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Analyse | L’accueil pour tous? Tous pour l’accueil!

En ligne depuis le 14 avril 2016 et publié dans - modifié le 14 août 2017

LES CONDITIONS D’UN VIVRE ENSEMBLE

Victimes de la misère et de la guerre, part de l’humanité bafouée espérant un futur meilleur, opportunistes économiques, responsables des événements choquants de Paris et de Cologne, etc.: en 2015, les personnes migrantes ont eu droit à un flot ininterrompu de qualificatifs, souvent radicalement antagonistes. Compassion, solidarité, méfiance, rejet… Les phénomènes migratoires ont généré un paradoxe médiatique, faisant écho aux réactions publiques contradictoires et excessives. En revanche, le mot d’ordre des gouvernements, à l’exception de l’Allemagne, a été on ne peut plus clair: la venue de ces personnes sur le sol européen n’est pas désirable. Malgré les embûches et la volonté de contention des États nationaux, un certain nombre de personnes a finalement atteint le sol suisse et notamment Genève. Peu importe les étiquettes avec lesquelles on veut les définir, elles font désormais partie intégrante de la réalité quotidienne du canton. Une gageure pour la capacité d’accueil de ce dernier: comment recevoir avec dignité les nouveaux arrivants et faire en sorte qu’ils participent à la vie locale? Quelles sont les perspectives pour 2016?

Le constat local actuel est le suivant: les institutions sociales sont sous tension et face à un véritable défi. Dans un contexte d’austérité budgétaire, il va falloir faire autant, sinon plus, avec moins de fonds publics. Une situation dont les implications se font déjà cruellement sentir et les lieux d’accueil libre, tels que le Centre de la Roseraie, en voient avec inquiétude les effets sur le plan humain.

La salle d’accueil et les ateliers de français sont bondés. La permanence d’orientation et d’accompagnement est très sollicitée pour des entretiens individuels, concernant des trajectoires de vie complexes et de plus en plus difficiles.

En effet, en dépit de la bonne humeur quotidienne dont font preuve la plupart des participants, ils sont confrontés de façon incessante à la gravité de leur situation personnelle. Précarité, syndrome post-traumatique lié au parcours migratoire, frustration face au manque d’espaces d’expression: ils se voient pris dans un étau qui risque chaque jour de se refermer un peu plus.

Concrètement, le manque de planification et d’organisation des ressources a généré des problématiques diverses et pour certaines intolérables. La question du logement est l’une des plus emblématiques: les abris antiatomiques de la Protection civile reconvertis en logements d’urgence sont pleins à craquer. Abris réquisitionnés dont le nombre est passé de 2 à 10 en l’espace d’une année, malgré le consensus politique considérant l’inhumanité de cette forme de logement.

Environnement destructeur

L’étape provisoire de vie sous terre, d’une durée incertaine mais censée être limitée dans le temps, se transforme pour beaucoup en un séjour de nombreux mois, faute d’espaces disponibles en surface. La surpopulation éhontée de certains foyers, à l’instar des abris, pose de surcroît de sérieuses questions sur les conditions sanitaires et l’accès à un espace minimum vital, sans parler des inévitables tensions entre les résidents ; tensions qui n’ont rien à voir avec de supposées différences culturelles et qui sont bel et bien la conséquence directe de conditions de vie dégradées.

Dans les faits et par le manque d’informations concrètes, les personnes accueillies sont maintenues dans une incertitude permanente. Pas de repos, le sentiment d’être «encore sur la route», la menace d’un renvoi ailleurs en Europe (selon le système Dublin (1)), sont autant de facteurs qui rendent le quotidien éprouvant et sans perspectives. On est ici bien loin de la «belle vie profitable» dénoncée par les détracteurs de la prise en charge des personnes migrantes. Face au constat que les besoins fondamentaux de base ne sont pas reconnus, l’impression grandissante de rejet institutionnel met en péril la création d’une dynamique de vivre-ensemble positive pour Genève.

Comment inverser la tendance?

Dès lors, qu’identifions-nous comme conditions d’accueil minimales pour générer une dynamique constructive et bénéfique pour toutes et tous? Tout d’abord, il apparaît essentiel que ces hommes, femmes et enfants puissent bénéficier d’un espace où ils se sentent en sécurité; où ils peuvent «baisser la garde» après des parcours obligeant une acuité permanente, faire confiance sans avoir l’impression d’être surveillés en tout temps. Des espaces où ils peuvent manger et dormir dignement, avoir des interlocuteurs choisis, disposer d’informations concernant leurs droits et devoirs. Enfin, des lieux avec un minimum d’intimité pour se ressourcer intérieurement, cuisiner, recevoir des invités. Avoir la possibilité de faire le bilan et d’imaginer la suite de leur parcours. Dans cette optique, marginaliser et vulnérabiliser volontairement des personnes, que l’on veut voir en instance de départ mais qui, dans les faits, (sur)vivent des mois voire des années à Genève, témoigne de la plus grande incohérence des pratiques actuelles. La dégradation des conditions d’accueil et leur nivellement par le bas, menés au prétexte qu’une partie des personnes migrantes n’a droit à rien et avec l’objectif de «réduire l’attractivité» de la Suisse, se banalisent. Cette dérive doit être fermement combattue.

Vrai et faux réfugiés, migrants politiques et économiques, hommes (très) jeunes célibataires et familles élargies… L’accueil pour tous? Tous pour l’accueil! Et un accueil digne!

Iliann Dunand et Fabrice Roman
Centre de la Roseraie


Note:

(1) Les personnes migrantes sont renvoyées vers le premier pays de l’espace Schengen où elles ont laissé leurs empreintes ou si les autorités ont pu reconstituer le parcours précis d’entrée des personnes en Europe.

Depuis 2012, le Centre de la Roseraie propose des prestations qui visent à accompagner les personnes migrantes aussi bien dans leurs démarches de participation à la vie locale que dans la prévention de l’exclusion et de la précarité. Dans une logique d’intervention de flexibilité et de gratuité affirmée, la Roseraie s’adresse à toutes les personnes migrantes de Genève sans distinction de genre, de nationalité, de statut, d’apparence, d’âge, d’appartenance politique ou religieuse. Les quatre pôles d’activités de la Roseraie sont (1) l’accueil et l’information, (2) la formation, (3) l’orientation et l’accompagnement, (4) l’expression et le lien social.

La Roseraie en 2015 c’est: 24’580 fréquentations, 1272 ateliers de français, 43 stagiaires, 60 bénévoles, 33 circuits-découverte, 1936 litres de thé et autant de café!

Vous pouvez retrouver les principaux projets de la Roseraie depuis 2012 sur les liens suivants: