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Le Courrier | Une fois majeurs, livrés à eux-mêmes

En ligne depuis le 23 juin 2016

Les jeunes réfugiés non accompagnés qui atteignent 18 ans perdent leurs droits et sont isolés.

Article de Sophie Dupont, publié dans Le Courrier, le 23 juin 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Pour un mineur non accompagné, fêter son 18e anniversaire est souvent source d’angoisse. Originaires majoritairement d’Erythrée, d’Afghanistan ou de Syrie, beaucoup de ces réfugiés obtiennent pourtant un permis de séjour, durable ou provisoire. Mais à leur majorité, on attend d’eux qu’ils deviennent autonomes et leur encadrement est réduit au strict minimum.

«Ils sont complètement lâchés dans la nature», témoigne une éducatrice d’un foyer pour mineurs non accompagnés (MNA), qui tient à garder l’anonymat. Jusqu’à 18 ans, ces adolescents sont suivis par des éducateurs, dans un foyer ou en appartement, et bénéficient des mêmes droits, quel que soit leur statut.

A leur majorité, ils doivent rapidement quitter les foyers pour MNA, saturés. Au nombre de quatre aujourd’hui, contre un seul il y a un an, ces établissements font constamment face à de nouvelles arrivées. Environ 240 mineurs non accompagnés sont actuellement pris en charge par le canton de Vaud, soit trois fois plus que l’année dernière à la même période.

Trouver un toit

Les jeunes réfugiés qui obtiennent un permis B doivent trouver un toit par leurs propres moyens. Dans un marché en pénurie, sans emploi, et avec un budget de 570 à 650 francs par mois, dénicher un logement relève du parcours du combattant. «Même ceux qui sont bien intégrés et parlent bien français ne trouvent rien», constate l’éducatrice.

A défaut d’autre solution, une vingtaine de jeunes entre 18 et 30 ans sont actuellement logés à l’hôtel par le Centre social d’intégration des réfugiés (CSIR). «Sans possibilité de cuisiner, ils se nourrissent de kebabs et de MacDo», dénonce notre interlocutrice.

Suivis auparavant quotidiennement par une équipe éducative, les jeunes peuvent passer des semaines, voire des mois, sans un seul contact avec un professionnel social. Déchiffrer son courrier, faire la différence entre une publicité et une lettre des services sociaux, lire une adresse, se repérer en ville, tout est kafkaïen pour ces réfugiés qui naviguent dans une langue et un ­environnement qu’ils commencent tout juste à apprivoiser.

Perte de confiance

Tomi (prénom d’emprunt), Somalien de 19 ans, vit dans une chambre d’hôtel depuis novembre. Il a obtenu son permis B en juillet dernier, quelques mois après ses 18 ans. Toutes ses recherches de logement se sont soldées par un échec. «Il a complètement décroché scolairement», se désole une enseignante à l’OPTI, école de perfectionnement.

Bon élève, Tomi était décidé à faire un apprentissage. Depuis son changement de statut, il s’est renfermé sur lui-même, a perdu confiance en lui et ses enseignants luttent pour qu’il ne quitte pas les bancs de l’école. Après plus de sept mois à l’hôtel, Tomi pourra enfin rejoindre une colocation à Aigle, proposée par le CSIR.

Face à leurs élèves démunis, il n’est pas rare que les instituteurs s’engagent personnellement. La maîtresse de classe de Tomi l’a aidé à constituer son dossier et l’a accompagné dans une gérance. Une autre enseignante de l’OPTI a trouvé en urgence un logement temporaire pour une jeune Erythréenne.

Changement trop brutal

Les professionnels de la santé s’inquiètent aussi de ce changement radical à la majorité des jeunes réfugiés. «A 18 ans, le cerveau est loin d’être mature. Supprimer tout encadrement d’un coup est contradictoire avec le développement. Il faudrait encourager l’autonomie par étapes», plaide le médecin-chef Anne-Emmanuelle Ambresin.

Pour la spécialiste de la santé des adolescents au CHUV, la dégradation de la santé physique et psychique des jeunes non accompagnés à leur majorité est liée à une «maltraitance administrative». Elle rappelle que les mineurs non accompagnés arrivent avec un vécu traumatique et sont particulièrement vulnérables.

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