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En ligne depuis le 30 décembre 2014 et publié dans - modifié le 1 août 2017

L’intégration, c’est à la mode… servie à toutes les sauces, les autorités ne manquent pas de rappeler qu’une bonne intégration est nécessaire pour pouvoir bénéficier durablement d’une autorisation de séjour en Suisse. La maîtrise d‘une langue nationale devient incontournable. Notre expérience de terrain tend à monter que les choses ne sont pas si simples. L’intégration, et l’apprentissage de la langue en particulier, ne se font pas par décret. Des moyens sont nécessaires de même qu’un accompagnement bienveillant et personnalisé.

De toute évidence, l’apprentissage de la langue est une priorité et doit débuter le plus rapidement possible. Des cours intensifs, adaptés à la situation de la personne et complétés par une immersion dans la société, permettent de rapides progrès. Pourtant, les entraves sont nombreuses sur ce chemin, les désillusions et les découragements aussi. C’est de fait un véritable parcours du combattant qui débute, parcours où la personne migrante se sent souvent seule et démunie lorsque ce qui lui est proposé ne correspond pas à ses besoins, à sa réalité du moment. Chaque histoire est unique et singulière.

En mars 2013, je reçois A., un jeune homme arrivé en Suisse en juin 2012 grâce à une demande d’asile depuis l’étranger. Médecin dans le pays qu’il a dû fuir, il souhaite travailler ici dans le domaine de la santé. L’accès au marché du travail est limité pour les demandeurs d’asile en cours de procédure (livret N) (1). Dès lors, il cherche à ne pas rester inactif et à mettre à profit  le temps de la procédure pour apprendre rapidement le français. Pourquoi est-il venu frapper à notre porte?

Depuis son arrivée, A. a demandé des cours intensifs de français à l’Hospice général, chargé de l’accueil, l’encadrement et l’intégration des réfugiés à Genève. Il n’a jamais obtenu de cours, faute de place lui dit-on. Il ne se décourage pas et fréquente tous les lieux qui dispensent des cours gratuits, travaille sur internet et pratique l’échange de savoirs (français contre anglais). Parlant déjà quatre langues, l’apprentissage d’une 5ème est facilité. A. apprend vite. En six mois il atteint le niveau A2, soit le niveau maximum financé par l’Hospice général pour un demandeur d’asile en procédure (livret N). Le bon sens voudrait qu’il puisse suivre un cours adapté à son niveau (B1) et que celui-ci soit financé par des mesures d’intégration, comme les autres formations. Et bien non, ce cas de figure n’est pas prévu par le système genevois. Il faut attendre l’obtention du statut de réfugié ou une admission provisoire pour bénéficier de cours financés par la Confédération, grâce au forfait intégration. Bien sûr, il peut le faire, mais à ses frais. Débourser 1000.- Frs alors qu’il dispose d’un montant mensuel de 426.- Frs pour vivre, c’est tout simplement impossible (2).

A. est arrivé au CSP avec beaucoup d’attentes, un peu comme l’endroit de la dernière chance. Trouver un tel financement n’est pas une sinécure, même si la demande est légitime et bien fondée. Après bien des démarches, un couple de médecins finance une partie du cours, le CSP une autre et A. peut poursuivre son apprentissage. En parallèle, il travaille à Genève Roule pour bénéficier des contre-prestations, soit 300.- Frs par mois pour 20h de travail hebdomadaire, afin de payer un 2ème cours qui lui permettra d’atteindre le niveau B1+. Ces cours de français l’ont remobilisé et permis de poursuivre ses démarches d’intégration.

En décembre 2013, après 18 mois en Suisse, A. obtient l’asile (permis B réfugié). Il peut enfin construire un projet de vie et professionnel en Suisse en partant avec un bon niveau de français. Sa chance? Avoir refusé de baisser les bras face aux lourdeurs et obstacles administratifs. Etre resté actif de sa propre vie, parce qu’il en avait les compétences et les ressources intérieures. Une force que toutes et tous n’ont malheureusement pas face à l’appareil bureaucratique, face à l’incertitude sur un avenir possible en Suisse. Il en est bien sûr le premier bénéficiaire, mais la société d’accueil profitera aussi plus rapidement de ses compétences et de sa volonté de participer à la vie économique. Il devrait également bénéficier de mesures d’intégration… parce qu’il a enfin le bon permis!

Mais huit mois plus tard, force était de constater que l’obtention du permis B réfugiés n’avait pas changé grand chose pour lui: décision arbitraire de l’Hospice général de le maintenir aux montants d’assistance des demandeurs d’asile (moitié moins élevée que l’assistance sociale ordinaire) sous prétexte qu’il serait en formation. Une intervention écrite du CSP et 2 mois d’attente auront été nécessaires pour que la décision soit rectifiée. Validation du financement de cours de français par l’HG obtenue quasiment au moment où le cours était terminé… L’objectif de A. étant de pouvoir exercer son métier, il doit, comme tout médecin titulaire d’un diplôme étranger hors UE, passer un examen fédéral. Soit en recommençant des études, soit, au terme de trois ans de pratique comme médecin assistant dans un établissement public. Mais il lui faut une autorisation de droit de pratique délivrée par les autorités cantonales. Coût: 500 frs. Comment faire lorsqu’on ne reçoit que 451 frs mensuels d’assistance? Il a fallu se battre pour chaque petite chose, ce que nous avons fait ensemble. Mais le découragement n’était pas loin.

Son parcours est un exemple parmi d’autres. Bien souvent, de l’écoute, un petit coup de pouce et de la bienveillance permettent de mobiliser les ressources personnelles des personnes migrantes. A contrario, trop d’indifférence et des échecs successifs découragent et démotivent les personnes. Celles-ci s’installent dans une sorte de no man’s land parfois durable et très dommageable notamment en matière de santé et de capacités d’intégration. En 2013, seuls 6,8% des demandeurs d’asile en Suisse étaient «actifs». Quant aux personnes titulaires d’une admission provisoire (permis F), elles étaient 38,7% à être en emploi. Une statistique revue à la baisse par une récente étude (voir éditorial).

Lucine Miserez Bouleau
assistante sociale au secteur réfugiés du CSP Genève


Notes:

(1) Voir LASI, art 43 et OASA, art 52

(2) Montant de l’assistance pour une personne seule à Genève (dégressif selon la taille du foyer).

Il faut savoir que comme tout demandeur d’asile, A. a dû s’acquitter d’une taxe spéciale de 15’000 francs. Un montant qui peut être prélevé sur le salaire, mais qu’il a pu verser à son arrivée en Suisse (toutes ses économies). Par ailleurs, pour pouvoir bénéficier de l’aide sociale, le demandeur d’asile n’a pas le droit de disposer de plus de 2000 francs de fortune. Autrement dit, il devient totalement tributaire de l’assistance financière de l’Hospice général pour toute démarche (trouver un logement et l’équiper, formation, etc.). Le contraire de l’autonomie…

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