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swissinfo.ch | Trop peu de places de thérapie pour les victimes de torture et de guerre

En ligne depuis le 1 février 2017

Les réfugiés provenant de pays en guerre ou de dictatures ont souvent vécu des choses terribles. Ils ont vu des hommes mourir, ont perdu des membres de leur famille ou ont peut-être été victimes de torture ou de violence. Une Conférence tenue à Berne a mis en évidence qu’en Suisse, les migrants traumatisés ne sont pas suffisamment pris en charge psychiquement.

Article de Sibilla Bondolfi, publié sur swissinfo.ch, le 15 décembre 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site swissinfo.ch.

Il y a actuellement en Suisse 44’503 réfugiés provisoirement admis et 68’395 autres personnes avec une procédure encore en cours. Ce gens viennent de pays comme la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, l’Erythrée ou la Somalie et ont par conséquent vécu des situations de guerre ou de dictature. Selon des estimations, la moitié des réfugiés ont été traumatisés par les événements survenus dans leur pays ou lors de leur exil.

A cause de ce qu’ils ont vécu, ils souffrent de sentiments de honte et de culpabilité, ils sont souvent introvertis et méfiants vis-à-vis des autres. Il existe encore d’autres symptômes comme les troubles du sommeil et de la concentration, la peur, l’irritabilité et la dépression. Dans les cas les plus graves, les personnes traumatisées prennent des substances addictives ou deviennent violentes. Le traumatisme agit donc négativement sur l’intégration des réfugiés dans la société et le marché du travail.

Dès lors, une thérapie psychique des migrants traumatisés serait indispensable non seulement du point de vue des personnes concernées, mais aussi de celui de l’Etat. Pourtant, on estime qu’il manque en Suisse un demi-millier de places de thérapie pour les victimes de guerre et de torture. La situation est tout particulièrement précaire pour les enfants et les jeunes.

Les orateurs et le public présents à la Conférence «Lacune en matière de prise en charge psychiatrique des victimes de la torture et de la guerre en Suisse» du Groupement «Support for Torture Victims» et de la Croix-Rouge suisse étaient unanimes pour déplorer les manques en la matière. Même Stefan Spycher, de l’Office fédéral de la santé publique a confirmé. «Le problème est connu. Il existe des lacunes dans le traitement des migrants», a-t-il déclaré, sans cependant faire de promesses concrètes pour résoudre le problème.

Les traumatisés ont besoin de sécurité

Etant donné que l’Etat n’agit pas suffisamment, des volontaires s’engouffrent dans la brèche. Des psychologues et des psychiatres s’occupent bénévolement de réfugiés – plusieurs d’entre eux étaient d’ailleurs présents dans la salle. Le psychiatre Thomas Maier, des Services psychiatriques de St-Gall, a jugé scandaleux que la prise en charge de réfugiés traumatisés ne puisse être assurée sans le travail de bénévoles. En tant chef de la clinique ambulatoire pour les victimes de guerre et de torture de Zurich, il a lui-même traité pendant sept ans des migrants traumatisés en provenance de Turquie, d’Afghanistan, de Somalie et des Balkans.

Comme l’a indiqué Thomas Maier, les réfugiés traumatisés ont avant tout besoin de sécurité et de soutien social. «C’est le plus important et cela vaut pour toutes les personnes traumatisées», a expliqué ce médecin-chef de psychiatrie aiguë, thérapie des dépendances et psychothérapie, en insistant sur le statut de séjour incertain, le manque de sécurité matérielle et l’absence de perspectives d’emploi pour de nombreux migrants. Autant de facteurs qui, justement, ne donnent pas un sentiment de sécurité et de bien-être dans le pays d’accueil.

Cela conduit à d’autres traumatismes. «Des gens en bonne santé peuvent devenir traumatisés chez nous», a indiqué la politicienne écologiste Susanne Hochuli, du canton d’Argovie. Elle ne parlait pas seulement d’un manque de soutien psychique, mais aussi social. Selon elle, l’environnement est déterminant. «C’est aussi la responsabilité de la société civile», pour cette politicienne qui sait de quoi elle parle, puisqu’elle a elle-même accueilli deux familles de réfugiés – deux mères célibataires d’Angola et d’Erythrée – dans sa ferme.

Susanne Hochuli a rappelé que ce ne sont pas seulement les événements survenus dans le pays d’origine qui sont traumatisants, mais aussi ceux vécus sur le chemin de l’exil. «Nous ne pouvons pas nous imaginer ce que ces gens ont vécu durant leur voyage», a-t-elle déclaré, prenant l’exemple de la mère érythréenne qui vit chez elle. «Elle a été sur les routes pendant un an avec sa fille de onze ans et est tombée enceinte. Je ne veux même pas imaginer comment c’est arrivé.»

Qui paye l’interprète?

Un autre problème a été intensivement discuté lors de la conférence, celui des coûts de l’interprète qui traduit pendant une thérapie et qui ne sont pas pris en charge par l’assurance maladie.

C’est la raison pour laquelle on a souvent recours à des interprètes de fortune, c’est-à-dire des connaissances ou des parents du patient, ce qui s’avère problématique. «Qu’est-ce qui peut bien en ressortir lorsque c’est une enfant de 12 ans qui traduit?», a demandé Matthis Schick, médecin-chef de la clinique ambulatoire pour les victimes de torture et de guerre de l’Hôpital universitaire de Zurich.

Ces interprètes de fortune font fréquemment des erreurs, par manque de connaissances médicales. Pour Matthis Schick, avoir recours à eux équivaut à dire à un patient avant une opération: «Désolé mais nous n’avons pas de scalpel aujourd’hui, veuillez apporter un couteau de cuisine avec vous…»

Des participants à la Conférence aimeraient que les coûts pour les interprètes soient pris en charge par la Confédération, d’autres par les cantons et d’autres encore par l’assurance maladie. Mais tous sont d’accord pour dire qu’il est urgent d’avoir une loi pour régler la question.

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