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Le Courrier | Les deux forteresses

En ligne depuis le 11 avril 2015

En Sicile, la migration d’hier, qui voyait les Italiens partir comme saisonniers en Suisse, a laissé la place à celle du Sud: celle de ceux qui arpentent les orangeraies en attendant leurs papiers.

Article de Laura Drompt, publié dans Le Courrier, le 11 avril 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Personne n’arrive par hasard à Mineo, en Sicile. Après avoir traversé la plaine de Catane sous l’œil de l’Etna, il faut encore trouver la route escarpée menant à cette ville bâtie comme une citadelle.

Entre deux virages en épingle, on aperçoit régulièrement des silhouettes de réfugiés – masculines pour la plupart – montant depuis le centre d’accueil pour requérants d’asile (CARA) de Mineo. Sur les panneaux routiers, le centre est désigné sous le nom de «Residence degli aranci» («Résidence des oranges»).

La ville de Mineo et le CARA: respectivement cinq mille et quatre mille résidents. Deux forteresses aux réalités radicalement antagonistes qui, pourtant, se font écho. En haut, les visiteurs sont vite repérés et discrètement observés depuis les balconnets à l’italienne. En bas, au centre, la surveillance est assurée par des militaires en treillis, fusil d’assaut à l’épaule.

Un objectif: tuer le temps

Devant le CARA, des grappes de réfugiés discutent assis sur la barrière bordant la route. Certains ont des téléphones portables à la main qui diffusent de la musique. A Mineo, ce sont surtout des têtes grisonnantes qui se rassemblent pour palabrer sur la place centrale du village, entre le buste de l’auteur Luigi Capuana et un antique quartier général estampillé «Parti Communiste».

Des deux côtés, cette impression que le but principal est de tuer le temps. Mineo a perdu la moitié de ses habitants depuis 1950, les jeunes tentant leur chance sous des cieux économiquement plus prometteurs. La vague des années 1960 a eu le temps de partir et de revenir s’installer dans les maisons fatiguées, sur les toits desquelles poussent même des cactus. «Vous venez de Suisse? J’y ai vécu! Près de Berne, à Burgdorf, pendant plus de quinze ans. Des années difficiles» glisse cette dame qui
tient une petite quincaillerie.

Berne, Bienne, Bâle, plus rarement en zone francophone: les autres habitants de Mineo y sont passés ou y connaissent de la famille. A l’entrée du village, une enseigne à l’allure moderne vante d’ailleurs les départs de cars pour la Suisse deux fois par semaine, le mardi et le samedi, pour 159 euros.

Le Nord toujours en vue

Le Nord porteur d’espoir, voilà ce qui a aussi motivé la plupart des occupants de la «Résidence des oranges». Mais eux se sont trouvés bloqués au milieu de la Sicile, dans un camp, attendant les précieux sésames qui leur donneront accès à l’Europe.

Libres de leurs mouvements en journée mais isolés de tout – il faut plus d’une heure et demie de marche pour atteindre Mineo –, ils passent les heures en marchant à travers la plaine et le long des orangeraies. Croisés sur un chemin menant à un pâturage, Aziz et Jackson expliquent en anglais qu’ils préfèrent «se promener» des heures plutôt que de «rester assis» au «camp» comme ils appellent le CARA.

Ils se sont connus avant la traversée de la Méditerranée. Trois jours de mer qui ne leur a pas laissé le temps de parvenir à Lampedusa, le trajet s’étant soldé par un sauvetage au large des côtes siciliennes.

Au moins un an d’attente

D’où venaient-ils avant cet épisode? Comme un compagnon d’infortune, croisé un peu avant, les deux jeunes hommes préfèrent ne pas trop en dire sur eux, leur passé et leurs conditions de vie. «On veut juste ne pas poser de problème.» Depuis sept mois qu’ils résident au centre, ils se sont rendus une fois à Catania et une autre à Mineo. C’est surtout Jackson qui parle, Aziz restant en retrait et s’asseyant sur ses talons. Et s’ils obtiennent enfin les papiers espérés, quelle sera la suite? Jackson rit. Il verra le moment venu, sans famille à part son père resté au pays, il ne sait pas exactement ce qu’il en sera. Mais de toute façon, explique-t-il, les papiers ne tombent jamais avant un an. Selon les explications d’une jeune femme à l’entrée du CARA, il en est même qui attendent là depuis plus de trois ans.

Cette situation de latence pèse tant sur les migrants que sur les résidents de Mineo. Au village, des voix s’élèvent contre ce centre et la tension est palpable: plusieurs affiches dans le bourg appellent à la fermeture du CARA. Un sujet qui sera l’objet d’un prochain reportage dans nos pages.

Deux ONG lancent une opération de sauvetage en Méditerranée

Les ONG Médecins sans frontières et Migrant offshore aid station (MOAS) vont lancer une opération commune de recherche, sauvetage et aide médicale en Méditerranée où des dizaines de milliers de personnes risquent leur vie en essayant d’atteindre l’Europe. L’opération aura lieu de mai à octobre.

Une équipe de vingt personnes sillonnera la Méditerranée à bord d’un bateau de sauvetage de 40 mètres de long équipé de bateaux semi-rigides à moteur et de drones de surveillance.

«Notre motivation est simple», a expliqué hier dans un communiqué le directeur de MOAS, Martin Xuereb. «Personne ne mérite de mourir et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que ceux qui se sentent contraints de traverser cette mer traîtresse dans des vaisseaux de fortune ne coulent pas.»

«Quand nous avons lancé nos opérations l’an dernier, nous avons sauvé trois mille personnes en soixante jours. Nous espérons avoir encore plus de succès cette année dans nos opérations pendant six mois avec MSF», a-t-il poursuivi. En 2014, plus de deux cent dix-huit mille migrants ont tenté de traverser la Méditerranée, mais au moins trois mille cinq cents d’entre eux ont perdu la vie, faisant de ce trajet «la route la plus mortelle du monde», selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

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