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Autour de la figure du passeur

En ligne depuis le 15 mars 2016

Le Comptoir des médias est intervenu auprès du magazine Sept à propos de l’éditorial “Et si on s’attaquait aux mafieux plutôt qu’aux migrants“, signé par le directeur de la publication.

Nous avons écrit le 12 octobre 2015 au directeur pour leur faire part de notre position:

Dans le cadre de notre projet Le Comptoir des médias, nous nous permettons de vous écrire à propos de l’éditorial du numéro de septembre du magazine Sept. Et d’attirer votre attention sur la figure du “passeur”, que vous décrivez comme étant des “profiteurs de guerre”.

Nous pensons que votre raisonnement sur les causes de la migration irrégulière devrait être inversé: ce n’est pas du côté de l’”offre” qu’il faut se pencher, mais bien du côté des politiques restrictives de l’Union européenne, qui entraînent la demande de services des passeurs. Si les personnes fuyant des conflits ou des persécutions personnelles avaient à disposition des canaux légaux pour entrer en Europe les passeurs n’auraient aucune raison d’exister. Pourquoi payer des milliers de francs pour un itinéraire qui ne coûte, si on est muni des “bons papiers”, qu’une centaine d’euros?

À ce propos, je vous renvoie à l’article “Don’t blame the smugglers: the real migration industry“, écrit par Hein de Haas, Professeur de sociologie à l’université d’Amsterdam. M. de Haas met en évidence le cercle vicieux dans lequel se trouve actuellement l’Union européenne. Aux tragédies des morts des migrants, l’UE répond par des mesures restrictives destinées à contrer les passeurs, telle l’opération Navfor Med, lancée en juin dernier. Sauf qu’au lieu de décourager les passeurs, ces mesures ne font qu’augmenter la dangerosité du passage, causant encore plus de morts, et ainsi de suite.

Selon le portrait que vous brossez, les passeurs constitueraient des “réseaux de mieux en mieux organisés et qui brassent des fortunes”. En réalité, la figure du passeur est beaucoup plus complexe: il n’est ni un criminel sans scrupules, ni un héros animé par des motivations humanitaires. Il est souvent tout cela à la fois, à des degrés différents. Et il y a plusieurs cas de figure: s’il y a certes des moyennes ou grosses organisations impliquées dans l’univers des passeurs, l’on peut trouver également beaucoup de personnes agissant seules ou à deux ou trois, que l’on pourrait appeler des passeurs “non-professionnels” et souvent migrants eux-mêmes, ou, comme vous le dites dans votre journal, des passeurs “à temps partiel”. Ils sont criminels au sens strictement juridique du terme – ils enfreignent les lois stipulant que c’est interdit d’aider des migrants sans papiers-, mais peut-on vraiment les considérer comme tels? Pendant la deuxième guerre mondiale, des passeurs sauvaient les Juifs et les résistants au nazisme sur les montagnes suisses (v. l’article “Wartime ‘people smugglers’ finally feted as hereos“, paru sur swissinfo.ch récemment). Et à l’époque, ils étaient aussi considérés par les autorités comme des criminels…

Voici la réponse du directeur de la publication, reçue par email le 12 octobre 2015:

“Je prends note de vos remarques, mais elles ne changent pas mon point de vue sur la situation actuelle.  Elle est due en grande partie aux mafias qui font un fric énorme sur le dos des migrants”.

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