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Le Courrier | Tessin: La compassion freinée par la bureaucratie

En ligne depuis le 23 juillet 2015

Les Tessinois qui souhaitent tendre une main aux requérants d’asile ne manquent pas, mais certains élans de solidarité font face aux difficultés administratives.

Article de Andrée-marie Dussault, publié dans Le Courrier, le 23 juillet 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Au Tessin, ces dernières semaines ont été intenses en ce qui concerne l’arrivée de réfugiés à la frontière avec l’Italie. Fin juin, certains jours, plus de cent personnes, notamment des Erythréens, se sont présentées à la frontière de Chiasso pour demander l’asile en Suisse.
Devant ces arrivées, le chef du gouvernement cantonal, Norman Gobbi (Lega dei Ticinesi, extrême droite), a affirmé que si l’«afflux de réfugiés» se maintenait, la frontière devrait être fermée. A l’instar de plusieurs politiques à ­l’échelle nationale, Lisa Bosia se dit préoccupée par cette déclaration: «Ces propos sont particulièrement troublants lorsque l’on sait qu’aux frontières de l’Europe se déroule la plus grave crise humanitaire depuis la Deuxième Guerre mondiale.» Ces gens ont rejoint le Vieux-Continent au péril de leur vie, fuyant des violences extrêmes, rappelle la députée socialiste au Grand Conseil tessinois.

Protocole pointilleux

«Est-ce que bloquer les frontières serait digne d’un pays qui se targue d’une longue tradition humanitaire?» questionne celle que la presse a baptisée la pasionaria des réfugiés. Depuis quinze ans, Lisa Bosia travaille au Soccorso operaio svizzero (Œuvre suisse d’entraide ouvrière OSEO) auprès des demandeurs d’asile et connaît les histoires souvent tragiques à l’origine de la migration. Au fil des années, elle a reçu chez elle à plusieurs reprises de nouveaux arrivants dans le besoin.

Elle constate aujourd’hui que les mesures d’accueil prévues par le Conseil fédéral sont très restrictives et qu’il est difficile pour les citoyens qui le souhaitent d’héberger des personnes réfugiées à cause d’un protocole particulièrement pointilleux. «Je reçois au moins un ou deux appels par semaine de personnes qui ont une chambre ou un logement à disposition pour des réfugiés; je dois leur répondre que malheureusement, pour le moment, leur offre ne peut pas être acceptée.»

Secrétaire de la fondation Posti Liberi qui se veut un pont entre ceux qui veulent aider et les réfugiés, Paolo Bernasconi estime que les tracasseries administratives sont insurmontables. «Par exemple, les autorités exigent un traducteur, ou un chauffeur, pour accompagner ces gens dans leurs démarches administratives ou chez le médecin; je leur dis que notre association dispose de volontaires compétents et on me répond qu’il faut travailler avec les gens payés par l’Etat.»

Soutenir ailleurs

Non seulement ces obstacles empêchent d’agir efficacement, déplore l’avocat, mais ils se révèlent très coûteux pour le canton. Déçu par l’inefficacité des autorités helvètes, Paolo Bernasconi a décidé d’être pragmatique en sélectionnant des organisations privées italiennes, laïques et religieuses, à qui fournir du soutien financier. «L’Italie doit être aidée et ces ONG font un travail important; pour nous, c’est beaucoup plus facile de les soutenir que de traiter avec l’administration suisse.» Il affirme néanmoins qu’en Suisse italienne Posti Liberi a réussi à loger une trentaine de Syriens dans des maisons. «Notre but est d’accueillir le plus de gens possible dans des logements plutôt qu’ils soient casés dans des casernes ou des bunkers.» Il ajoute cependant que de nombreuses familles tessinoises souhaiteraient accueillir des réfugiés chez elles, mais leur élan solidaire est freiné par la bureaucratie.

Marco Trevisani en sait quelque chose. Ce sexagénaire de Lugano a répondu en mars 2014 à un appel lancé par l’Organisation suisse pour l’aide aux réfugiés (OSAR), disant qu’il mettait un studio à disposition, gratuitement. Depuis, son logement est vide. «J’avais lu dans le presse qu’une dame d’Onex, dans le canton de Genève, se préparait à recevoir des Syriens; elle apprenait déjà des recettes syriennes pour leur servir des plats qu’ils aiment; je peux vous dire qu’au Tessin, les choses vont tout autrement!»

Des fonctionnaires de l’Ufficio del sostegno sociale (l’aide sociale du canton) ont visité et contrôlé le studio à plusieurs reprises, confirmant qu’il correspondait aux exigences requises. La procédure n’a toutefois abouti à rien.

Marco Trevisani espère en un assouplissement des conditions d’accueil des réfugiés chez les particuliers. «Mon espoir d’héberger des réfugiés est mince, mais il demeure; face à ces situations tragiques, le peu que l’on puisse faire doit être fait!»

Une population à l’écoute

Malgré un environnement social plutôt morose, (lire notre édition du 25 juillet, qui reviendra sur les enjeux économiques et sociaux auxquels fait face le Tessin), la population tessinoise ne rechigne pas à s’engager auprès des associations qui travaillent à combler les trous du filet social. Beaucoup de particuliers donnent ainsi de leur temps et de leurs ressources afin d’assurer vêtements, lieux d’accueil ou plats chauds aux plus démunis. Notamment, et même si ça n’est sans doute pas la seule raison, parce que chacun connaît, dans son entourage proche, une personne vivant avec les moyens du bord.

C’est ainsi qu’à la Casetta Gialla, dans les locaux de ­l’équipe junior du hockey-club de Lugano, a lieu une soupe populaire. Le Centro Bethlehem, qui gère les opérations, indique que seuls les nombreux dons permettent de répondre à une demande «sans cesse grandissante». Celui-ci préfère se passer des subsides publics, dont découlent des «contraintes institutionnelles», et miser sur la générosité des Tessinois, tout en collaborant avec les services sociaux afin de coordonner les actions des divers services d’aide à travers le canton.

C’est aussi le cas de la Casa Astra, association fondée dans la foulée du mouvement des Senza Voce (les «Sans Voix»), qui appelle à une politique migratoire respectueuse des droits humains. Sur la base de fonds privés uniquement, elle héberge douze personnes, toutes origines confondues, et vient tout juste d’acquérir une auberge qui devrait lui permettre de doubler sa capacité. Les lieux, actuellement en cours de rénovation, devraient bientôt être fonctionnels, un exploit dont ne sont pas peu fiers les membres de Casa Astra. Le ballet des voitures déposant des sacs remplis de vêtements devant la Casa dit à lui seul que la solidarité tessinoise n’est pas un vain mot. LAURA DROMPT, DE RETOUR DE LUGANO

Des initiatives constructives

Au-delà de la bureaucratie et de la xénophobie qui se manifeste régulièrement, de nombreuses initiatives citoyennes  sont couronnées de succès. Celle de Marialaura Holecz en est un exemple éloquent. En 2013, au lendemain de la diffusion des premières images de barques pleines à craquer de réfugiés échouées en mer, cette femme au foyer de Bedigliora, mère de quatre enfants, a créé l’association Hayat («Vivre», en arabe) pour venir en aide aux réfugiés fraîchement débarqués au Tessin.

«En deux ans, nous avons aidé six familles, soit vingt-cinq personnes, en leur trouvant à se loger, en leur fournissant des biens, en les accompagnant à leurs rendez-vous, etc.» La Tessinoise a aussi prévu des cours d’italien. «Lorsqu’ils arrivent, ces gens n’ont pas droit à des cours de langue avant l’obtention d’un permis F, ce qui peut prendre plus d’un an.»
Marialaura Holecz tourne également dans les écoles avec des enfants syriens pour qu’ils racontent leur histoire aux Suisses de leur âge. «Ils leur disent qu’ils ne sont pas ici pour voler leur pain, seulement, ils vivaient sous les bombes; ils aiment leur pays et souhaiteraient y retourner un jour.»

Selon la présidente de Hayat, ce contact direct est important parce que souvent, à la maison, les enfants entendent un autre discours. «Beaucoup de parents disent des réfugiés qu’ils sont ici pour vendre de la drogue, qu’ils ne travaillent pas, qu’ils volent les emplois ou encore, qu’ils reçoivent plus de l’Etat que les Suisses.»
Pour sa part, Marialaura Holecz estime qu’elle est née au bon moment, au bon endroit, par hasard. «Je ne peux pas rester indifférente devant qui veut sauver sa peau et celle des siens.» AMDT

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