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Le Courrier | Italie: Save the children se mobilise pour les MNA

En ligne depuis le 5 novembre 2014 - modifié le 8 février 2017

A Milan, Save the Children se mobilise pour donner un coup de main aux milliers de jeunes migrants non accompagnés (MNA) qui fuient les conflits armés et la misère.

Article de Andrée-marie Dussault publié dans Le Courrier, le 5 novembre 2014. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Sur fond de musique arabe à plein volume, dans un grand local clair, une quinzaine d’adolescents jouent au babyfoot, au billard ou sont postés devant l’ordinateur. C’est ici, au cœur de Milan, que Save the Children tient un centre de jour pour les réfugiés mineurs non accompagnés. «Nous offrons l’accès à internet, de l’assistance légale et médicale et nous dispensons des cours d’italien et des ateliers créatifs», explique Sara Sayed, coordinatrice du projet de l’ONG de défense des droits des enfants. «Les jeunes peuvent aussi se doucher ici et disposer de vêtements de rechange.»

Car la moitié des 300 ados – aucune fille – qui fréquentent le site depuis son ouverture en mai, à raison d’une trentaine par jour, dorment dans la rue, poursuit l’Egyptienne d’origine qui parle arabe et agit comme médiatrice culturelle. Les autres sont hébergés dans des «communautés» de six ou sept garçons, avec éducateurs, gérées par la commune de Milan. Pour la plupart, ces jeunes migrants viennent d’Egypte, de Syrie, de Libye, de Palestine et d’Erythrée. Selon les chiffres de l’ONG, en six mois 58’000 migrants, essentiellement syriens, sont arrivés par mer dans la péninsule. Parmi eux, 9000 mineurs, dont près des deux tiers voyageaient seuls.

Trois mille euros le passage

Mohamed, un grand jeune homme mince de 16 ans en training noir, interrompt son échange avec sa famille sur Facebook pour partager des bribes de son histoire. «Depuis plusieurs années, je voulais quitter l’Egypte pour avoir un avenir meilleur.» Avec la bénédiction de ses parents, il a quitté Menufeya, une ville du nord du pays, secouée par les violences, pour le port d’Alexandrie. Puis, en passant par la Libye, il a gagné l’Italie via trois embarcations de tailles diverses.

L’avant-dernière comptait 600 passagers. Mais pour couvrir les derniers kilomètres, les passeurs ont transféré Mohamed sur une barque. Le moteur a lâché avant d’atteindre la côte sicilienne et que les secours italiens le repêchent. Il évoque vaguement les violences et le racisme à bord: «Les Syriens avaient droit à des couvertures, les Egyptiens non.» ­C’était il y a quatre mois de cela, maintenant il vit en «communauté» à Milan. «Ce n’est pas toujours facile, glisse-t-il. Nous sommes six par chambre et les gars se disputent souvent entre eux.»

Korolos n’a pas la chance de Mohamed; il passe ses nuits à la belle étoile. Natif du sud de l’Egypte, l’adolescent, qui prétend avoir 16 ans mais qui en paraît 12 ou 13, raconte que dans son village, où la population se fait rare et vieillissante, plusieurs jeunes gens l’ont quitté pour l’étranger, et la majorité sont arrivés vivants à l’autre bout. «Mes parents ne voulaient pas me laisser aller, mais devant ma détermination, ils n’ont pas eu le choix», raconte-t-il, les yeux rieurs.

Pendant neuf jours, il a lui aussi voyagé à bord de plusieurs embarcations, toutes dans un état lamentable. «La dernière tombait tellement en ruine qu’en approchant de la Sicile les secouristes italiens nous en ont sortis et y ont mis le feu.» Ce n’est qu’une fois arrivé à destination, en vie, que son père a payé les 3000 euros exigés par le passeur. «En Italie, je veux étudier et travailler, avant de retourner dans mon pays», affirme-t-il.

Etat de choc à l’arrivée

Un autre compatriote, Ayman, 16 ans, les yeux bleus perçants et le duvet de moustache naissant, confie pour sa part avoir réussi à convaincre son père de le laisser partir pour l’Europe, en dépit de l’opposition de sa mère. «Il y a deux mois, mon père m’a réveillé à l’aube, raconte-t-il, me disant que si je voulais voyager, une embarcation partait le matin même. Je me suis levé d’un bond.»

Sa mère s’est réveillée mise devant le fait accompli. «La pauvre n’avait plus que ses yeux pour pleurer», regrette le jeune homme. En arrivant en Italie, après une traversée éprouvante, Ayman dit avoir été en état de choc pendant trois ou quatre jours et a même pensé vouloir retourner en Egypte. «Maintenant, je suis bien décidé à rentrer chez moi seulement après avoir fait des économies, et j’ai la foi, lance-t-il avec un air de défi. Allah est avec moi.»

Syriens en transit à la Milano Centrale

Sur la mezzanine de la gare centrale de Milan, entre l’entrée principale et les quais, une petite quarantaine de personnes patientent calmement. Les femmes, couvertes jusqu’aux chevilles et portant le hijab, certaines serrant un nourrisson contre elles, sont assises sur un long banc en pierre. A côté, les hommes se tiennent debout entre eux, discutant. Les enfants, une douzaine, âgés entre 2 et 10 ans, dessinent sur un tapis en caoutchouc multicolore au centre, près d’une table à langer.

Tous ces gens sont des réfugiés syriens en transit, pour l’essentiel issus de la classe moyenne, explique Valentina Polizzi, avocate et coordinatrice du poste d’accueil à la gare centrale de Milan de l’ONG Save the Children. «Depuis mai, nous leur offrons les services d’un pédiatre, d’un avocat, d’une médiatrice culturelle, et nous orientons ceux qui le souhaitent vers des centres d’accueil temporaires.» A quelques mètres, d’autres associations caritatives distribuent repas, vêtements chauds et biens de première nécessité.

La fréquentation a diminué récemment, remarque Valentina Polizzi. Jusqu’à la mi-septembre, ils étaient au moins cinq cents ou six cents Syriens à passer par le poste chaque jour. «Parfois, ils étaient mille, nous avons même atteint les mille quatre cents!» précise-t-elle. Même à plusieurs centaines dans un espace restreint, l’avocate jure n’avoir jamais entendu une dispute: «Ces gens sont très pacifiques et possèdent une grande dignité.»

Assise en tailleur avec les enfants, Sirin découpe des figurines en papier. La Syrienne de 30 ans a voyagé avec son père, sa sœur et Zaid, son fils de 5 ans. Son aîné, 6 ans, elle a dû le laisser derrière, laisse-t-elle entendre, détournant le regard. En Syrie, elle était maîtresse d’école. Elle a quitté son pays en 2012 pour passer un an au Liban, puis un autre en Egypte. «Où nous étions, il y avait beaucoup de rapts. Pour une femme seule avec des enfants, c’était dangereux.»

Elle n’a aucune idée de sa prochaine étape. «Tout ce qui m’importe, c’est de vivre dans une maison sécurisée avec mes enfants. Je veux qu’ils aillent à l’école et aient un futur.» Derrière elle, assis sur un banc de pierre, Elham et Marwan patientent avec leurs trois filles. Comme la plupart des Syriens ici, ils ne pensent rester en Italie que quelques nuits, histoire de reprendre des forces, puis poursuivre vers le Nord; ils ont de la parenté en Allemagne et au Danemark.

Ils ont quitté Lattaquié, leur ville natale et fief du clan du président Bachar el-Assad, il y a un mois. «On vivait sous les bombes, affirme Marwan, on a pris le risque de quitter le pays.» Elham, la mise impeccable, raconte qu’ils ont laissé leur maison, sans rien prendre, même pas des vêtements. En fuyant la Syrie, ils ont mis une journée pour faire un trajet qui prendrait une heure,normalement. «Nous avons traversé une trentaine de zones occupées par les rebelles», affirme Marwan. Pour arriver en Italie, ils ont dû payer le trafiquant en charge du bateau 7000 dollars par tête. AMD

Les jeunes non accompagnés de plus en plus nombreux

Porte-parole de la ville de Milan, Gabriella Polifroni explique comment les réfugiés sont pris en charge par les autorités communales.

Que fait la commune pour accueillir les réfugiés étrangers qui arrivent à Milan?
Gabriella Polifroni: Depuis la fin octobre 2013, moment où la commune a commencé à héberger les réfugiés passant par la gare centrale de Milan, nous en avons abrité 46’000, dont 11’000 mineurs. Parmi ces réfugiés, seuls 54 ont demandé l’asile en Italie. Habituellement, ces gens restent en moyenne cinq jours, puis de leur propre arbitre ils quittent le centre d’accueil et Milan. Ils viennent pour la majorité de Syrie, d’Erythrée, de Palestine, d’Egypte et de Libye. A leur arrivée, ils sont souvent dans un état de vulnérabilité physique et émotionnelle. Nous leur offrons un lit et de l’assistance médicale. Nous avons en ce moment une dizaine de centres d’accueil temporaires à Milan pour les familles et pour les hommes seuls, pouvant accueillir jusqu’à 1400 personnes à la fois.

Qu’advient-il des réfugiés mineurs non accompagnés?
La loi exige qu’ils soient pris en charge par la commune. Ils sont placés dans des logements communautaires et suivis par des éducateurs jusqu’à leur majorité. On les aide au niveau de l’intégration scolaire et de l’apprentissage d’un travail. Chaque mineur non accompagné coûte environ 75 euros par jour à la commune. Un des principaux défis à relever pour nous est la gestion du nombre de réfugiés mineurs non accompagnés. Ces derniers mois, il a augmenté significativement. Depuis janvier de cette année, nous avons accueillis 600 jeunes. Nous en avons deux fois plus que l’an dernier à la même époque. Trouver une place pour tous n’est pas toujours évidemment. AMD


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