top menu

Plateforme d’information sur l’asile

Actualités et documentation sur les réfugiés en Suisse et dans le monde

Comptoir des médias

Une veille médiatique sur les questions d’asile, pour une information sans préjugés

Préjugés sur l’asile

Des faits et des chiffres pour lutter contre les idées reçues

Revue Vivre Ensemble

Bulletin de liaison pour la défense du droit d’asile

Agenda de l’asile

Evénements et manifestations sur l'asile et sur les migrations

Association Vivre Ensemble

Service d'information et de documentation sur le droit d'asile

Glossaire de l’asile

Mémo[ts] pour parler d'asile et de migrations

Agora Infos | La course contre l’attente: un jeune Syrien témoigne

En ligne depuis le 9 octobre 2017

Le 24 septembre 2015, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) décidait de donner la priorité aux traitements des procédures Dublin et de suspendre les décisions sur le fond pour les requérants érythréens, afghans et syriens. Ainsi ceux qui peuvent être renvoyés dans l’espace Schengen reçoivent une réponse rapide et ceux qui obtiennent de rester en Suisse vivent de longs mois d’incertitude qui sont autant d’obstacle à leur intégration.

Témoignage d’Abdullatif, jeune Syrien arrivé en Suisse en novembre 2015, publié en octobre 2017 dans  le bulletin AGORA INFOS de l’Aumônerie Genevoise Œcuménique auprès des Requérants d’asile et des réfugiés (AGORA).  Cliquez ici pour télécharger le PDF  du bulletin.

«Je suis resté une semaine à Vallorbe où j’ai eu ma première audition. J’ai ensuite été envoyé dans le canton de Genève où je vis depuis bientôt deux ans. Et je n’ai pas encore reçu de convocation du SEM pour ma deuxième audition [1].

J’ai habité pendant un an au foyer du Lagnon. Tout de suite, j’ai eu l’envie d’apprendre le français. J’avais plein de projets dans ma tête et je souhaitais trouver du travail pour vivre de mes propres moyens.

Mon premier enseignant fut un réfugié colombien qui avait auparavant vécu au foyer. Ensuite une bénévole de Bernex Accueil, association très active auprès de requérants d’asile de la commune, m’a donné des cours chaque mercredi.

Ma langue maternelle est l’arabe et je me débrouille bien en anglais. J’ai vite trouvé un grand intérêt pour le français car j’adore communiquer avec les gens. Pour avancer plus vite, j’ai suivi des cours avec le civiliste de l’AGORA alors que parallèlement je rencontrais trois fois dans la semaine un groupe d’étudiants à Uni Mail. Ainsi, pendant plusieurs mois, j’ai étudié et  pratiqué le français presque chaque jour.

Une année après mon arrivée à Genève, j’ai eu enfin droit aux cours organisés par l’Hospice général. Malgré un test d’aptitude, on m’a placé au niveau débutant ! Très vite, l’enseignant m’a fait passer dans la classe supérieure. Mais là encore, mon niveau était trop élevé par rapport à celui des autres élèves. J’avais plutôt l’impression de perdre mon temps. J’ai alors décidé de me débrouiller par moi-même.

J’ai participé bénévolement aux comités de plusieurs associations en lien avec des réfugiés: Thrive, Bernex Accueil, Refugees cultural festival…Je me suis découvert des compétences en communication. Régulièrement, on me demandait de donner le feedback des requérants par rapport à différents projets associatifs. J’ai très vite aimé ce rôle de lien entre ceux qui viennent d’ailleurs et ceux qui sont d’ici.

Je donne également quelques coups de main à l’AGORA lors des cours de français pour débutants ou en traduisant différentes informations.

Je me suis fait de nombreux amis grâce auxquels j’ai pu obtenir une sous-location dans un studio.

Depuis une année, je mets toute mon énergie pour trouver un emploi. J’ai donné mon CV partout. Jusqu’à cet été je n’ai eu que des réponses négatives. Ou pas de réponse du tout. Et jamais d’entretien! Je commençais à désespérer. Est-ce que j’avais fait tous ces efforts pour rien?

Et toujours aucune nouvelle de Berne…

En juillet, un ami m’a fait lire une annonce de la Ville de Genève pour un poste d’assistant de projet pour Agenda 21. J’ai aussitôt postulé.

Le 9 août à 15h je me suis présenté à mon premier entretien d’embauche en français. J’étais à la fois excité et stressé.

On m’a alors posé des questions concernant mon livret N[2]. «Vous êtes sûr que vous aller vraiment pouvoir rester en Suisse?» Et là, me suis rendu compte que ce n’était pas possible d’engager quelqu’un avec un avenir aussi incertain que le mien. J’étais affreusement déçu. Mon moral était au plus bas.

C’est alors que quelques jours plus tard, une personne d’Agenda 21 m’a rappelé pour un nouvel entretien. Il s’agissait d’un poste d’assistant logistique et administratif,d’ une durée de trois mois, concernant les projets «La ville est à vous» et « Genève sa gueule ». J’ai tout de suite accepté et… j’ai été engagé! Le 4 septembre, j’ai commencé mon travail. C’est vraiment un tournant dans ma vie. Cet emploi est pour une durée déterminée, mais c’est déjà quelque chose. J’ai retrouvé ma motivation!

En octobre, à raison de deux soirs par semaine, je vais suivre des cours de français professionnel donné par l’OSEO.

Je n’ai toujours pas reçu de convocation du SEM pour ma deuxième audition. J’essaie de ne pas trop y penser…»

Propos recueillis par Nicole Andreetta


Notes:

[1]    C’est à partir des éléments tirés de la deuxième audition que le SEM se prononce sur une demande d’asile.Sans cette deuxième audition, il n’y a pas de décision.

[2]   Le livret N est une attestation qui permet de séjourner en Suisse en attendant la réponse définitive de la Confédération à une demande d’asile. Elle est valable pour 6 mois et renouvelable jusqu’à la décision définitive du SEM.

, , , , ,