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Le Courrier | Réfugiés syriens: le pari de la solidarité

En ligne depuis le 16 décembre 2014

Arrestations arbitraires et agressions sont de plus en plus fréquentes contre les exilés syriens au Liban. Mais certains réfugiés, ONG et autorités locales continuent de miser sur l’intégration.

Article de Emmanuel Haddad, paru dans Le Courrier, le 16 décembre 2014. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Célébrer l’Aïd al-Adha, la fête la plus importante pour les musulmans, les quelque 140 familles syriennes réfugiées dans le camp informel de Jarahiyyah, planté dans la vallée de la Bekaa, étaient loin d’en rêver. Car au-delà des maladies cutanées et des troubles psychosomatiques de leurs enfants, de l’accès de plus en plus restreint à l’eau potable et à la nourriture, ils font face à un problème d’un genre nouveau ces derniers temps: «Je me suis fait agresser par des soldats libanais à l’entrée du camp. Cela fait deux semaines, mais je ne peux toujours pas dormir, à la suite de coups de crosse de fusil reçus sur la nuque», témoigne Abed. Qu’a fait ce jeune Syrien pour être passé à tabac? «Rien. Ils pensent juste que tous les Syriens sont membres de Daech.»

Depuis la bataille d’Ersal début août, les djihadistes de Daech («Etat islamique») et du Front Al-Nosra détiennent plus de vingt soldats et gendarmes libanais en otages. Vendredi 5 décembre, le Front Al-Nosra a exécuté le quatrième d’entre eux, Ali Bazzal, provoquant l’ire de sa famille. «Aucun groupe d’aide internationale ou locale ne pourra utiliser notre ville pour faire passer de l’aide aux réfugiés syriens», ont déclaré des hommes armés de la localité d’origine du policier tué, dans la vallée de la Bekaa. L’exécution des trois otages précédents avait déjà provoqué une vague de représailles arbitraires contre les Syriens réfugiés au Liban: «Nous avons comptabilisé un total de vingt-sept blessés syriens, dont certains très graves: l’un d’eux a perdu un œil. La police n’a rien fait pour empêcher ces attaques et aucun agresseur n’a été poursuivi par la justice», rapportait alors Nabil Halabi, directeur de l’Institut libanais pour la démocratie et les droits humains (LIFE).

Solidarités érodées

Outre la «fatigue des pays hôtes», actée par la fermeture des frontières libanaises aux réfugiés syriens depuis le 22 octobre, les 1,2 million de Syriens réfugiés au pays du Cèdre auprès de l’UNHCR sont désormais victimes de la «fatigue des donateurs». Début décembre, le Programme alimentaire mondial annonçait la suppression, faute de fonds, de son aide alimentaire à destination de 1,7 million de réfugiés. A la suite de cette annonce, une levée de fonds d’urgence lui a permis de maintenir la distribution de coupons alimentaires. Jusqu’à quand?

Le 9 décembre, trente organisations humanitaires ont appelé la communauté interna-tionale à accueillir 180’000 Syriens, soit 5% des 3,6 millions de réfugiés syriens attendus dans les Etats voisins de la Syrie en 2015. L’objectif est clair: soulager des pays au bord de l’implosion pour éviter que la population hôte ne retourne sa frustration contre les réfugiés.

Dans ce contexte de tension croissante, les bénévoles de l’ONG Syrian Eyes ont marqué un point d’honneur à fêter l’Aïd aux côtés des habitants du camp informel de Jarahiyya. Non pratiquants pour la plupart, ces jeunes Syriens, eux-mêmes réfugiés, ont débarqué avec neuf moutons à déguster et des wagons de fortune tirés par un pick-up pour que les enfants puissent se défouler. La fête, qui s’est poursuivie jusqu’au petit matin, permet de calmer les esprits. Et d’éviter que les Syriens ne répondent par la force aux agressions dont ils ont été victimes. Un risque à envisager, selon l’économiste et blogueur libanais Mahmoud Mroueh: «L’exacerbation de la situation va inévitablement conduire à une réaction d’auto-défense de la part des réfugiés, ce qui, en l’absence d’un Etat impartial, est justifié dans toutes ses formes.»

Retisser les liens…

Créer une solidarité de fait entre Libanais et Syriens, telle est l’alternative à la violence mise en œuvre par des ONG comme Save the Children ou Oxfam. La première a créé 8000 emplois d’une durée de dix jours pour les Libanais et les Syriens vivant dans le Akkar et la Bekaa. Ces deux régions, les plus pauvres du Liban, sont aussi celles qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés depuis trois ans. La solidarité spontanée de leurs habitants a laissé place à la frustration. «Plus de 90% des Libanais perçoivent les réfugiés syriens comme une menace symbolique et économique. Quelque 90% des Libanais dans le Akkar et 75% dans la Bekaa veulent que le Liban cesse d’accueillir des réfugiés et que ces derniers n’aient plus accès au marché du travail», révèlent les travaux de Charles Harb, psychologue à l’université américaine de Beyrouth, menés en parallèle au projet de Save the Children.

… ou souffler sur les braises

En réaction à ces statistiques alarmantes, de nombreux médias dénoncent un racisme anti-syrien au Liban, certains allant jusqu’à qualifier les violences subies par les réfugiés de «pogroms». George Krikorian, vice-président de la municipalité de Bourj Hammoud, nuance: «La situation de tension aigüe débouche sur des incidents éparses. Certains hommes politiques et médias soufflent sur la braise pour servir des fins personnelles. A Bourj Hammoud, on ne parle que de la centaine de Libanais et Syriens qui se sont battus en juin dernier, jamais des 180’000 autres qui vivent en harmonie depuis trois ans!» regrette-t-il.

Travailler avec les autorités municipales permet aux ONG de faire en sorte que le soutien aux réfugiés ne se fasse pas au détriment des populations locales. «Nous coordonnons le travail des ONG pour deux raisons. La première est humanitaire. La seconde est l’intérêt des habitants de Bcharré: si un virus se propage, la municipalité doit être informée et pouvoir réagir», explique Antoine Khoury Tawk, maire de Bcharré. Dans cette ville chrétienne, Oxfam a créé quarante postes de travail répartis entre Libanais et Syriens pour replanter des Cèdres, l’emblème national.

Malgré cela, en août dernier, un groupe d’hommes cagoulés a agressé vingt-cinq Syriens réfugiés dans la ville, selon le rapport de Human Rights Watch sur les «Violences accrues visant les réfugiés syriens au Liban». Pour Makrab Malaeb, en charge de la crise syrienne au ministère des Affaires sociales, l’aide humanitaire ne suffit plus à éviter ce type de débordements: «Nous ne recevons pas assez d’argent pour freiner la crise économique entraînée par la crise humanitaire. Aux vues de l’instabilité régionale et des tensions internes, le Liban est au bord de la guerre civile.»

Fardeaux ou boucs émissaires?

«Il n’y a pas de racisme anti-syrien, mais des tensions socio-économiques, qui existaient déjà avant l’arrivée des Syriens. Les médias et politiciens utilisent les Syriens comme boucs émissaires pour expliquer tous les problèmes du pays: criminalité, terrorisme, accès à l’eau et à l’électricité… Jusqu’aux embouteillages!», s’insurge George Krikorian, vice-président de la municipalité de Bourj Hammoud.

Une situation que l’on retrouve en Jordanie voisine. En septembre 2012, le Centre jordanien pour les études stratégiques a révélé que 80% des citadins jordaniens soutenaient la ségrégation des Syriens dans des camps. Depuis une loi de juillet 2014, les Syriens qui s’installent hors des camps perdent l’accès à l’aide humanitaire et risquent l’expulsion en Syrie.

En Turquie, des habitants d’Istanbul ont manifesté l’été dernier contre la présence de réfugiés dans la ville. Une étude du centre d’études migratoires de l’université Hacettepe d’Ankara révèle que 62,3% des Turcs estiment que les quelque 1,6 million de Syriens présents en Turquie sont «nuisibles à la paix sociale». Et 57,4% d’entre eux veulent que la Turquie mette un terme à cet exode.

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