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DevReporter | Le Comptoir des médias veut briser les préjugés sur l’asile

En ligne depuis le 9 juin 2015 - modifié le 24 octobre 2016

Depuis 2013, l’association Vivre Ensemble tente d’améliorer la qualité de l’information liée aux réfugiés dans les médias de Suisse romande.  

Article de Romain Desgrand, paru sur le site de l’association DevReporter, le 5 juin 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site de l’association.

Petite devinette: quelle différence faites-vous entre un «migrant illégal», un «réfugié» et un «clandestin»? Si pour vous, la nuance entre ces trois termes n’est pas claire, pas de panique, nous ne sonnerons pas l’hallali. D’autant plus que vous n’êtes pas les seuls. Les médias véhiculent aussi, inconsciemment ou non, un certain nombre de préjugés sur les réfugiés et les migrants.

En Suisse, l’association Vivre Ensemble tente depuis deux ans de lutter contre les stéréotypes avec son projet baptisé Le Comptoir des médias. Le principe? Passer au crible les journaux romands pour dénicher erreurs, imprécisions et autres amalgames.

Pour en revenir à notre petite devinette, il s’agissait en réalité d’une question piège. Pour Vivre Ensemble, parler de «migrant illégal» ou de «clandestins» est inapproprié. L’association explique sur son site dans l’article D’ «opposants» à «clandestins»: le parcours médiatique des personnes migrantes:

«L’utilisation des termes «illégal» et «clandestin» renvoie généralement aux notions de «crime» et de «police». François Crépeau, Rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme des migrants, insiste sur le fait que si l’irrégularité correspond à la violation d’une règle juridique, il s’agit en l’espèce pour les réfugiés ou immigrants «de passer la frontière sans les documents requis»; une violation d’un droit administratif du même ordre qu’un parcage hors d’une zone bleue.»

Délicatesse et pédagogie

Le Comptoir des médias est né en 2013 suite à une votation sur le durcissement de la loi sur l’asile en Suisse. «Lors de la campagne qui s’est tenue en parallèle de cette votation, des articles étaient publiés chaque jour sur la problématique de l’asile, avec des erreurs, des stéréotypes, des données approximatives, raconte Sophie Malka, coordinatrice à Vivre ensemble. Ce sujet est particulièrement émotionnel en Suisse. Nous avons décidé de nous structurer pour tenter de rectifier ce qui était faux.»

Statistiques erronées, illustrations douteuses, terminologies inadaptées… Un groupe de «veilleurs» bénévoles analyse au quotidien le contenu des médias romands (journaux, télés, radios, web). Lorsqu’un journaliste commet un impair, l’association intervient directement auprès de l’auteur et du média avec une opération dite de Fact-checking. L’objectif est de les accompagner et de les outiller de manière pédagogique, en contextualisant l’information et en proposant des personnes ressources à interroger et de la documentation.

L’approche reste délicate: si le Comptoir pointe du doigt les erreurs, il ne veut pas pour autant faire office de «donneur de leçon». «Nous ne cherchons pas la confrontation et nous ne voulons pas vexer les journalistes. Nous avons tous des idées préconçues», concède Sophie Malka. «Les journalistes sont eux-mêmes victimes de préjugés». Ancienne professionnelle de l’information et journaliste de formation, Sophie Malka connait bien les rouages des médias et bénéficie ainsi d’une légitimité dans son approche. «Les journalistes sont de plus en plus sous pression, doivent travailler rapidement sans avoir toujours le temps de vérifier l’information».

Parfois l’intervention est plus périlleuse. L’utilisation de certaine terminologie ou de photographie à double-sens peut faire débat. «Nous avons déjà eu des fins de non-recevoir, explique Cristina Del Biaggio, chargée de projet Comptoir des médias. Mais généralement, lorsque l’erreur n’est pas contestable, l’auteur apporte une correction». Celle-ci peut se traduire par une modification même de l’article s’il est en ligne, ou par la publication d’un erratum ou d’un édito.

«Téléphone arabe»

L’ère du numérique ne facile pas la tâche et lorsqu’une intox est lancée, l’engrenage médiatique fait rapidement l’effet d’une boule de neige. «Les médias répètent et se répètent, témoigne Cristina Del Biaggio. Les dépêches d’agence de presse et les communiqués de partis politiques ou d’institutions sont repris à la chaîne». Diffusée à grande échelle, l’information est aussi coupée, modifiée, reformulée. «C’est un peu comme le jeu du téléphone arabe, ajoute Sophie Malka. Au final, ça n’a plus le même sens.» Exemple: une citation dans la presse évoquait dernièrement un «afflux» de réfugiés sans précédent en Suisse depuis la Seconde Guerre mondiale. L’auteur de l’article citait un journal de suisse alémanique, qui lui-même citait un autre média dans lequel il n’était pas question de «la Suisse» mais de «l’Europe». Initialement, l’information émanait  d’une communication du UNHCR (agence des Nations unies pour les réfugiés) qui indiquait que «dans le monde», la situation des réfugiés était proche de celle la Seconde Guerre mondiale. «Ce qui, en soi, est difficilement comparable étant donné que la population mondiale n’est pas la même qu’il y a 50 ans», précise Sophie Malka.

Quand un préjugé est véhiculé à grande échelle et de manière récurrente, des décryptages thématiques sont réalisés avec une analyse fouillée. Ils sont ensuite adressés aux rédactions sous forme de communiqués et parfois présentés dans le cadre d’une conférence de presse.

Depuis le début de l’année 2015, 19 interventions et 1 décryptage ont été lancés. Au fil des mois l’équipe est parvenue à tisser des liens avec les reporters. Désormais, il n’est pas rare que le Comptoir soit sollicité en amont par des journalistes à la recherche de ressources et de témoignages. Sophie Malka et Cristina Del Biaggio projettent également de rassembler médias, chercheurs et acteurs du monde associatif pour plancher sur la création d’un document de référence, du type glossaire ou code de bonne conduite, pour en faire un outil d’appui à la production d’une information plus juste.

L’année dernière une première brochure synthétisant les interventions du Comptoir des médias et ses impacts a été éditée. L’association valorise également en ligne les publications remarquables et les reportages de qualité publiés dans la rubrique Perles de comptoir. Dans l’avenir, Vivre ensemble pourrait bien étendre son projet à d’autres problématiques, comme le racisme par exemple. En attendant, l’équipe espère inspirer d’autres initiatives similaires. À bon entendeur…