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Reliance | Tisser des liens entre les enfants, la famille et l’école

En ligne depuis le 26 septembre 2014 et publié dans - modifié le 30 juillet 2017

Reliance est une association genevoise qui propose depuis 2007 des tutorats à des enfants et jeunes en difficultés scolaires, issus du monde de la migration et en situation socio-économique difficile. Active dans plusieurs communes, Reliance a instauré une collaboration avec les directeurs, doyens, enseignants et éducateurs des niveaux primaire et secondaire obligatoires et privilégie les interactions avec les parents. Les tuteurs interviennent dans l’interface entre l’école et la famille; ce sont des tisseurs de liens, des passeurs culturels. Leur rôle est d’accompagner, expliciter, clarifier, guider.

Le tuteur permet à l’enfant et à ses parents de mieux comprendre leur environnement, dont l’école, ses codes et ses attentes pour que l’enfant s’y sente plus sûr, sache sur quoi concentrer ses efforts, restaure son estime de lui. Il permet à l’école de mieux comprendre le milieu dans lequel vit l’enfant, sa culture, la manière dont la famille se représente l’école, ce qu’elle ne parvient pas encore à comprendre.

Le tuteur élabore avec l’enfant les stratégies nécessaires au travail scolaire. Il propose les clés de compréhension des comportements, rites, fêtes, etc. du pays d’accueil, tout en reconnaissant ceux de l’enfant et de sa famille, en montrant la possibilité d’appartenir à deux cultures sans devoir en renier une. Il aide à la création du lien enfant-école, famille-école, enfant-quartier (infrastructures sociales et culturelles). Il est facteur d’affirmation de soi et de reconnaissance mutuelle.

Fin 2013, suite au «Premier rapport concernant les conditions d’existence des mineurs dans les centres d’accueil» de la Task force mandatée par le Conseil d’Etat genevois, RELIANCE a reçu de ce dernier la mission de créer une structure au sein du Foyer des Tattes pour ses résidents. A cet effet, elle a reçu une subvention de 40’000 francs. RELIANCE s’est rapidement mise au travail: recrutement de nouveaux tuteurs, prise de contact avec les professionnels qui interagissent déjà avec les familles concernées (intervenants de l’Agora, éducateurs et éducatrices, directeurs et directrices des établissements scolaires concernés et leurs enseignants, responsables de l’Hospice général (chargé de l’hébergement et l’intégration), autorités communales. Nous avons ainsi pu déterminer quelles étaient les familles pour lesquelles la situation était la plus urgente, entrer rapidement en contact avec elles et mettre les premiers tutorats en place.

Le Foyer des Tattes accueille une population très diverse, mais beaucoup de familles en attente, parfois très longue, de statut légal ou de renvoi, la plupart très démunies, n’ayant que l’aide d’urgence pour vivre. Précarité morale et matérielle, ambiance marquée essentiellement par la ségrégation et l’insécurité, lendemains inconnus sont leur lot.

Ayant tous droit à l’éducation, une soixantaine d’enfants du foyer sont scolarisés dans les écoles du quartier. L’école représente un lieu d’intégration fortement investi par les familles. Leur passé scolaire est très divers : certains sont analphabètes, d’autres ont connu des organisations scolaires basées sur des valeurs et des normes radicalement différentes des nôtres. Pourtant, hormis l’aide qu’ils reçoivent pour l’apprentissage du français, tous doivent être des élèves comme les autres!

Les tutorats offerts par RELIANCE se profilent donc comme un des moyens pour encadrer ces enfants, les soutenir, eux et leurs parents, dans leur recherche de compréhension de l’école genevoise, de ses codes et de ses exigences, dans leur réflexion sur le sens d’apprendre dans leur situation, dans la conquête des outils menant à l’autonomie dans le travail scolaire et à l’estime de soi.

Françoise Joliat
Présidente

Reliance recherche des bénévoles

Deux tutrices témoignent

Deux fois par semaine, j’aide un enfant tamoul à faire ses devoirs. Un engagement assez facile pour moi: je côtoie depuis de nombreuses années des réfugiés (vietnamiens, latino-américains, kurdes…) et je suis enseignante retraitée. A. vit au foyer des Tattes. Il parle assez bien le français. Il est spontané, notre relation est détendue. L’apprentissage de la lecture et de l’orthographe est difficile pour lui. J’ai eu plusieurs contacts avec son enseignante -des contacts cordiaux, constructifs, indispensables- qui pense qu’une aide supplémentaire serait nécessaire. Un avis que je partage. Malheureusement, le statut de la famille de A. ne lui donne pas le droit de profiter de l’appui de l’Office médico-pédagogique! Les contacts avec les parents de A., toujours sympathiques et souriants, sont limités par la barrière de la langue. Alors A. et sa soeur aînée font les traducteurs. Bien souvent, quand je quitte le foyer je suis envahie de sentiments de tristesse et d’impuissance: quel est l’avenir de ces enfants, de ces jeunes, de ces familles? Je ne suis qu’une petite goutte d’eau dans l’océan de l’asile. Avec toutes celles et tous ceux qui se battent pour améliorer la vie des requérants, il me paraît juste de continuer à lutter.

Cécile Duborgel


À peine débarquée à Genève, j’étais loin d’imaginer que je pourrais recommencer si rapidement l’une des activités que j’aime le plus et qui est aussi mon métier: l’enseignement. Après des années à Barcelone tournant autour de l’éducation et le travail avec les adolescents, ma vie a pris un virage à 360 degrés quand nous avons déménagé. Je ne savais pas comment retrouver mon lien avec l’éducation en Suisse, mais heureusement, Reliance a croisé mon chemin.

Qu’est-ce que Reliance signifie pour moi? En premier lieu, être capable d’exercer à nouveau ma profession, dans une réalité sociale complexe et souvent inconnue. Une réalité qui combine des éléments tels que la diversité culturelle et familiale et la diversité des traditions et de l’origine. C’est dans cette pluralité que les enfants doivent grandir, apprendre et développer leur personnalité. Cependant, il est tout à fait possible que le vécu de ces enfants rende cette tâche assez difficile. Notre rôle en tant que tuteurs-trices est d’essayer de donner aux enfants une base et les outils nécessaires pour retrouver confiance en eux et leur permettre de découvrir leur véritable potentiel.

En second lieu, Reliance représente un nouveau défi pour moi. Depuis que j’ai commencé ma collaboration avec Reliance il y a quatre mois, j’ai travaillé avec deux élèves, un frère et une sœur originaires d’Erythrée. Bien que j’aie été professeure en Espagne pendant des années, je me suis trouvée face à une situation complètement nouvelle pour moi. Nous communiquons en français, une langue qui n’est la langue maternelle d’aucun entre nous. Loin d’être un obstacle, cela nous a rapprochés, et mis sur un pied d’égalité. Par exemple, lorsque nous avons situé sur une carte nos pays d’origine et que nous avons constaté la distance avec Genève, notre nouvelle ville, cela a été un bon point de départ pour nous présenter et commencer à faire connaissance.

Je voudrais terminer en citant un des meilleurs moments de mon tutorat: à la fin d’un cours, j’ai reconnu le bon travail de lecture de mon élève. Elle est partie chez elle avec un grand sourire et au début du cours suivant, elle m’a demandé de continuer à lire car elle s’était exercée à la maison et elle voulait me montrer ce dont elle était capable.

Pilar Grau

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