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Appel d’elles | Le collectif renforce son réseau

En ligne depuis le 5 février 2019 - modifié le 6 février 2019

L’année 2019 s’annonce riche et chargée pour le Collectif Appel d’elles qui publie sa première newsletter adressée aux signataires de sa pétition. Les objectifs de cette publication sont doubles : mieux se faire connaître et chercher de nouvelles forces. Le collectif continue de dénoncer le fait que dans la procédure d’asile suisse, les droits des femmes et des enfants continuent à ne pas être pris en compte, malgré les engagements pris par la Suisse. Dans une volonté de renforcement de leur réseau, le collectif prendra part à une Rencontre européenne « Femmes, Migration, Refuge » initiée par la Marche mondiale des femmes. Le prochain rassemblement aura lieu à Genève en septembre 2019 et fera écho à la grève féministe du 14 juin 2019. Le but de la rencontre est avant tout de favoriser l’implication des femmes migrantes/requérantes dans le processus, tout en créant des liens pour renforcer le réseau de résistance aux politiques discriminantes. Une prochaine réunion se tiendra à Neuchâtel le 2 mars 2019.

Pour rappel, le texte du collectif a été déposé le 8 mars 2018 à la chancellerie fédérale, après avoir recueilli 8371 signatures. L’Appel d’elles demande que les violences subies par les femmes et les enfants dans leur pays ou sur la route de l’exil soient reconnues par la Suisse comme un motif d’asile. En avril 2018, une délégation du collectif s’est entretenue avec la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga ainsi que Mario Gattiker, directeur du Secrétariat aux migrations (SEM). A cette occasion, le collectif leur a soumis des propositions concrètes afin que les persécutions liées au genre soient reconnues en Suisse et qu’elles puissent bénéficier d’un traitement adéquat. Malgré tout, le collectif constate et déplore que dans la procédure d’asile suisse, les droits des femmes et des enfants ne soient pas encore pris en considération, malgré les dispositifs prévus par la loi (recours à la clause de souveraineté) et les engagements pris par la Suisse (traités internationaux).

Le collectif se réfère notamment à la Convention d’Istanbul, ratifiée par la Suisse en 2017. Celle-ci reconnaît les violences à l’égard des femmes et la violence domestique comme une violation des droits humains. L’Appel d’elles dénonce également l’absence de dispositifs permettant de garantir une meilleure protection des personnes vulnérables dans les centres fédéraux et dans la nouvelle loi sur l’asile, qui entrera en vigueur 1er mars 2019, comme l’a d’ailleurs observé la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT) dans un récent rapport.

Cet état de fait est parfaitement illustré par le témoignage de Kidest, une réfugiée qui après avoir vécu pendant deux ans à Lausanne a été expulsée en Grèce avec son fils âgé de 20 mois en septembre 2018, dans le cadre d’un vol spécial. Un cas symptomatique de la procédure actuelle.

Shukri Ahmed / Vivre Ensemble

Nous reproduisons ci-dessous la newsletter de l’Appel d’elles.

Les victimes* de violences encore insuffisamment protégées 

Vous avez signé il y a plusieurs mois déjà l’Appel d’elles qui a été déposé le 8 mars 2018 à la chancellerie fédérale avec 8371 signatures pour demander que les violences subies dans leur pays ou sur la route de l’exil soient reconnues par la Suisse comme motif d’asile. Notre appel et les témoignages recueillis sur plus d’une année auprès de femmes en danger, demandant l’asile en Suisse, amplifiaient le rapport « Femmes-Fuite-Asile » publié en 2016 par l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers (ODAE Suisse) et les recommandations du HCR (août 2017).

Que s’est-il passé depuis mars 2018 ? Une délégation du collectif Appel d’elles a été reçue le 24 avril par Mme Sommaruga, sa collaboratrice personnelle Mme Bellini et M. Gattiker, directeur du Secrétariat aux migrations (SEM). Avec Terre des femmes et La Marche mondiale des femmes qui soutiennent l’Appel d’elles, nous avons adressé des propositions concrètes au Conseil fédéral qui en a formellement pris acte et côté SEM on a pu observer une certaine ouverture à la problématique « genre ». Officiellement il est reconnu en Suisse comme au plan international- que les persécutions liées au genre nécessitent un traitement spécifique, et la Convention d’Istanbul, récemment entrée en vigueur dans notre pays, doit prévenir et lutter contre la violence à l’égard des femmes, quel que soit leur âge et leur statut. Mais à l’heure de l’ouverture des centres fédéraux, force est de constater que nous sommes encore loin de la mise en place des dispositifs propres à garantir une meilleure protection aux personnes vulnérables.

Des paroles aux faits, le fossé est béant. Un exemple parmi d’autre : KIDEST ET AMANIL, VOL SPECIAL GENEVE – ATHENES

Dans une petite chambre d’un quartier délabré qu’Athènes semble réserver aux réfugié.e.s, assise sur un matelas à même le sol, Kidest raconte. Elle avait déjà vécu en Grèce mais avait dû fuir le pays enceinte, par manque de possibilité d’y mener sa vie dignement. Elle s’est réfugiée à Lausanne pendant 2 ans où elle a mis au monde son enfant, Amanil. Aujourd’hui, elle est de retour en Grèce. La Suisse les a expulsé.e.s, elle et son fils, le 4 septembre dernier. Il n’y avait pas de place ici pour cette mère et son petit garçon !

De son triste voyage de retour, elle ressent encore la violence subie, impuissante, menottée, devant tant de policiers et d’officiels. Ses larmes coulent quand elle raconte les pleurs d’Amanil, 20 mois, séparé d’elle pendant l’arrestation et pendant tout le voyage jusqu’à Athènes, avec escale à Pristina pour débarquer d’autres expulsé.e.s.

Elle demande : Comment est-il possible qu’on puisse séparer un enfant de sa mère dans un tel moment où l’angoisse est à fleur de peau ?

Maintenant elle survit logée dans un immeuble triste qui sent la fatigue et le désespoir de ces hommes, femmes et enfants qui, comme Kidest se sont vu refuser une place au soleil.

Elle n’a rien et surtout pas un peu d’intimité. Dans sa minuscule chambre, deux matelas, une chaise, une étagère et ses quelques affaires qu’elle a pu se faire envoyer de Suisse. Pas de clef à sa porte ni à la porte de la salle de bain. La cuisine qui ferme ses portes à 15h est commune à tout ce monde qui se côtoie et qui ne se comprend pas toujours. Le monde entier des exilé.e.s s’y retrouve avec ses langues et ses habitudes différentes.

Des enfants, beaucoup d’enfants jouent dans les corridors sombres. Amanil ouvre la porte et les regarde, ils parlent arabe, il ne comprend pas, il referme la porte et se remet sur son matelas, les yeux tristes rivés sur le téléphone portable de sa maman. Il passe des heures à regarder des images défiler sur ce petit écran qui lui font voir d’autres horizons que ces quatre murs. Amanil a gardé des traces de son voyage en avion dans les bras de la police. Très agressif envers Kidest, il semble encore lui en vouloir, elle qui n’a pas eu voix au chapitre, qui n’a pas pu le protéger. Il pleure toujours beaucoup. Kidest raconte : il recommence seulement maintenant à manger presque normalement. Il avait refusé tous les repas pendant des semaines, ne buvant que du lait.  Pas de pédopsychiatres pour lui, pas de médecins, seulement des flacons de pilules de fer, comme pour tous les autres. Et pourtant cet enfant a un besoin urgent d’être aidé. La violence du renvoi est en contradiction avec l’intérêt supérieur de l’enfant qu’un Etat devrait respecter.

Kidest et Amanil ont survécu jusqu’à maintenant surtout grâce à l’aide de leurs ami.e.s de Lausanne.

Le SPOP s’est vanté dans un article dans 24 H d’avoir prévu de l’aide pour Kidest à son arrivée en Grèce. Or, personne n’attendait Kidest à son arrivée et l’argent promis Kidest ne l’a reçu que le mois de décembre ! C’est une somme qui devrait lui suffit à vivre jusqu’au mois de mars. Mais après ?

Pour recevoir l’aide que le gouvernement grec devrait lui verser (200.- euros par mois) Kidest doit avoir un compte en banque et pour le moment elle n’en a pas le droit.

Ici à Lausanne, tout le monde regrette cette jeune femme courageuse et cet enfant jadis souriant…. Les autorités, elles, ajoutent une nouvelle coche à leur funeste course aux renvois. Leurs statistiques s’améliorent.

Kidest de son côté essaie de se remettre et de repenser son avenir, même s’il semble si difficile à envisager pour le moment.

Mieux détecter la vulnérabilité et appliquer davantage la clause de souveraineté

A l’heure des procédures accélérées, les personnes vulnérables sont plus que jamais en danger. Si le SEM ne garantit pas à toutes les personnes qui auditionnent les requérant-e-s d’asile une formation approfondie et spécifique pour leur permettre de détecter la vulnérabilité, la Suisse expulsera à coup sûr de nombreusespersonnes en profonde détresse au nom des accords Dublin ou pour d’autres raisons.

Nous soutenons les revendications adressées par ODAE-Suisse aux autorités fédérales en 2016 déjà. Nous dénonçons le fait que dans la procédure d’asile suisse, les droits des femmes et des enfants continuent à être insuffisamment pris en compte, malgré les dispositifs prévus dans la loi sur l’asile (possibilité pour le SEM de recourir à la clause de souveraineté) et tous les engagements pris par la Suisse (Convention d’Istanbul et autres traités internationaux sur les droits humains et les droits des enfants).

Rencontre européenne « Femmes, Migration, Refuge »

Une première séance de préparation d’une Rencontre européenne « Femmes, Migration, Refuge » a eu lieu le 16 décembre à Neuchâtel à l’initiative de la Marche mondiale des femmes (MMF). Le Collectif Appel d’elles s’engage dans ce projet avec d’autres organisations liées à la migration. Cette rencontre européenne, qui regroupera des migrantes dans la diversité de leurs vécus et de leurs expériences, ainsi que différentes organisations actives pour l’extension de leurs droits, aura lieu à Genève en septembre 2019. Elle prolongera la grève féministe du 14 juin 2019 avec un double objectif : favoriser l’implication active des femmes migrantes/requérantes dans ce processus et créer des liens pour renforcer le réseau de résistance aux politiques rétrogrades, xénophobes et racistes. Prochaine réunion :  samedi 2 mars 12h-16h à Neuchâtel.

Renforcer notre réseau de résistance et de protection des femmes* et des enfants

L’objectif de notre collectif est de contribuer à changer cette situation. Les femmes* et enfants victimes de violences dans leur pays d’origine ou sur la route de leur exil doivent trouver en Suisse l’aide et la protection qu’elles sont venues y chercher. Vous qui lisez cette newsletter, aidez-nous dans notre travail de résistance et de protection :

  • En parrainant une femme* ou un.e mineur.e menacé.e.s d’expulsion
  • En développant dans votre région une « antenne » d’Appel d’elles
  • En nous soutenant financièrement
  • En participant à nos rencontres ponctuelles
  • En vous impliquant dans la préparation de la Rencontre européenne « Femmes, Migration, Refuge »

Collectif Appel d’elles.

Pour contact : appeldelles@protonmail.com 


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