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RTS, Vacarme | Migration: la stratégie des camps

En ligne depuis le 8 mai 2016

Face à la crise migratoire de l’année 2015, des camps humanitaires fermés, informels ou sécurisés, ont réapparu sur nos territoires européens. Des espaces construits dans l’urgence pour des périodes a priori courtes, mais qui finissent par durer et devenir des villes. Les villes des “indésirables”, comme les appelle l’anthropologue Michel Agier. Comment construit-on un camp? À quel moment la mise en camp formelle devient-elle indispensable? Tous les pays, même les plus riches, doivent-ils adopter cette politique migratoire de plus en plus critiquée? “Vacarme” a visité quatre camps: en France, à Calais et à Dunkerque, mais aussi à Maiduguri au Nigéria et à Dadaab au Kénya. Car cette question ne touche pas seulement l’Europe. Et loin de là.

Reportages: Sophie Bouillon / Réalisation: Jérôme Nussbaum / Production: Véronique Marti

Série de reportages diffusés dans le cadre de l’émission Vacarme diffusée sur la RTS durant la semaine du 2 au 8 mai 2015.

Choisis ton camp camarade!

Bloquées à la frontière avec l’Angleterre, 3000 personnes se retrouvent enlisées dans la boue de Calais, à quelques centaines de mètres du tunnel sous la Manche. Un camp informel s’est créé au fil des ans et face à l’afflux important de migrants en 2015, la situation humanitaire a largement empiré. Le gouvernement français a dû prendre les choses en main après des années d’inaction. Des centaines de containers sécurisés ont été mis en place et la “jungle” est en train d’être démantelée. Mais les migrants refusent, en majorité, la solution proposée: les camps formels font peur. Peur d’être privés de mouvement, peur d’être enregistrés dans l’espace Schengen, de se voir refuser le droit d’asile en France et de devoir oublier le rêve britannique. Les habitants de la jungle préfèrent l’extrême précarité à la sécurité.

Une utopie humanitaire

Le tunnel sous la Manche est devenu de plus en plus étanche pour les migrants. Ceux-ci remontent donc vers le nord. À Grande-Synthe, à une trentaine de kilomètres de là, un millier de Kurdes vivaient dans la boue, le froid, sous des tentes en toile face à un lotissement. La situation était devenue un calvaire politique pour le maire et un désastre humanitaire pour les migrants. Après de nombreux appels sans réponse au gouvernement français, la municipalité s’est associée à Médecins Sans Frontières pour établir le premier camp humanitaire de France.

Comment construit-on un camp de réfugiés? Aujourd’hui, les camps se multiplient partout dans le monde, comment réfléchir à leur organisation? Pour l’architecte Cyrille Hannape qui a pensé l’élaboration du camp de Grande-Synthe, les camps sont la nouvelle utopie du 21ème siècle.

Réfugié dans son propre pays

Souvent oubliés, les “déplacés internes” représentent pourtant 60% de la migration mondiale et seraient plus de 38 millions dans le monde. L’insurrection de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria a vidé une immense partie du territoire de ses habitants. Des villes, des villages entiers ont été détruits, rasés de la carte. Le CICR estime que 2,5 millions de personnes ont dû fuir leur maison.

À Maiduguri, la capitale de l’État du Borno, on compte environ 1,6 million de déplacés internes. Comment une ville peut se préparer à accueillir une telle population, arrivée quasiment du jour au lendemain? Le gouvernement local a décidé d’adopter la “stratégie des camps fermés”, même si ces personnes sont des ressortissants nigérians. Il ne suffit pas de sécuriser la région, il faut tout reconstruire et relancer une économie totalement anéantie. Le retour prendra plusieurs années même si ces “réfugiés” ne sont qu’à quelques dizaines de kilomètres de chez eux.

Comment éliminer les camps?

À quelques pas du Palais des Nations, en plein cœur de Genève, s’élève le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). 4000 employés des Nations Unies coordonnent depuis la Suisse la sécurité de plus de 60 millions de personnes réfugiées, déplacées ou apatrides à travers le monde. Fondé en 1951, avec un petit budget et 30 employés, le HCR ne devait exister que pour quelques années. Pourtant, depuis plus de 60 ans, l’institution onusienne n’a cessé de s’agrandir.

Le HCR, en coordination avec les gouvernements d’accueil, doit accueillir et protéger des dizaines de milliers ou des millions de personnes déplacées. Aux trois solutions officielles de gestion des réfugiés – le retour, l’installation ou le départ vers un pays tiers – s’ajoute de plus en plus la politique de “l’encampement”. Aujourd’hui des voix s’élèvent contre ces lieux déshumanisés, qui peuvent devenir des prisons à ciel ouvert. Au sein du HCR, on commence de plus en plus à rejeter cette politique.

Avoir 20 ans à Dadaab

Cette année, Dadaab, le plus grand camp de réfugiés du monde, célèbre tristement sa 25ème année d’existence. Construit en 1991 dans l’urgence pour accueillir des dizaines de milliers de réfugiés somaliens, le camp situé à l’extrême est du Kenya n’a cessé de s’agrandir. Aujourd’hui, il compte 375’000 personnes, majoritairement venues de Somalie, mais aussi du Soudan du Sud, d’Éthiopie ou de la région des Grands Lacs. Personne n’a le droit de sortir de Dadaab, sauf avec des autorisations temporaires très réglementées.

La nouvelle génération est bien souvent née dans le camp, se marie dans le camp, et aura à son tour des enfants qui grandiront dans cet espace gigantesque géré par le HCR. Comment la jeunesse de Dadaab voit-elle l’avenir? Comment avoir des rêves, des projets, lorsqu’on se sait condamné à vivre dans un camp de réfugiés? Comment peut-on imaginer le monde lorsqu’on n’a jamais vu d’immeubles, de routes, une rivière ou l’océan?

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