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Genève | Centre de renvoi du Grand-Saconnex : les habitants s’indignent

En ligne depuis le 5 décembre 2019 - modifié le 11 décembre 2019

Le centre d’attente et de renvoi de requérants d’asile déboutés du Grand-Saconnex est dénoncé par les habitants du Grand-Saconnex et de Pregny-Chambésy. Dans une lettre ouverte à leurs  Conseils municipaux respectifs, ils dénoncent les conditions de vie des futurs résidents du centre, l’aspect sécuritaire, la non-scolarisation des enfants dans les écoles de la commune et la volonté sous-jacente de rendre impossible les contacts avec la population. Le projet avait était également critiqué au Parlement genevois, où une motion de la gauche et du PDC invitant à renoncer à la construction du centre a été acceptée ce printemps.

L’emplacement prévu pour ce centre témoigne d’une volonté d’exclusion et d’un manque de considération envers les requérants d’asile. Cette prise de position des citoyen-ne-s et riverain-e-s interpelle sur les conditions de vie qui attendent ses futurs occupants. Au vu de la politique actuelle du Secrétariat d’État aux migrations, qui fait œuvre d’une gestion avant tout sécuritaire des centres fédéraux (cf. la situation au centre de Zurich ou de Boudry), on peut en effet craindre que la vie entre les murs de ce nouveau centre fédéral s’apparente à des conditions proche du carcéral. Alors que le Parlement fédéral a décidé, en décembre, de couper dans le budget de l’asile quelque 27 millions de francs dédiés aux frais d’exploitation des centres fédéraux, la construction d’un nouveau centre paraît anachronique.

Dans le  Courrier, l’article de Mohamed Musadak traite du sujet: Le centre de renvoi à nouveau pointé du doigt, 3 décembre 2019.

Retrouvez également nos articles en lien :

Lettre adressée au Bureau du  Conseil Municipal de la Mairie du Grand-Saconnex  et de Pegny Chambésy 

Le Grand-Saconnex/Chambésy, 16 septembre 2019

Mesdames, Messieurs,

Nous venons par la présente exprimer notre indignation, en tant qu’habitants des communes de Chambésy et du Grand-Saconnex, qui découvrons la teneur du projet d’implantation dans notre voisinage d’un Centre Fédéral d’asile qui hébergera jusqu’à 250 personnes en voie de renvoi puisque leurs requêtes d’asile ont été refusées.

Ce n’est évidemment pas parce que nous ne voudrions pas d’étrangers chez nous. Ni non plus que nous préférerions que ce centre soit situé le plus loin possible. Bien au contraire, c’est avec plaisir que nous accueillerons des requérants parmi nous. Mais cela n’est acceptable, ou souhaitable, qu’à la condition qu’on puisse mettre en œuvre des principes élémentaires d’hospitalité. Car il ne s’agit pas de criminels, qui débarquent chez nous, mais de personnes ayant fui le malheur, des humains innocents dont la Suisse a déterminé, pour des raisons souvent purement administratives, qu’ils n’auront pas le droit d’être reconnus en tant que réfugiés dans notre pays, et devront donc être renvoyés.

Or le projet, tel que défini dans les documents officiels, ne permettra pas de respecter les principes élémentaires de l’hospitalité ; il entravera même toute possibilité d’accueil digne.

Notre revendication principale est que le centre soit conforme à des standards que nous exigerions pour nous-mêmes si nous nous trouvions dans la même situation (requérants d’asile, réfugiés… ).

Le Centre sera clôturé et gardé jour et nuit comme un camp de détention. Les « hôtes » qui sortiront la journée devront être rentrés à 17h, ce qui est ridicule, puisque c’est précisément à partir de cette heure que des activités de socialisation deviennent possibles. Cette impossibilité de communiquer normalement avec nos nouveaux voisins est aussi une atteinte à notre propre liberté de fréquenter nos semblables et de socialiser avec eux.

Notre seconde revendication est que les enfants soient scolarisés dans des écoles du Grand-Saconnex et de Prégny-Chambésy et non pas dans des classes enfermées dans un centre clôturé, les empêchant de jouer avec nos propres enfants. Les petits ont un droit absolu à ce minimum de liberté, et à une scolarisation normale.

La « gestion du quotidien » par des sociétés privées dont le pouvoir est discrétionnaire (non contrôlé, ni soumis à un regard public) n’offre aucune protection et, au contraire, risque d’encourager l’arbitraire en l’absence de garde-fou contre les abus. Cette gestion va à l’encontre des procédures participatives et démocratiques que nous appliquons dans d’autres aspects de la vie publique.

Ces conditions de détention subies par des personnes souvent fragilisées par un parcours difficile et qui doivent faire face à un renvoi, non seulement ne répondent pas aux besoins réels d’êtres humains qui devraient être traités comme tout humain doit l’être, mais elles renforcent les traumatismes et encouragent le désespoir.

La barrière difficilement franchissable entre les résidents du centre et la population locale est bien sûr intentionnelle. Rappelons simplement que le jury chargé d’évaluer les projets architecturaux a refusé (p. 41 de son rapport) un projet comprenant une salle de gymnastique, notant que cette salle « évoque une image trop publique et presque vulnérable ». Le cynisme était aussi apparent dans le choix de primer un projet intitulé Philémon et Baucis, du nom de deux pauvres vieillards qui dans le mythe se mettent en quatre pour recevoir à table des étrangers, qui sont en fait des dieux visitant la terre.

Il est bien évident que nous sommes attachés à la préservation de la nature. Mais la décision de tenir compte des nuisances écologiques occasionnées par la construction de ce Centre, jusqu’au souci de compenser (ailleurs) la destruction de quelques orchidées sauvages, nous apparaît, dans ce contexte, cynique elle aussi, et insultante. Elle laisse entendre que nous, les voisins, nous serions indignés par la disparation de quelques végétaux, alors même que nous ne réagirions pas à l’établissement, sur notre territoire, d’un centre de renvoi d’individus en état de souffrance et de besoin. Il nous semble inacceptable que la protection des fleurs et des insectes prime sur les conventions internationales protégeant les droits des réfugiés, d’autant plus que ceux-ci seront parqués au bord des pistes de l’aéroport dont la nuisance sonore est déjà une source d’inquiétude pour les riverains des communes avoisinantes.

Dans l’espoir que ce message retienne toute votre attention et dans l’espoir d’une réaction, Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de nos sentiments distingués.

Philippe Borgeaud
10 chemin de Sandedis 1218, Grand-Saconnex

Ur Shlonsky
11, chemin des Cornillons 1292, Chambésy

L’Association 3ChêneAccueil signe aussi cette lettre en tant que personne morale.

De plus, les habitants suivants du Grand-Saconnex et de Chambésy signent aussi cette lettre :
Dominique Bavarol
Isabelle Borgeaud
Catherine Gavin
Marie-Jo Glardon
Viviane Moachon
Nadia Métral
Alain Bolle
Elisabeth Di Zuzio

Ainsi que d’autres habitants du canton:
Alia Chaker Mangeat
Mireille Ladamme
Loïck Levingston
Christophe Pasche
Marine Pernet
Sarah Pernet
Anouk Piraud
Carol Scheller
Mercédès Vaquero


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