, mais il y a des jeunes policiers qui doivent suivre des formations de maîtrise de soi!

Est-ce que vous êtes consciente qu’il y a beaucoup de Congolais qui vivent ici, même s’ils n’ont pas de papiers, mais qui ont des attaches, une famille, et qui sont détenus et expulsés dans ces conditions?

Malheureusement oui. Au niveau associatif j’ai suivi des dossiers, j’ai été faire des visites en centre fermé quand j’étais plus jeune, et les conditions étaient inhumaines. A l’époque même les enfants étaient détenus, ce qui n’est plus le cas. C’est un combat qui se poursuit. J’ai été aux manifestations, j’ai manifesté à l’époque de la mort de Semira Adamu, c’est pour ça que ce samedi dans l’avion je ne pouvais pas rester sans rien faire. Les lois qu’on vote comme parlementaire, on doit les appliquer dans la pratique! Et il y a aussi un autre point: que se passe-t-il sur place, une fois que ces personnes ont été rapatriées? On n’a pas de nouvelles, on ne sait rien! J’ai parlé avec la maman de la jeune femme, elle m’a dit que sa fille est restée trois jours en prison et que depuis elle n’avait plus de nouvelles d’elle. Si c’est vrai, il faut qu’on se pose des questions: quand on renvoie des gens dans des pays comme ça, il faut s’assurer que ces personnes rentrent dans de bonnes conditions.

Suite aux faits du 15 février Joëlle Milquet est également intervenue…

Elle a promis une enquête, mes collègues du parlement fédéral l’interpelleront pour savoir ce qu’il en est. Par ailleurs, je viens d’apprendre que ce mardi 11 mars des collectifs de Congolais et d’autres associations africaines rencontreront Mme Milquet dans son cabinet pour discuter de ces bavures policières.

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