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Le Courrier | Regards croisés sur les bijoux et l’exil

En ligne depuis le 14 juin 2017

Une bijoutière genevoise partage son atelier avec un requérant d’asile kurde iranien. Le fruit de six mois de travail côte à côte s’expose ces jours. Rencontre avec deux passionnés.

Article de Christiane Pasteur, publié dans Le Courrier, le 14 juin 2017. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Une création de Faroq

Il s’appelle Golam Reza Siroussi, mais ses amis l’appellent Faroq. Agé de 34 ans, ce Kurde iranien s’est réfugié en Suisse voici deux ans. Il a d’abord vécu en abri PC à Versoix avant d’obtenir une chambre à lui, dans un foyer. Le parcours habituel du demandeur d’asile. Mais hormis des cours de français, ses journées sont bien monotones. Et les perspectives d’exercer son métier, bijoutier, inexistantes s’il n’avait croisé le chemin de Gundula Papesch.

Depuis janvier, elle lui a gracieusement ouvert son atelier de la rue Montbrillant, derrière la gare Cornavin. D’origine autrichienne, installée à Genève depuis 1988, la créatrice de bijoux contemporains expose à Zurich, Athènes ou New York. Il y a deux ans, elle a eu un déclic.

«Tout le monde parlait en permanence des réfugiés. Je me suis demandé ce que je pourrais apporter, à ma modeste échelle, et surtout de quoi j’aurais besoin, si j’étais réfugiée, pour me reconstruire. J’aurais besoin de mon atelier. J’y ai passé ma vie, les beaux et les moins beaux moments. Il m’a construite.»

Un enrichissement mutuel

Justement, son atelier peut accueillir une deuxième personne. Régulièrement d’ailleurs, Gundula invite un collègue de passage à partager son antre. Elle le fait savoir, et grâce au bouche à oreille, entre en contact avec l’association Versoix accueille, qui entend améliorer les conditions de vie des requérants d’asile dans cette commune.

Après avoir collaboré avec un premier réfugié durant trois mois, elle accueille Faroq début janvier. Le courant passe bien entre eux. Un contrat est établi sous la houlette de l’Hospice général. Un cadre clair au niveau des horaires, laissant à la créatrice de bijoux du temps rien qu’à elle, et qui, au fil du temps, s’assouplira.

«Faroq ne parle pas français, moi je ne parle pas farsi ni kurde, mais on se comprend, on communique à travers le métier.»

Peu à peu, Faroq prend ses marques. Il travaille l’argent comme il a appris à le faire chez lui. «Il est calme, concentré, très travailleur. Sa compagnie est stimulante. Je lui ai donné quelques conseils et c’est gratifiant de voir qu’il les applique. Quant à moi, je me suis laissée inspirer, influencer. Par envie et par la force des choses», raconte Gundula.

«Je suis très à l’aise ici, Gundula m’a beaucoup aidé», se félicite Faroq. «On a eu l’occasion de partager nos expériences, nos façons de travailler.»

Côte à côte, ils créent. Des bagues ciselées, des boucles d’oreille en formes d’oiseaux, des pièces de monnaie ornementées: en tout une trentaine de pièces qu’ils exposeront dès samedi.

Et la suite? Rien n’est encore décidé. En attendant, Faroq rêve de passer un diplôme, d’apprendre à travailler le métal sur machine. Gundula caresse, elle, l’espoir de voir l’expérience essaimer, que d’autres artisans prennent sous leur aile des réfugiés.

«C’est une expérience forte et enrichissante. Et c’est simple, il n’y a pas de démarches administratives compliquées ni d’argent en jeu. Quand ça se passe bien, c’est formidable. Ce n’est pas toujours le cas, mais comme avec n’importe qui, requérant ou pas, alors ça vaut le coup d’essayer.»


«Orient-Occident, passerelle en création perpétuelle», à voir les mardis, jeudis, vendredis et samedis après-midi jusqu’au 1er juillet au 24 rue de Montbrillant (GE). Vernissage le 17 juin de 14h à 19h avec lecture, musique kurde et verrée.