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HCR | Des leçons d’autodéfense pour lutter contre la violence sexiste

En ligne depuis le 12 février 2018

Un cours organisé par le HCR en Jordanie et mené par le centre SheFighter apprend aux femmes à se défendre et renforcer leur amour-propre.

Article de Olga Sarrado Mur, publié sur le site du HCR, le 8 décembre 2017. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du HCR.

Avant que son activisme ne provoque les menaces qui l’ont menée à fuir son Yémen natal, Layla*, 35 ans, a lutté passionnément pendant 10 ans pour défendre des femmes qui avaient survécu à la violence. Aujourd’hui, elle a appris à se défendre aux côtés d’autres femmes réfugiées, grâce au premier centre d’auto-défense exclusivement dédié aux femmes du Moyen-Orient.

Après avoir été forcée contre son gré à se marier à un très jeune âge, Layla s’est juré de ne jamais rester passive si d’autres femmes subissaient des expériences similaires. «Je me souviens avoir vu ma voisine se faire battre par son frère parce qu’elle refusait de se marier », se souvient-elle. « Elle pensait que sa vie était finie. Je l’ai accompagnée à l’hôpital et je l’ai aidée à louer une maison loin de tout danger.»

Ce fut la première d’une longue liste d’interventions qui ont fini par la mettre elle-même en danger et qui, il y a deux ans, l’ont forcée à fuir vers la Jordanie pour sa propre sécurité. «Je recevais des menaces tous les jours, généralement dans des lettres et, plus d’une fois, des étrangers attendaient à la porte de mon bureau», explique-t-elle. «Je sais que je ne serai jamais en sécurité, où que j’aille, car les gens qui veulent me faire taire pourraient me retrouver facilement.»

Layla et 25 autres femmes réfugiées de tous âges et originaires de cinq pays différents ont participé à un cours du centre SheFighter d’Amman, capitale de la Jordanie. Créée en 2012 par Lina Khalifeh, une femme d’affaires, la technique SheFighter associe plusieurs disciplines d’arts martiaux et permet aux femmes d’apprendre à se défendre contre des agresseurs, tout en renforçant leur amour-propre.

Le cours est organisé par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, dans le cadre de ses activités d’autonomisation des femmes durant les 16 jours d’activisme contre la violence sexiste. Cette campagne mondiale est organisée tous les ans, du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes, au 10 décembre, journée internationale des droits de l’homme.

Cette année, le HCR en Jordanie a adopté le thème de la campagne mondiale “Ne laisser personne de côté : en finir avec la violence contre les femmes et les filles”, et a contribué aux initiatives entreprises dans le monde entier pour combattre la violence qui peut avoir des conséquences à vie pour les femmes et les filles, leurs familles et leurs communautés.

Ce cours a été une expérience nouvelle pour Layla qui a passé tant d’années à lutter pour les autres. «Chacune d’entre nous a son propre vécu. Nous pouvons en parler entre nous et en tirer des enseignements», explique-t-elle. «La souffrance peut créer une femme nouvelle; la souffrance m’a créée moi. Les femmes peuvent transformer le monde et être celles qu’elles veulent être.»

«Après avoir participé au cours, les femmes sont plus confiantes, elles se sentent plus sûres, plus fortes physiquement et psychologiquement, prêtes à se défendre dans différentes situations de violence», explique Batoul, une monitrice de SheFighter. Derrière elle, sur l’un des murs du centre, on peut lire le slogan: Parle, même si ta voix tremble.

Selon ONU Femmes (UN Women), l’Organisation des Nations Unies consacrée à l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, on estime qu’à l’échelle du monde une femme sur trois subira une violence physique ou sexuelle au cours de sa vie. En situation de déplacement, le risque de violence contre les femmes est accentué.

Nadia, 58 ans, est une réfugiée, ancienne professeure d’université de Bagdad, la capitale irakienne. Pendant quatre années de guerre, elle ne pouvait plus donner cours et elle a finalement été forcée de trouver asile en Jordanie.

«Je suis seule, je me sens seule», confie-t-elle. «Quand on est divorcée et qu’on fuit son pays, c’est très dur de recommencer une nouvelle vie en tant que réfugiée.» Pendant le cours, Nadia a été surprise de se découvrir plus forte et plus agile qu’elle ne l’imaginait. «J’ai découvert les points faibles des agresseurs et ça a été une bonne occasion de rencontrer des femmes que je ne connaissais pas et de parler de choses qui nous concernent toutes.»

Outre le fait de renforcer la confiance et l’amour-propre, on dit également que la pratique d’arts martiaux diminue le stress et atténue les sentiments de colère et de frustration.

En 2017, le HCR a renforcé son travail de prévention et d’intervention face à la violence contre les femmes et les filles, notamment par le biais de mesures de lutte contre le viol, les agressions sexuelles, le mariage d’enfants, la violence de conjoints, l’abus et l’exploitation sexuelle, et la mutilation génitale féminine.

«Les femmes et les filles réfugiées courent nettement plus le risque de subir de la violence sexiste du fait du déplacement, car elles perdent souvent leur réseau de soutien dans le pays d’asile et se trouvent dans une situation socio-économique difficile», explique Emilie Page, la responsable du HCR en Jordanie en charge de la lutte contre la violence sexuelle et sexiste.

«Il est essentiel et vital de répondre aux besoins individuels de celles qui ont survécu, mais les programmes de prévention centrés sur l’autonomisation des femmes sont tout aussi importants», ajoute-t-elle. «Les cours d’autodéfense donnent aux femmes réfugiées la confiance de croire en leur propre force. Leur courage est source d’inspiration pour nous toutes.»

Les cours d’autodéfense s’inscrivent dans l’action du HCR pour autonomiser les femmes et les filles réfugiées et vulnérables dans toute la région, et pour réduire le risque de violence et d’exploitation auquel elles sont exposées. Cet effort inclut les allocations d’aide en espèces, des formations professionnelles et la mise en place d’espaces sûrs.

* Les noms ont été changés pour protéger les personnes.

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