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En ligne depuis le 28 décembre 2014

Editorial de Philippe Bach, publié dans Le Courrier, le 18 décembre 2014. Cliquez ici pour lire l’éditorial sur le site du Courrier.

L’affaire de l’incendie qui s’est produit dans la nuit du 16 au 17 novembre au centre pour requérants d’asile des Tattes à Vernier (GE) sert de révélateur au climat délétère qui règne sur le dossier de l’asile, où les amalgames pullulent et les contre-vérités prospèrent.

Les plaintes déposées par l’avocat Pierre Bayenet1 permettent de lever une partie du voile pudique – ou impudique, c’est selon – qui est jeté sur cette triste affaire. Un mort, quarante blessés, deux paraplégiques. Le tout serait la faute à pas de chance… Le rapport des pompiers est pourtant éloquent. Si les gens ont sauté par les fenêtres, c’est bien que des portes étaient bloquées, des fenêtres condamnées, pas parce que certains auraient paniqué. Même le caractère prétendument intentionnel de l’incendie opportunément évoqué n’est pour l’heure pas avéré. Bref, en réduisant ce drame à une affaire d’affrontements interethniques, on s’affranchit un peu trop facilement des responsabilités de l’Etat.

Il est assez symptomatique que l’étude d’avocats qui œuvre dans ce dossier soit celle du candidat qui, précisément, avait secoué le cocotier lors de l’élection au poste de procureur général. Dans le cadre du consensus mou bien helvétique, la gauche institutionnelle avait choisi de laisser le champ libre au sortant, Olivier Jornot. Avec sa candidature kamikaze, Pierre Bayenet a obligé ce dernier à sortir du bois. A l’arrivée, ce rapport de force politique a permis de montrer que, oui, à Genève on traque et on emprisonne des sans-papiers pour le seul crime de ne pas avoir le droit d’être ici (et non parce qu’ils seraient des dealers de drogue, comme l’affirmait péremptoirement le procureur général sortant candidat à sa propre succession). Une stratégie du dévoilement bienvenue.

En déposant ces plaintes, les effets de la politique répressive que le duo Jornot-Maudet met en œuvre au bout du lac – et qui contraste avec celle du canton de Vaud, où des espaces de dialogue politique subsistent – sont mis en lumière.

Il n’est pas normal que des personnes qui ont tout perdu soient bâillonnées avec un chèque pour solde de tout compte de 250 francs, comme cela a été pratiqué. Il n’est pas normal que ces personnes sortent pieds nus de l’hôpital et, qu’en désespoir de cause elles s’adressent à leur avocat pour trouver des vêtements. Il n’est pas normal que ces victimes soient ensuite expulsées par vol spécial, comme cela s’est déjà produit dans au moins un cas.

Tout cela s’inscrit dans un cadre politique affligeant. Celui qui fait de personnes terrorisées et fuyant leur pays des moutons noirs. Celui qui voit une droite – populiste ou non – surfer sur la vague xénophobe pour engranger quelques voix et détourner l’attention des vraies raisons de la misère du monde. Celui d’une population anesthésiée et qui se retrouve soudain face à des destins brisés, des personnes avec leur histoire. Cela nous donne des responsabilités. En respectant les normes fondamentales en matière de droit – un des marqueurs de la démocratie –, en les écoutant et en les accueillant dans des conditions qui garantissent un minimum de dignité humaine. Cela devrait être une évidence; cela n’intéresse pourtant plus grand monde.

 

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