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HRW | Turquie: 400’000 enfants syriens ne sont pas scolarisés

En ligne depuis le 21 décembre 2015

La barrière linguistique et les difficultés économiques empêchent de nombreux jeunes réfugiés d’aller à l’école.

Article publié sur le site de Human Rights Watch (HRW), le 8 novembre 2015. Cliquez ici pour lire l’article sur le site de HRW, et ici pour télécharger le rapport “Preventing a lost generation: Turkey“.

HRW_BarriersToEducationPlus de 400’000 enfants syriens réfugiés en Turquie ne vont pas à l’école, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Alors que le gouvernement turc a été généreux dans sa réponse face à la crise des réfugiés en provenance de Syrie, la Turquie a eu du mal à s’assurer que les enfants syriens d’âge scolaire aient accès à l’éducation à laquelle ils ont droit au regard du droit international.

Ce rapport de 61 pages, intitulé «‘When I Picture My Future, I See Nothing’: Barriers to Education for Syrian Refugee Children in Turkey» («’Quand j’imagine mon avenir, je vois le néant’: Obstacles à la scolarisation des enfants syriens réfugiés en Turquie»), documente les importants obstacles qui empêchent les enfants syriens réfugiés d’acquérir une éducation scolaire en Turquie, pays qui a accueilli plus de 2 millions de réfugiés en provenance de Syrie, où le conflit actuel dure depuis 2011. Le gouvernement turc a adopté, en septembre 2014, une importante mesure politique par laquelle il accordait officiellement aux enfants syriens un accès aux écoles publiques. Toutefois, un an plus tard, des obstacles majeurs demeurent, comme celui de la langue, les problèmes d’intégration sociale, les difficultés économiques, ainsi que le manque d’informations au sujet de cette mesure, a constaté Human Rights Watch.

«Le fait de ne pas fournir une éducation aux enfants syriens expose toute une génération à de grands risques», a déclaré Stephanie Gee, titulaire d’une bourse Bernstein auprès du programme Droits des réfugiés à Human Rights Watch. «Sans véritable espoir d’un avenir meilleur, des réfugiés syriens désespérés pourraient décider de risquer leur vie pour retourner en Syrie ou pour entreprendre un dangereux exode vers l’Europe.»

Turquie_EnfantsSansEducation

Témoignages d’enfants syriens réfugiés en Turquie, et de leurs familles, recueillis par Human Rights Watch. Selon un nouveau rapport de HRW, plus de 400’000 enfants syriens réfugiés en Turquie ne vont pas à l’école. HRW émet plusieurs recommandations afin de permettre à ces enfants d’être scolarisés, et de ne pas subir ainsi de préjudice qui risquerait sinon de gravement affecter leur avenir.

Le gouvernement turc et ses partenaires internationaux doivent agir sans tarder pour faire en sorte que les enfants syriens réfugiés en Turquie puissent être scolarisés, a déclaré Human Rights Watch. Assurer une éducation à ces enfants réduira pour eux les risques de mariage précoce ou de recrutement militaire par des groupes armés, améliorera leurs perspectives économiques en augmentant leur valeur sur le marché du travail et assurera que les jeunes Syriens d’aujourd’hui soient mieux équipés pour faire face à un avenir incertain.

Parmi les réfugiés syriens vivant en Turquie, 708’000 sont des enfants d’âge scolaire. En 2014-2015, à peine plus de 212’000 d’entre eux étaient inscrits dans le système officiel d’enseignement aux niveaux primaire et secondaire, selon les données du ministère de l’Éducation nationale. Le taux d’inscription des enfants résidant dans des camps de réfugiés était de près de 90% mais la plupart des réfugiés vivent en dehors de ces camps et parmi eux, seulement 25% des enfants d’âge scolaire sont inscrits dans une école. Globalement, plus des deux tiers des enfants syriens ne reçoivent aucune éducation scolaire en Turquie.

En juin 2015, Human Rights Watch a interrogé 136 enfants syriens réfugiés et des membres de leurs familles résidant hors des camps. Beaucoup de ces enfants ont tout d’abord subi des interruptions dans leur éducation en Syrie, lorsqu’à cause du conflit, leurs écoles ont été endommagées ou sont tombées sous le contrôle de groupes armés. Certains enfants avaient déjà perdu jusqu’à quatre années de scolarité à leur arrivée en Turquie et sont restés dans l’impossibilité d’aller à l’école dans ce pays.

Radwan, un garçon de onze ans qui était en classe de huitième en Syrie lorsqu’il a cessé de fréquenter l’école, a déclaré à Human Rights Watch qu’il travaillait maintenant plus de 12 heures par jour, sept jours sur sept, dans un atelier de confection afin de soutenir financièrement sa mère veuve et ses jeunes frères et sœurs, à Gaziantep, ville du sud-est de la Turquie. «J’aimais beaucoup l’école. J’aimais les maths et aller à l’école me manque beaucoup», a-t-il déclaré.

En septembre 2014, le ministère turc de l’Éducation nationale a adopté une politique par laquelle il offrait à tous les réfugiés syriens recensés comme tels un accès au système d’enseignement public turc. Le ministère a également commencé à accréditer des «centres d’enseignement temporaires» syriens – un système d’écoles gérées par des organisations caritatives et des communautés locales et qui offrent un enseignement en arabe.

Cependant, pour de nombreuses familles syriennes, des obstacles pratiques demeurent. De nombreux enfants syriens ne peuvent pas fréquenter les écoles publiques turques à cause de la différence linguistique et de l’absence de soutien en langue turque pour les locuteurs étrangers. D’autres sont confrontés à des actes d’intimidation et à des difficultés d’intégration sociale qui poussent des élèves à quitter l’école ou les dissuadent de s’y inscrire. Certaines familles syriennes ne disposent pas d’informations correctes sur les procédures d’inscription. Human Rights Watch a documenté certains cas dans lesquels des administrateurs d’école refusaient à tort d’inscrire des enfants de familles syriennes dans des écoles publiques locales.

Les centres d’enseignement temporaires n’existent qu’en nombre limité et pas dans toutes les régions de Turquie où se trouvent des réfugiés syriens, et les centres existants n’ont pas la capacité d’accueillir les grands nombres d’enfants syriens qui ont besoin d’une éducation. Beaucoup de ces centres imposent des frais de scolarité ou exigent des familles qu’elles payent des frais supplémentaires de transport, ce qui les met hors de portée de certaines familles syriennes aux moyens financiers très limités.

Il existe d’autres raisons pour lesquelles les difficultés économiques constituent un obstacle majeur à l’éducation des enfants de nombreuses familles syriennes en Turquie. Les réfugiés syriens n’ont pas le droit de travailler dans le pays. Les parents sont souvent incapables de faire vivre leurs familles avec le revenu minimal qu’ils tirent du marché du travail parallèle et en conséquence, le travail des enfants est très répandu parmi la population des réfugiés syriens.

Avant le conflit, le taux de scolarisation des enfants en Syrie était de 99% pour l’école primaire et de 82% pour le premier niveau de l’école secondaire – c’est-à-dire pour les classes allant de la 5ème à la 3ème. Aujourd’hui, selon des estimations de l’UNICEF, près de trois millions d’enfants syriens, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ne sont pas scolarisés, – ce qui anéantit une réussite incontestable de la Syrie d’avant la guerre qui était quasiment parvenue à l’éducation primaire pour tous.

La Turquie affirme qu’elle a déjà dépensé plus de 7 milliards de dollars pour répondre à la crise des réfugiés syriens depuis 2011, dont 252 millions de dollars pour l’éducation des réfugiés syriens pour la seule année 2014-2015. La communauté internationale devrait fournir d’urgence un appui financier et technique aux initiatives visant à offrir aux réfugiés syriens un meilleur accès à l’éducation. La Turquie devrait aussi octroyer aux réfugiés syriens le droit à l’emploi, en conformité avec les normes internationales en matière de droits humains, ce qui pourrait réduire le montant de l’aide dont ils ont besoin pour survivre et pour s’assurer que leurs enfants soient scolarisés.

Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé le 2 octobre qu’il se donnait pour objectif de scolariser 270’000 enfants syriens d’ici à janvier 2016, et 370’000 d’ici à la fin de l’année scolaire 2015-2016. S’occuper des obstacles identifiés dans le rapport sera d’une importance cruciale pour le ministère s’il veut atteindre ces objectifs, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement turc devrait également s’assurer que toutes les provinces et toutes les écoles publiques se conforment à la règlementation nationale garantissant aux enfants syriens l’accès au système d’enseignement public turc, fournir aux enseignants un soutien linguistique et une formation dans le domaine particulier de l’éducation d’une population réfugiée et disséminer auprès des réfugiés syriens des informations exactes sur les procédures d’inscription dans le système scolaire. Il devrait aussi généraliser l’accès à des permis de travail, ainsi que la possibilité d’obtenir un emploi stable rémunéré au salaire minimum, afin de réduire le taux élevé de travail des enfants parmi les réfugiés.

«Les droits des réfugiés devraient être respectés non seulement lorsqu’ils franchissent une frontière pour se mettre en sécurité, mais aussi pendant toute leur vie de personne déplacée et cela inclut leur droit à une éducation», a affirmé Stephanie Gee. «Les bailleurs de fonds et le gouvernement turc devraient s’assurer que les enfants syriens soient scolarisés, afin de leur fournir dès maintenant un certain niveau de stabilité, mais aussi de protéger leur avenir à plus long terme.»

Le rapport «When I Picture My Future, I See Nothing» est le premier d’une série de trois documents traitant du problème pressant de l’accès à l’éducation pour les enfants syriens réfugiés en Turquie, en Jordanie et au Liban.

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