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Le Courrier | Personne n’a remarqué sa mort

En ligne depuis le 16 novembre 2017 - modifié le 17 novembre 2017

Au foyer de l’Evam de Malley, le décès d’un requérant dans sa chambre n’a été découvert que plusieurs jours après.

Article de Sophie Dupont, publié le 15 Novembre 2017 dans Le Courrier. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Dans ses yeux se lisent révolte et tristesse. Amir (prénom d’emprunt) ne comprend pas pourquoi son voisin de palier, décédé dans sa chambre, n’a été découvert que plusieurs jours après sa mort, alors que des surveillants sont passés tous les soirs vérifier sa présence, au foyer de l’Etablissement vaudois des migrants (Evam) Lausanne-Chablais, situé à Malley. «Nous ne sommes pas considérés comme des humains», soupire-t-il secouant la tête.

Les faits remontent à début septembre. Les données issues de la clé électronique du résident montreraient qu’il est entré pour la dernière fois dans sa chambre lundi 4 septembre. Son décès a été découvert le vendredi. Une source interne de l’Evam confirme que son corps a été trouvé deux ou trois jours après sa mort. Directeur de l’établissement, Erich Dürst confirme le décès mais s’abstient de tout commentaire sur ses circonstances.

L’homme, qui bénéficiait de l’aide d’urgence, aurait été vu pour la dernière fois lundi par un voisin de palier. Contrairement à la plupart des résidents, il avait sa propre chambre, où il accueillait de temps à autre sa fille de moins de 10 ans. Il était séparé de la mère de son enfant.

Chaque soir entre 20h et 22h, des agents de sécurité vérifient la présence des résidents dans leur chambre et notent les absences. Cette semaine-là, les rondes ont été assurées par des surveillants différents. Certains étaient employés par l’Evam, d’autres par une entreprise de sécurité privée. Les agents restent en principe sur le pas de porte et balaient la pièce de leur lampe torche si la lumière est éteinte.

Selon nos informations, l’homme aurait été vu dans son lit par le surveillant lundi 4 septembre. Mardi, le même employé aurait constaté la présence du résident, toujours dans son lit. La chambre était alors plongée dans le noir. Mercredi et jeudi, une absence aurait été notée, par deux surveillants différents. Enfin vendredi, l’agent de sécurité de service ce jour-là découvre le décès.

Les choses s’enchaînent alors rapidement. Alertée, la police débarque en nombre quelques dizaines de minutes plus tard. «Le bâtiment a été bouclé, personne ne pouvait plus sortir. Les policiers nous poussaient, les gens étaient paniqués», relate Amir. Logés en haut du bâtiment, les mineurs non accompagnés sont également bloqués à l’intérieur, jusqu’à la fin des opérations, vers 1h du matin.

«Personne nous a dit ce qui se passait. C’est quand la police a ouvert la porte et que j’ai senti l’odeur du corps que j’ai compris», poursuit le résident. Depuis plusieurs jours, les requérants sentaient quelque chose d’inhabituel sans réaliser la situation.

Pendant l’opération, la police interdit aux résidents d’accéder aux balcons. «Quand j’ai ouvert ma fenêtre, j’ai été aveuglé par une lampe torche et un policier posté en bas du bâtiment m’a hurlé de la refermer», témoigne Amir.

Arrivé sur les lieux, le directeur n’aurait pas eu un mot pour les résidents. «Quand je l’ai regardé, il a détourné le regard. Et ça m’a fait mal. Les gens de l’étage étaient sous le choc et personne ne nous a demandé comment nous allions», témoigne-t-il, les yeux débordant de larmes.

Les habitants du foyer sont libérés au moment où démarre le fourgon gris transportant le corps. Reste l’odeur, qui persiste pendant plus d’une semaine, malgré les fenêtres gardées ouvertes plusieurs jours. Les meubles et le frigo sont sortis de la chambre, la pièce est repeinte, avant d’accueillir de nouveaux résidents.

Huit jours après la découverte du décès, les habitants sont conviés à «un moment de paroles, d’échanges et d’informations». A la connaissance d’Amir, personne ne s’y rendra. «Les gens ont reçu l’information dans leur courrier, uniquement en français. L’ont-ils seulement compris?» s’interroge-t-il. Lui-même ne se sent pas le courage d’y aller. Il attend des condoléances de l’institution.

Contactée par nos soins, Julie Maillard, du Collectif R, avait eu connaissance de l’événement. «Ce cas est emblématique d’une maltraitance institutionnelle, où les gens sont déshumanisés», juge-t-elle. «Lorsqu’ils voient l’un des leurs mourir sans que personne s’en rende compte, ils s’interrogent sur leur propre situation», poursuit la militante, qui ne conçoit pas comment un décès passe inaperçu dans un environnement ultra contrôlé. A l’Evam, des voix relativisent: ces cas peuvent arriver lorsqu’une personne est isolée, qu’elle vive en foyer ou en appartement. Dans le cas du centre de Lausanne-Chablais, une enquête est en cours. Contactée hier soir, la police cantonale n’était pas en mesure de nous donner des éléments.

Sophie Dupont

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