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Méron, 21 ans. «Personne ne va retourner en Érythrée. Ceux qui rentreraient se feraient torturer ou tuer»

En ligne depuis le 7 avril 2019 et publié dans - modifié le 17 avril 2019

Meron*, jeune Érythréen de 21 ans, a choisi de partager son expérience. Sa demande d’asile vient d’être rejetée, une décision inattendue, qui l’affecte fortement, derrière son énergie et son sourire. Il me raconte son histoire, mais c’est aux autres qu’il pense avant tout. À ses proches restés en Érythrée ou à ses compatriotes en exil, à celles et ceux qui ont fait un bout de route avec lui, qui n’ont pu la finir ou qui vivent la même situation que lui. Tout au long de son récit, on sent qu’il a été particulièrement bouleversé par le sort des femmes et des filles rencontrées sur son parcours et en Suisse, encore moins enviable que le sien. D’où son désir de témoigner, pour celles et ceux qui ne peuvent pas le faire.

*Prénom d’emprunt

UNHCR/Francesco Malavolta

Meron a fui l’Érythrée, car « il n’y avait aucune liberté là-bas». Malade, il doit arrêter l’école au niveau secondaire. N’étant plus scolarisé, il est recruté pour le service natio- nal obligatoire. Commence alors l’enfer: durant quatre mois, il est détenu dans des conditions insalubres. Il s’échappe et se cache, puis, décidé à ne plus vivre dans la peur, il quitte l’Érythrée en 2014 pour l’Éthiopie.

Ce pays, qu’il décrit d’abord comme « un paradis par rapport à l’Érythrée », il le quitte après un an: travailler n’y est alors pas légal et il est dur de s’en sortir. Des centaines de milliers de réfugiés y vivent. Il décide alors de rejoindre la Suisse où un de ses amis est installé. Il sait les dangers, mais est «prêt à prendre ce risque». Les kidnappings sur la route pour le Soudan; le désert pour atteindre la Libye. Une traversée de l’horreur, sans vivres, avec des enfants, durant laquelle «tu ne peux même pas aider les autres, tu essaies seulement de survivre». À Tripoli, il est enfermé dans un hall avec 3000 personnes, dans des conditions invivables; une seule toilette, un maigre repas par jour, pas de soins pour les malades et les blessés. Les femmes et les filles sont régulièrement violées. Il est impossible de protester, sous peine d’être exécuté. Pour sortir, il faut payer, ce qu’il parvient à faire après deux mois.

Depuis la Libye, il entame la traversée de la Méditerranée sur un bateau gonflable, avec 380 personnes à bord. «Nous nous sommes perdus, pendant presque 24 heures. Nous avions froid, faim, nous étions terrorisés». Sauvés par un navire commercial, ils arrivent en Italie en juin 2015.

«L’Europe, c’était un monde différent, qui n’avait rien à voir avec ce qu’on avait vécu jusqu’ici». Cinq jours plus tard, il prend le train avec un ami et arrive à Zurich de nuit. «Le lendemain nous nous sommes présentés à la police». Son ami est pris en charge à Berne, lui à Genève, au foyer de Saconnex.

Intégration et désintégration

La principale barrière qu’il rencontre à son arrivée dans le canton est celle de la langue. Désireux d’être autonome, il suit plusieurs cours de français, passe des heures à la bibliothèque et progresse très vite. Il prépare un examen officiel de langue, trouve un travail, et s’installe dans un studio. Sa demande d’asile est refusée en 2016. Il fait recours, mais deux ans plus tard, le Tribunal administratif fédéral confirme cette décision. Cette nouvelle est un choc. «J’avais plein de projets, comme faire un apprentissage d’employé de commerce ou en informatique, et ils tombent tous à l’eau».

Cette décision s’accompagne en effet d’une perte de statut et de nombreux droits; il ne peut plus se former ni travailler, doit quitter son logement et vivre à l’aide d’urgence.Le plus dur, c’est l’absence de perspective: «Je continue d’aller en cours auprès d’une association.Mais tout le monde y parle de ses projets et moi je ne peux plus en faire. Cela me touche.»

Il y a également beaucoup d’incompréhension face à cette politique – contre-pro- ductive – qui a pour conséquence d’isoler et de précariser des personnes déjà intégrées, alors que l’on sait qu’elles ne peuvent pas être renvoyées en l’absence d’accord de réadmission avec le régime autoritaire d’Asmara. Pour Meron, une chose est sûre: «Personne ne va retourner en Érythrée. Ceux qui rentreraient se feraient torturer ou tuer». Ces personnes ont fui la dictature, l’absence de liberté et la situation est loin de s’améliorer.

Sans horizon, plusieurs ressortissants érythréens déboutés ont quitté la Suisse pour un pays voisin. Certains se font ensuite renvoyer dans notre pays et retournent dans cette spirale infernale qui les empêche de s’intégrer, d’être autonomes, de se projeter.

Meron n’a pas décidé ce qu’il va faire, car partir veut aussi dire repartir à zéro. Il suit assidûment les leçons de français et grâce à son excellent niveau, y donne un coup de main. Cependant, le flou dans lequel il se trouve et l’immobilisme forcé ont mis un coup à sa motivation. «Je ne sais pas jusqu’à quand je vais tenir», admet-il.

Sa situation est celle de bon nombre d’Érythréen. ne. s en Suisse. À Genève, une pétition a été lancée pour demander aux autorités de permettre notamment que les personnes ayant reçu une décision négative ou une levée d’admission provisoire puissent continuer leur formation et travailler. Une mobilisation générale au niveau suisse est indispensable.

MAËVA VILLARD

Pétition | Droit de rester pour les Érythréennes et Érythréens

Une manifestation est organisée le mercredi 10 avril à l’occasion de la remise de la pétition en soutien aux Érythréennes et Érythréens au Grand Conseil genevois.


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