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Colombie | Loin de la paix rêvée, un conflit encore vivant

En ligne depuis le 21 mai 2021 et publié dans

Régime politique: République présidentialiste
Capitale: Bogota
Population: 49 millions
Surface : 1141748 km2
Langue officielle: espagnol
Religions : catholicisme, protestantisme et croyances autochtones

«Opposé, comme la droite dure et son parti, à l’accord de paix de 2016, Iván Duque a assuré lors de son élection qu’il ne « réduirait pas l’accord en miettes ». […] Or, force est de constater que tout est fait à la fois pour diluer les obligations de l’État en la matière et pour saboter ce qu’il est possible de saboter. Le gouvernement a ainsi tenté – sans succès – d’affaiblir la Juridiction spéciale pour la paix et a réussi à diminuer de près de 30% le budget de la Commission de la vérité et de l’Unité de recherche des personnes disparues. Ces trois institutions forment les piliers du « système intégral de vérité, justice, réparation et non-répétition » de l’accord de paix. Le gouvernement de Duque a aussi promu des généraux au passé trouble, notamment impliqués dans des exécutions extrajudiciaires, nommé des personnalités polémiques à des postes clés pour l’avenir de la paix, stoppé les négociations avec l’autre guérilla de l’ELN… sans compter les assassinats de leaders sociaux, militants des droits de l’homme ou ex-guérilleros. »

Libération, «Accord de paix en Colombie : le gouvernement sape le travail de mémoire », Anne Proenza, 16 février 2020

Depuis l’entrée au gouvernement du conservateur Iván Duque, en août 2018, la Colombie a connu de multiples manifestations nationales pour exiger la mise en œuvre rapide de l’accord de paix historique de 2016 avec les FARC, mais aussi la protection des anciens guérilleros et des leaders communautaires. 260 ex-FARC ont été assassinés depuis la ratification de cet accord selon l’ONU, ainsi que 378 leaders sociaux, communautaires et défenseurs de droits humains – dont 42 sur les 3 derniers mois de l’année (1 documenté, 41 en cours de vérification) et 13 massacres (10 supplémentaires sont en cours de vérification).

Le gouvernement qualifie ces actes de «vendettas entre les factions des guérillas elles-mêmes», niant la systématicité des crimes et leur caractère organisé. Pour Reporters sans frontières (RSF), la Colombie continue d’être un des pays les plus dangereux pour la profession: les enquêtes journalistiques sur l’ordre public, «les conflits armés, la corruption et la collusion entre les politiques et les groupes armés illégaux», ou encore les problématiques environnementales «sont systématiquement accompagnés de pressions, d’intimidations et de violences». À cette situation critique s’ajoute une série d’initiatives législatives présentées durant 2020 par le parti politique au pouvoir afin de réduire l’indépendance de la cour constitutionnelle, instance suprême inscrite dans la constitution colombienne

Les nouvelles dynamiques de violence et leurs acteurs

Selon le dernier rapport de la mission de vérification de l’ONU en Colombie, 13589 guérilleros se sont démobilisés depuis la signature des accords de paix entre le gouvernement et les Forces révolutionnaires armées (FARC-EP) en 2016. Il s’agit de la démobilisation la plus importante sur le continent américain, un événement porteur d’espoir pour la population colombienne et les pays voisins qui ont subi les effets du conflit armé à leurs frontières durant 60 ans. Depuis 2018, de multiples organisations internationales et nationales dénoncent cependant des activités militaires de divers groupes armés, notamment l’ELN (l’armée de libération nationale), les groupes dissidents des anciennes FARC-EP, qui n’adhèrent pas aux accords de paix, et les groupes successeurs du paramilitarisme.

Ces groupes se disputent les zones contrôlées par les FARC-EP avant les accords de paix. Un conflit territorial qui se situe principalement dans les zones rurales liées à la production de coca, à sa transformation en cocaïne, aux routes de transport et à la sortie du pays (zones frontalières terrestres et maritimes avec l’Équateur, le Venezuela et la côte Pacifique). Le rapport de mission de l’ONU fait pour sa part le lien entre les attaques commises et les régions «où la présence de l’État est limitée, où des groupes armés illégaux opèrent et où les activités économiques illicites et des taux élevés de pauvreté prévalent».

Une protection défaillante des acteurs démocratiques

La violence actuelle est marquée par de graves violations des droits collectifs des populations afrodescendantes et indigènes ainsi que par des menaces à l’encontre des dirigeants communautaires, défenseurs des droits humains et de l’environnement. Le rapport annuel 2020 de Human Rights Watch relève que le «plan d’action introduit en novembre 2018 pour protéger les dirigeants des communautés n’avait produit aucun résultat évident» et que les programmes de protection collective créés en 2018 pour les communautés à risque et les groupes de défense des droits n’avaient pas encore été mis en œuvre à fin 2020. HRW attire aussi l’attention sur la dynamique de l’enfermement collectif, notamment le long de la côte du Pacifique où durant le mois d’août 2020, «l’État de Tir-Croisé a limité la possibilité de près de 4000 personnes, de quitter leurs communautés au Chocó».

Comme au début du conflit en 1940, la population civile se retrouve au milieu d’un conflit armé qui force les communautés rurales à se déplacer. Rien qu’en 2019, HRW dénombre 75000 personnes en condition de déplacement interne. Fin 2020, le Secrétaire général de l’ONU a également exhorté la «Commission nationale pour les garanties de sécurité» à remplir son mandat en vertu de l’accord de paix, afin de finaliser «une politique publique pour le démantèlement des groupes armés illégaux, des organisations criminelles et de leurs réseaux de soutien, principaux responsables de cette violence».

LAURA FLÓREZ, Doctorante en Anthropologie à l’IHEID

Sources documentaires:

Human Rights Watch, World Report, Colombia Events of 2020, janvier 2021
Conseil de sécurité de l’ONU, Mission de vérification des Nations Unies en Colombie, S/2020/1301, 29 décembre 2020
Conseil de Sécurité de l’ONU, «Communiqué de presse SC/14160 », 14 avril 2020
La Vanguardia, Caza a los guerrilleros, 5 janvier 2021
RSF, «Un climat de violence et d’autocensure », novembre 2020


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