top menu

Plateforme d’information sur l’asile

Actualités et documentation sur les réfugiés en Suisse et dans le monde

Comptoir des médias

Une veille médiatique sur les questions d’asile, pour une information sans préjugés

Réfugiés | Préjugés et réalité

Des faits et des chiffres pour lutter contre les idées reçues

Revue Vivre Ensemble

Bulletin de liaison pour la défense du droit d’asile

Migr’asile

Des ateliers pédagogiques proposés par des acteurs de terrain

Association Vivre Ensemble

Service d'information et de documentation sur le droit d'asile

Glossaire de l’asile

Mémo[ts] pour parler d'asile et de migrations

Témoignages video

Une plateforme de témoignages videos

Editorial | Présenter les faits: un enjeu démocratique

En ligne depuis le 8 janvier 2015 et publié dans - modifié le 4 août 2017

Règle numéro 1: Créer les conditions menant à un ras-le-bol généralisé ou à une peur irrationnelle.

Règle numéro 2: Casser toute mesure destinée à résoudre la source du problème.

Règle numéro 3: Lancer des campagnes de désinformation, pointer du doigt les responsables politiques pour leur incapacité à résoudre le problème.

Règle numéro 4: Se présenter comme les Sauveurs, seuls à même de donner une vraie réponse aux «craintes de la population» qu’on a soigneusement entretenues.

Voilà la recette à laquelle s’amusent les populistes de l’UDC depuis plusieurs décennies, avec le succès qu’on leur connaît. Leur thème de prédilection: l’immigration. L’exemple le plus caricatural: la question de l’hébergement des demandeurs d’asile.

En 2006, alors Conseiller fédéral, Christoph Blocher avait taillé dans l’effectif de l’ex-Office fédéral des migrations et réduit le financement fédéral pour l’hébergement dans les cantons à un nombre fantasmé de 10’000 demandes d’asile par an (1). Les cantons avaient alors démantelé leurs structures d’accueil.

A cette époque, toute l’Europe connaissait une baisse des demandes. Christoph Blocher prétendait -et il continue de le faire – que ses révisions législatives avaient et auraient un effet dissuasif. Comme si les conflits et la situation internationale étaient sans effet sur les flux migratoires. La réalité: depuis 1996, la moyenne des demandes d’asile annuelles avoisine les 22’000 requêtes.

Les conditions-cadres du chaos sont ainsi posées: il est plus facile de fermer un centre d’accueil que d’en ouvrir un. Des campagnes criminalisant les réfugiés, des petites phrases instillant l’idée que les personnes venues en Suisse n’ont pas besoin de protection n’incitent ni les populations voisines à se montrer accueillantes, ni les politiques à défendre de tels projets. Les autorités sont alors contraintes d’agir dans l’urgence – parce qu’évidemment, il n’y a pas assez de places d’hébergement. Urgence renforçant un sentiment d’invasion pourtant démenti par les chiffres (2). L’UDC n’a alors plus qu’à venir critiquer les autorités en place pour leur incurie…

Alors, à votre avis, pourquoi Christoph Blocher, et l’UDC avec lui, voudrait-il aujourd’hui dénoncer le Règlement Dublin? A-t-il peur de voir son fond de commerce lui échapper? Il y a peut-être un peu de cela. Actuellement, la Suisse est la championne toute catégorie des renvois vers les autres Etats membres de Dublin… (3) Avoir le double de demandes d’asile à traiter alimenterait la propagande UDC.

Mais il y a surtout le fait que ces dernières années, des garde-fous ont été apportés dans l’application du Règlement Dublin par plusieurs juridictions, dont la Cour européenne des droits de l’homme. Car au final, la véritable cible de l’UDC, ce sont les droits fondamentaux garantis par une Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) qu’ils rêvent de dénoncer. Ce faisant, ils priveraient le citoyen (et pas seulement les étrangers!) d’un droit de recours face à l’arbitraire de l’Etat. L’échelon supranational, la Cour européenne des droits de l’homme (CourEDH), organe de contrôle de l’application de la CEDH, n’aurait ainsi plus prise sur la violation de certains droits par les autorités suisses, y compris des droits indérogeables – et inscrits dans notre Constitution – tels que l’interdiction de la torture et des traitements inhumains et dégradants.

Et c’est bien le risque de violation de ce droit par les autorités suisses qu’a sanctionné la CourEDH dans deux récents arrêts (voir p. 4-6). Peu de commentateurs politiques et de chroniqueurs ont jugé utile de présenter les choses ainsi. Hypnotisés par le discours UDC, ils n’y ont vu que «l’occasion donnée à l’UDC» pour lancer son initiative visant les juges étrangers ou la mise en danger d’un système Dublin jusqu’ici conçu par la Suisse comme une machine automatique à expulser, quelle qu’en soit l’issue pour les hommes, femmes ou enfants. Il est là, le pain béni pour l’UDC: réussir à faire oublier que notre démocratie est fondée sur la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et le respect des droits fondamentaux.

L’information en est un des piliers (p.2). Et à l’heure de publier notre 150ème numéro, nous sommes plus que jamais déterminés à y contribuer.

Sophie Malka


Notes:

(1) Un accord entre le DFJP et le chef du Département de la défense de l’époque prévoyait que l’armée mette à disposition ses infrastructures militaires fédérales en cas de hausse des demandes. Mais les capacités de l’armée ont été jugées surévaluées: seules 900 places étaient disponibles au niveau fédéral (Vivre Ensemble, n° 120, décembre 2008). En 2008, on dénombrait déjà 12’000 demandes d’asile. En 2012, les autorités se sont rendues à l’évidence que l’hypothèse d’un nombre maximum de 10’000 était “improbable” et que l’accord “n’était plus applicable” (ODM, Plan d’urgence Asile, 2012).

(2) Voir notre nouvelle page Statistiques.

(3) NZZ am Sonntag, 15 novembre 2014, Abschiebung von Asylsuchenden, Wie die Schweiz von der EU profitiert, Lukas Häuptli.

, ,