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En ligne depuis le 26 octobre 2015 et publié dans - modifié le 13 août 2017

“Les mots sont dangereux”, expliquait à sa fille Tahar Ben Jelloun.(1) Dangereux, oui, dans la mesure où ils sont utilisés pour dépouiller des êtres humains de leurs droits. Les mots comptent et s’y intéresser oblige à cerner la réalité qu’ils recèlent, aux conséquences ou non de leur usage sur l’opinion publique comme sur la manière dont les personnes concernées ressentiront cette désignation au plus profond d’eux-mêmes. C’est ce que nous cherchons à explorer dans ce dossier sur les terminologies.

Al Jazeera a lancé un pavé dans la mare, annonçant renoncer à l’appellation «migrant» – qu’elle estime devenue dévoyée – au profit de «réfugié». Une posture qui a fait le buzz, mais controversée. Parce qu’elle s’appuie sur une réalité forcément appelée à évoluer: aujourd’hui les populations proviennent essentiellement de pays en guerre ou en proie à une dictature: Syrie, Erythrée, Afghanistan, Somalie. Autrement dit, des personnes forcées de fuir leur pays pour des raisons relevant de la Convention sur les réfugiés. Surtout, la thèse n’empoigne pas du tout le problème de la façon dont on traite effectivement les personnes ayant quitté leur pays, parfois pour survivre économiquement, d’autres parce qu’elles ont été victimes de trafic d’êtres humains, et dont le parcours rejoindra celui, parfois tragique et souvent fait de violence, des réfugiés.

L’Organisation internationale pour les migrations insiste sur l’usage du terme «migrant» tandis que le HCR souligne l’importance de conserver les deux terminologies, qui appellent des réponses différentes, mais fondées sur les droits humains.
Plus que le mot «migrant», c’est surtout le qualificatif qui l’accompagne qui va en teinter l’appréhension et la perception.

Ainsi du terme «illégal», trop souvent utilisé pour qualifier les personnes n’ayant pas de statut en Suisse ou en Europe, ou ayant franchi la frontière sans visa. Un qualificatif aux conséquences humaines très concrètes, comme vous pourrez le découvrir dans le document publié par l’association PICUM, que nous publions dans cette édition.

Dans le cadre de notre projet Le Comptoir des médias, nous sommes intervenus à de nombreuses reprises pour expliquer aux journalistes l’impact de l’usage de ce terme et son inexactitude juridique. Un débat que nous comptons poursuivre avec eux. S’interroger sur les mots nous amène également à questionner l’illusion d’une réalité figée qu’ils sont censés signifier. Un réfugié quittant la Syrie pourra être débouté en Suisse (2) ou réfugié en Suède. Tout dépendra de la qualité de la procédure de détermination du réfugié par laquelle il sera passé (voir l’article: “Mieux que la connaissance du jeune homme est l’expérience du vieil homme”, Vivre Ensemble, n°154, p.26). En être conscient doit permettre de remettre en questions les déclarations politiques visant à faire accepter à la population des mesures discriminatoires. Le régime de l’aide d’urgence en est un exemple.

Sophie Malka


Notes:

(1) Tahar Ben Jelloun, Le racisme expliqué à ma fille, Paris, Seuil, 1998.

(2) En 2014, la Suisse a prononcé 59 décisions négatives à des Syriens en première instance, sans leur accorder d’admission provisoire!

Derniers articles publiés sur notre site concernant les questions de terminologie:

https://asile.ch/wp/2015/10/26/pourquoi-il-est-vital-de-defendre-une-terminologie-adequate/