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Le Courrier | Navigation en eaux mixtes

En ligne depuis le 25 juillet 2017

A Gland, l’association Choiserolle propose des camps de voile qui réunissent des adolescents genevois et des requérants d’asile mineurs non accompagnés. Reportage.

Article de Cécile Racine, publié dans Le Courrier, le 25 juillet 2017. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Grand soleil sur le lac ce jeudi matin. Un petit vent souffle et on aperçoit au loin les voiles rouge et blanc des catamarans de l’association genevoise Choiserolle. A bord de chacune des deux embarcations, deux à trois jeunes tentent de maintenir le cap. Restés sur le rivage lémanique, d’autres sont allongés à l’ombre ou jouent au baby-foot en écoutant de la musique. En tout, une petite vingtaine d’adolescents de 14 à 17 ans sont réunis à Gland pour deux semaines de camp de voile. Parmi eux, six Genevois et douze requérants d’asile mineurs non accompagnés qui viennent du foyer de l’Etoile, à Genève, une structure de l’Hospice général.

Pour la deuxième année consécutive, l’association Choiserolle organise des camps mixtes entre jeunes requérants et genevois. L’idée est née d’un constat: il était devenu difficile de trouver des participants. «C’est l’effet Easyjet, les jeunes organisent leurs vacances eux-mêmes», explique Simon, un des moniteurs bénévoles. Ouvrir les camps aux résidents du foyer de l’Etoile a donc permis de leur donner un second souffle, tout en offrant des vacances aux jeunes requérants.

«Ce sont tous des adolescents»

Cette nouvelle formule mixte n’a rien changé en termes de dynamique. «On fait des camps pour adolescents comme on l’a toujours fait», déclare Simon. S’ils tentent de maintenir une proportion égale entre les jeunes du foyer de l’Etoile et les Genevois, les moniteurs se laissent une marge de manœuvre. «On veut éviter de rentrer dans une logique comptable. Ce sont tous des adolescents.»

Resté sur la berge, un des jeunes du foyer de l’Etoile observe les catamarans au loin à l’aide de jumelles. Quand on lui demande pourquoi il ne les rejoint pas, il montre ses bras couverts de piqûres de puces de canard. Pas découragé pour autant, il ajoute: «Plus tard, j’irai.» D’autres jeunes, Genevois et requérants confondus, sont étendus sur des poufs à quelques mètres de distance et somnolent. «On a fait une fête hier soir et ils ont dansé jusqu’à tard», explique Simon d’un air entendu. Pas de problème pour les moniteurs: le camp est pour eux avant tout une parenthèse déconnectée du quotidien. «On est dans la proposition, il n’y a pas d’horaires à tenir ni d’activités obligatoires.» L’objectif premier reste de créer du lien social en prenant du bon temps, tant du côté des participants que des moniteurs. «On prend sur nos vacances pour être bénévoles ici, c’est vraiment quelque chose qu’on aime, ces camps.»

Une planche à voile rejoint le rivage avec à son bord un des jeunes de Genève. «C’est ma mère qui m’a inscrit», plaisante-t-il. Tout en mettant son matériel à sécher au soleil, il ajoute: «J’aime bien que ce soit mélangé, qu’il n’y ait pas que des Suisses.» Les écarts de niveau de français ne le gênent pas plus que ça. Quand on lui demande comment il s’y prend pour communiquer sans parler la même langue, il hausse les épaules: «On se débrouille!»

Légèretés

C’est au tour d’un des catamarans d’accoster. Deux jeunes du foyer de l’Etoile en descendent et se dirigent vers le baby-foot en attendant que l’équipe cuisine du jour finisse de préparer le dîner. Entre deux buts aisément marqués, l’un d’eux explique en anglais: «Je suis plus fort au baby-foot, mais sur le bateau c’est lui le meilleur.» Il suit des cours de français depuis sept mois. «La langue est compliquée, mais elle me plaît.» Participer au camp est pour lui un moyen de s’exercer. «Les cours c’est bien, mais on n’apprend qu’en parlant avec les locaux», affirme-t-il.

Le repas est prêt et les jeunes se réunissent autour de longues tables de bois, sous un auvent à l’abri du soleil. Au menu: salade et pizza maison. Par petits groupes, ils se lèvent pour se servir. Certains présument de leurs forces en versant l’huile piquante et boivent goulûment plusieurs verres d’eau pour atténuer la brûlure. Brusquement, une quinzaine d’entre eux se mettent à taper des mains sur la table. Toutes les têtes se tournent pour regarder un des garçons offrir une bague à une des filles, qui rougit jusqu’aux oreilles. Les moniteurs secouent la tête et reviennent à leur pizza en échangeant des sourires entendus. Il leur reste une semaine pour profiter de cette parenthèse estivale.

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