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L’économie déchiffrée | Les réfugiés ne sont pas un fardeau économique pour l’Europe

En ligne depuis le 29 juin 2016

L’afflux de réfugiés en Europe suite à la crise syrienne est-il supportable économiquement? Il est facile de se dire qu’une vague si importante de gens dont beaucoup ne pourront pas facilement s’intégrer dans le marché du travail va nécessairement peser sur les finances publiques et la croissance.

Billet de Cédric Tille, publié le 27 juin 2016 sur le blog “L’économie déchiffrée”, hébergé sur le site de L’Hebdo. Cliquez ici pour lire le billet sur le blog.

RefugeeSurgeInEurope

Rapport du FMI.

Mais plutôt que de s’arrêter à cette première impression, il convient de creuser la question plus à fond. Le FMI a procédé à une analyse détaillée de l’impact pour l’Union Européenne au début de l’année, et force est de constater que le coût économique des réfugiés est minime pour l’ensemble de l’UE.

Plus précisément, les économistes du FMI considèrent l’impact d’un afflux annuel de 1.3 millions de personnes en 2015-2017 avec une réduction sur les années suivantes. Ils partent de l’hypothèse que 60 pourcent des réfugiés sont acceptés, et qu’il leur faut deux ans pour accéder au marché du travail. En outre, les réfugiés ne sont pas aussi productifs que les résidents nationaux. L’afflux de réfugiés conduit a un accroissement des dépenses publiques pour les soutenir, dépenses payées majoritairement par le reste de la population. Après une phase d’adaptation, l’arrivée des réfugiés dans le monde du travail permet de soutenir la croissance. Ce scénario est alors soumis à un modèle économique de l’UE afin de pouvoir calculer l’impact sur la croissance et les finances publiques. Si les modèles ne sont bien entendu pas parfaits, ils permettent néanmoins de prendre en compte l’effet de la migration par le biais de plusieurs mécanismes économiques (dépenses publiques, changement des salaires, impact sur l’emploi) et offrent ainsi une vision cohérente bien plus solide qu’une estimation à l’emporte pièce.

L’exercice montre que l’impact est minime. La figure 1 ci-dessous montre l’impact sur la croissance. Il est exprimé en pourcent par rapport à la croissance qui aurait lieu si l’UE n’accueillait pas de réfugiés. La ligne solide montre une situation où les réfugiés s’intègrent bien. Dans ce cas, le PIB serait plus élevé 0.22 pourcent après cinq ans. Nous avons donc un effet positif mais bien faible. Si l’intégration se passe moin bien (ligne en pointillés) la croissance sera légèrement moindre.

Figure 1: impact sur le PIB, exprimé en pourcent par rapport aux prévisions sans afflux de réfugiés (page 14 du rapport).

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Impact sur le PIB, exprimé en pourcent par rapport aux prévisions sans afflux de réfugiés (page 14 du rapport).

L’effet positif sur la croissance n’est pas surprenant car les réfugiés augmentent la taille de la population, et donc la demande pour les biens et services. Une question plus intéressante est de calculer l’effet sur le PIB par habitant, lequel reflète le niveau de vie de la population. Cet effet est négatif. Ce n’est pas une surprise car les réfugiés doivent s’intégrer dans le marché du travail, ce qui prend du temps. Ils sont moins productifs que les autres travailleurs (du moins initialement), et leur contribution à la croissance ne suffit pas à compenser leur nombre.

Cependant l’effet est minime. La figure 2 présente le PIB par habitant dans l’UE selon les données historiques et la projection du FMI établie en avril 2016 (ligne bleue). La ligne verte ajuste cette prévision pour prendre en compte l’impact des réfugiés calculé ci-dessus. La ligne en pointillés montre le cas où les réfugiés peinent à s’intégrer (si, si il y a bien deux lignes vertes). Deux constats clairs s’imposent. Premièrement, le PIB par habitant est réduit par l’accueil des réfugiés, de l’ordre de 0.5-0.6 pourcent par rapport à la ligne bleue. Deuxièmement, cet effet est minuscule. Il est sans commune mesure avec l’impact de la crise de 2009-2014. Comparé à cette crise, le coût des réfugiés est de l’ordre d’une erreur d’arrondi. L’étude montre un impact également minime sur le taux de chômage, de l’ordre de 0.05-0.12 pourcent de la population active (comparé à un taux de chômage actuel de plus de 10 pourcent).

PIB par habitant (indice = 100 en 2010).

PIB par habitant (indice = 100 en 2010).

Qu’en est-il des finances publiques? La figure 3 ci-dessous montre l’impact sur la dette publique, en pourcent du PIB. Les chiffres sont de nouveau exprimés par rapport à la situation sans afflux de réfugiés. Cet afflux pèse clairement sur les finances publiques, et ce surtout si les réfugiés peinent à s’intégrer. Mais de nouveau il est important de regarder l’échelle du graphique. D’ici à 2020, la dette publique serait plus élevée de 0.3-0.7 pourcent du PIB. La figure 4 met cet effet en perspective en montrant l’évolution de la dette depuis 2000. L’impact des réfugiés est à peine visible sur le graphique, et sans commune mesure avec celui de la crise.

Impact sur la dette publique (en % du PIB), exprimé en pourcent par rapport aux prévisions sans afflux de réfugiés (page 14 du rapport).

Impact sur la dette publique (en % du PIB), exprimé en pourcent par rapport aux prévisions sans afflux de réfugiés (page 14 du rapport).

Dette publique / PIB

Dette publique / PIB

L’impact macroéconomique des réfugiés est clairement minime, et le resterait même si les chiffres de l’afflux sont doublés, voire plus. Ceci n’est pas surprenant, car l’UE compte 509 millions d’habitants. Il ne faut pas s’arrêter au fait que le nombre de réfugiés est elevé en chiffres absolus, mais bien le mettre en perspective: 1 million de réfugiés ne représentent que 0.2 pourcent de la population européenne. Pas de quoi entrainer des coûts massifs.

Deux observations pour conclure. Premièrement, cette analyse repose sur l’ensemble de l’UE. Comme les réfugiés ne sont pas répartis de manière uniforme, certains pays supportent un poids plus important, notamment l’Italie et la Grèce. Mais ceci n’est pas une fatalité et reflète plutôt l’attitude du “chacun pour soi” dans l’UE. Deuxièmement, le fardeau en Europe est sans commune mesure avec celui des pays proches de la zone de crise, comme le montre la figure 5. Gardons donc les choses en perspective.

Répartition géographique des réfugies (page 10 du rapport).

Répartition géographique des réfugies (page 10 du rapport).

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