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Intervention – Sur la base d’un fact-checking, le Comptoir s’adresse directement à l’auteur d’une information incorrecte ou  pouvant relayer une représentation stéréotypée de la réalité en matière d’asile, pour lui proposer une argumentation et de la documentation. Nous en publions une sélection, après échange avec le journaliste.

Amalgame réfugiés/terroristes dans les médias romands

En ligne depuis le 17 mai 2016 - modifié le 16 juin 2016

Le 21 décembre 2015, le Comptoir des médias est intervenu auprès de l’auteur d’un article publié sur la Plateforme multimedia de 24 Heures, du Matin et de La Tribune de Genève le 17 décembre 2016 faisant état de l’interception de 5 djihadistes par les gardes-frontière suisses. Nous interrogions le lien établi entre réfugiés et terrorisme:

Gardes-frontiere_terrorisme

«Le nombre de réfugiés en provenance d’Allemagne ne faiblit pas. Et certains d’entre-eux ont des profils inquiétants. Les garde-frontières de la région bâloise ont ainsi intercepté au début décembre cinq hommes soupçonnés de liens avec le djihadisme, a révélé la Basler Zeitung dans son édition du 17 décembre, citant des sources proches du dossier.»

Le 21 décembre 2015, nous avons écrit le message suivant à l’auteur de l’article ainsi qu’au rédacteur en chef adjoint de Newsexpress:

Ce paragraphe établit clairement un lien entre l’arrivée de réfugiés et le danger de terrorisme. Or, rien dans l’article de la Basler Zeitung, que vous prenez comme source, n’atteste que les cinq personnes interceptées par les garde-frontières se sont enregistrées dans une procédure d’asile, ni qu’elles avaient l’intention de le faire. Le quotidien bâlois parle uniquement de personnes «dont l’objectif était de voyager en Syrie pour faire le Jihad, ou [qui sont] soupçonnées d’avoir des contacts avec des terroristes islamistes» (Basler Zeitung, 11.12.15, p.11, trad. libre), ayant été interceptées dans le cadre de contrôles frontaliers de routine. Le corps suisse des garde-frontières, que nous avons contacté, a refusé de nous confirmer l’information selon laquelle les 5 personnes arrêtées auraient fait partie de réfugiés venant d’Allemagne souhaitant déposer une demande d’asile en Suisse. Last but not least, une de ces personnes est de nationalité allemande, ce qui exclut de facto l’éventualité qu’elle puisse faire partie de ces réfugiés.

Comme vous le savez, un amalgame est un «mélange d’éléments différents qui ne s’accordent guère» (Le Petit Robert). Rapprocher terrorisme et arrivée de réfugiés peut dès lors être considéré comme un amalgame, possiblement involontaire.

Notre association plaide pour une information fondée sur les faits. Si nous vous écrivons aujourd’hui, c’est que nous partageons les préoccupations exprimées par Mme Fleming, porte-parole du HCR, au lendemain des attentats de Paris: “Nous sommes vivement inquiets au sujet des messages diabolisant les réfugiés en tant que groupe. Ces messages sont dangereux car ils vont contribuer à la xénophobie et à la peur. Les problèmes de sécurité auxquels l’Europe est confrontée sont d’une grande complexité. Les réfugiés ne doivent devenir ni des boucs émissaires ni les victimes collatérales de ces événements tragiques” [1].

Par ailleurs, s’il est impossible d’exclure complètement que dans les flux de réfugiés puissent se cacher de potentiels terroristes, des experts tels que Jean-Paul Rouillier, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism, ont relevé qu’il est peu probable qu’une action aussi bien organisée que les attentats de Paris puisse coller avec les aléas des chemins parcourus par les migrants [2].

Enfin, il nous semble important de souligner que la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés prévoit que les personnes ayant commis des crimes graves tels que le terrorisme sont automatiquement exclues du statut de réfugié (art. 1, par. 6, litt. F, a).

Nous sommes convaincues de votre intention de ne pas vous prêter à des amalgames dommageables pour l’ensemble des réfugiés et des demandeurs d’asile. C’est pourquoi nous vous demandons de modifier l’article visé plus haut, en retirant tout lien entre terrorisme et crise des réfugiés.

[1] http://www.unhcr.fr/564b1d86c.html#_ga=1.84828249.1706119598.1450073384

[2] Jean-Paul Rouillier, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism, Migros Magazine, 23.11.15. Voir également l’interview de Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne, au journal français Libération: http://www.liberation.fr/planete/2015/09/15/federica-mogherini-si-nous-refoulons-les-refugies-quel-message-envoyons-nous-au-monde_1383214.

Suite à notre intervention et après discussion avec le rédacteur en chef adjoint, NewsExpress a décidé de supprimer l’article de leurs sites internet clients, car elle ne pouvait trancher sur le fond d’un article repris de la Basler Zeitung (Message électronique du 17 mai 2016).

 

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