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Érythrée |”Retour en dictature”. Enquête sur la pratique suisse

En ligne depuis le 27 août 2020 et publié dans - modifié le 16 juillet 2020

Il est possible de rentrer en Érythrée sans craindre une répression trop grave, assènent depuis plusieurs années les autorités helvétiques décidées à faire baisser le nombre de ressortissant-e-s érythréen-ne-s habitant en Suisse. Forte du constat que cette affirmation ne repose sur aucune information fiable sur les conditions du « retour en dictature », une équipe de journalistes et chercheurs suisses alémaniques a mené une vaste enquête publiée en avril 2020. En 3 volets, elle est diffusée sur les sites Republik et Reflekt, leurs médias respectifs. Elle retrace et relate le parcours de 5 personnes reparties de Suisse et les difficultés endurées sur place. Leurs constats sont sans appel. D’une part les exactions contre la population restent la norme en Érythrée. D’autre part, la politique menée par la Suisse de non-reconnaissance des motifs de persécutions n’engendre pas les retours volontaires espérés. Elle induit une marginalisation et un report de l’accueil de la diaspora érythréenne sur les autres pays européens : 1 500 d’entre elles ont disparu des recensements suisses.

La communauté érythréenne de Suisse est depuis plusieurs années mise à mal par une politique d’asile fermée à voir une diaspora s’agrandir sur son territoire, faisant fi des besoins de protection de ses membres. En juillet 2018, le Tribunal administratif fédéral (TAF) donnait un tour de vis décisif à la précarisation de leur séjour. Le TAF avait jugé que les renvois étaient en principe licites et exigibles y compris pour les personnes qui risquaient d’être enrôlées dans le service national à leur retour (arrêt E-5022/2017), alors même que celui-ci était largement considéré comme du « travail forcé ». Cette décision ne reposait sur aucun changement au sein de ce pays tenu d’une main de fer par le dictateur Afewerki depuis son indépendance (1993). Cela la Suisse le sait. Mais préfère postuler que sans preuve contraire le retour au pays est considéré comme sûr [1].

C’est à partir de ce constat d’ignorance, ou même d’aveuglement volontaire à Berne, que l’enquête menée conjointement par des membres du collectif Reflekt et du média Republik a démarré. L’article «Zurück in die Diktatur» cherche à lever le voile sur l’inenvisageable retour de cette vaste diaspora et par conséquent son «errance en Europe» si aucun accueil pérenne ne lui est fait. La grande difficulté consiste à recouper les sources vu qu’il n’y a pratiquement pas de témoins accessibles ou de preuves des événements en Érythrée [2].

©Florian Spring, REFLEKT

Sachant que la parole est très contrôlée sur place, ils se sont rendus en Éthiopie voisine afin de récolter les paroles d’exilé-e-s (restituées dans des vidéos YouTube) ayant fui entre 2016 et 2019. Leurs témoignages concordent sur le fait qu’un retour en Érythrée peut être problématique. Deux des rapatriés, Tesfay et Yonas (les deux noms ont été changés), n’ont pas obtenu l’asile en Suisse. Ils sont retournés en Érythrée et ont ensuite fui leur pays une seconde fois. À son arrivée en Érythrée, Yonas dit avoir été emmené en voiture dans un appartement par des membres des services secrets. Il y a été détenu, interrogé à plusieurs reprises et torturé. En contraignant – par son refus de les protéger – les personnes à retourner en Érythrée, la Suisse pourrait être coupable de violation de l’interdiction de la torture prévue à l’art. 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) et l’art. 3 de la Convention contre la torture (CCT). Plusieurs plaintes sont actuellement à l’examen auprès d’organes onusiens.

Tous les témoignages recueillis évoquent le service national, les séquestres en prison, sans jugement. Les sanctions sont prononcées de manière arbitraire et sans confirmation écrite. Tous décrivent l’horreur d’un régime répressif et autoritaire qui ne laisse aucune place à la dissidence.

« Dans la prison à Massawa, il faisait très chaud.Nous étions en sous-vêtements pendant la journée. La chaleur était brutale. On était dans un endroit entouré de murs, avec une porte, mais sans toit. J’ai d’abord passé trois ou quatre jours dans une petite pièce très sale. Ça sentait mauvais et il y avait des excréments. Il n’y avait pas d’endroit pour dormir, pas de matelas ni de couverture.»
(Traduit de l’allemand au français par Karin Povlakic)

« Zurück in die Diktatur » comporte également un volet sur la situation des personnes exilées d’Érythrée qui se retrouvent en Suisse à l’aide d’urgence, suite au refus de leur demande d’asile ou à la levée de leur admission provisoire. Elles expriment la pression inutile dans laquelle cette précarisation des conditions de vie les place, car il leur est inimaginable de retourner en Érythrée. Elles se voient contraintes de rester bloquées dans un régime qui ne leur autorise aucun statut légal.

Les auteurs de ce vaste rapport le disent: «Le SEM ne peut pas présenter un seul cas documenté d’un Érythréen émigré illégalement qui est resté impuni après son retour.» Leur enquête tend à prouver que le contraire est par contre attesté. Reste à savoir à qui revient le fardeau de la preuve.

GIADA DE COULON

[1] «De l’interprétation des risques en cas de renvoi : agitation chez les juges du TAF» Sophie Malka, Vivre Ensemble 164, septembre 2017
[2] « La guerre des sources » Damian Rosset, Vivre Ensemble 164, septembre 2017

Le « Comptoir des médias » : pour un traitement journalistique de l’asile de qualité

Le projet du Comptoir des médias consiste à assurer une veille de l’actualité de l’asile en Suisse. Si intervenir auprès des journalistes et rédactions lorsque des erreurs ou glissements sont identifiés est important, nous avons à cœur de valoriser les travaux d’enquête ou reportages de qualité (voir également p. 24). Nous privilégions l’information qui traite de thématiques autres que les faits divers concernant les personnes migrantes et qui donne la parole aux personnes concernées. « Zurück in die Diktatur » représente un travail essentiel à la compréhension de la situation en Suisse et en Érythrée. Nous vous en proposons ici un aperçu, à défaut de pouvoir le traduire dans son intégralité en français. > asile.ch/comptoir-des-medias

 

Illustration: Ambroise Héritier / Vivre Ensemble n°178 | juin-juillet 2020

Également dans ce numéro, dans notre chronique Monde – Érythrée:

L’Europe accusée de financer le travail forcé. Giada de Coulon


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