Aller au contenu
Notre regard

Témoignage | Ce que la guerre fait aux réfugié·es d’ici

« Ces gens qui fuient la guerre en Ukraine sont les bienvenus partout en Europe. Tout le monde leur propose un hébergement etun endroit où dormir sereinement. C’est une très bonne chose que font ces gens et nous sommes heureux de voir comment les Ukrainiens sont bien accueillis. Nous partageons ce qu’ils ressentent, leur douleur,leurs sentiments.Et nous savons que maintenant ils comprennent aussi notre tristesse… Ils comprennent pourquoi nous avons quitté nos pays respectifs et ils comprennent la douleur qu’a été de laisser les personnes chères à notre cœur.C’est pourquoi il est très important que les réfugiés d’Ukraine aient un chaleureux accueil. Les gens souffrent en Palestine, en Ukraine, en Afghanistan, au Yémen et dans pleins d’autres pays du monde. La guerre est toujours violente. À chaque fois des gens meurent. Dans ce cas, pourquoi l’Europe crée-t-elle autant d’obstacles qui nous empêchent d’atteindre un lieu où nous pourrions être en sécurité ? Pourquoi ne sommes-nous pas accueillis de la même façon que les Ukrainiens ? Pourquoi la frontière est- elle fermée pour nous ? Tellement de réfugiés qui ne viennent pas d’Europe sont obligés de dormir dans la rue. Beaucoup d’entre eux ont peur que leurs empreintes soient prises sur le trajet pour l’Allemagne, la France ou l’Angleterre où leurs familles les attendent. Beaucoup d’entre nous doivent attendre des années avant d’avoir une réponse sur leur demande d’asile.

L’Europe a ouvert ses frontières pour les Ukrainiens. Pendant ce temps des gens d’Afrique et d’Asie meurent en Méditerranée. Noyés et oubliés. Combien de personnes meurent de faim et de soif aux frontières de l’Europe ? Combien de personnes meurent de froid parce qu’elles n’ont aucun moyen de se réchauffer au milieu de la forêt ? Combien de personnes sont tuées par la police aux frontières ? Battues, renvoyées, ignorées, laissées mortes dans des rivières et des mers. Combien de personnes se suicident à cause de leur douleur et désespoir ? Combien de personnes sombrent dans l’alcoolisme et l’addiction pour oublier les difficultés et l’impossible entrée en Europe? Ces personnes ne sont-elles pas humaines? Ne sommes-nous pas une part de l’humanité ?

Crédits photo: Ev, Unsplash

« Comme vous, nous avons aussi une famille, des amis et des amours »
Certains Européens nous regardent comme si nous étions des chiens dangereux prêts à mordre. C’est du racisme. Comme vous, nous avons aussi une famille, des amis et des amours. Nous ressentons aussi des choses. Nous espérons que la solidarité qui est développée à l’égard des Ukrainiens va continuer et que la même solidarité pourra être exprimée à l’égard de tous les réfugiés du monde. Nous sommes très tristes quand nous pensons à l’Ukraine car cela nous ramène à de douloureux souvenirs de la guerre en Afghanistan. Ce fut la même chose: à cause de la guerre beaucoup d’entre nous n’ont pas pu aller à l’école et nos enfants non plus. Une génération entière d’Afghans a grandi en ne pensant qu’à ce qu’elle pourrait manger le jour suivant pour survivre. C’est pour cela que nous détestons la guerre. Nous voulons que plus aucune guerre ne commence. Nous voulons que tout le monde puisse aller à l’école. Nous voulons que personne n’ait à endurer ce que nous avons enduré aux frontières de l’Europe. Nous voulons que tout le monde puisse avoir accès à une vie tranquille et sereine: personne ne mérite de vivre la douleur que nous avons vécue. Nous espérons un futur serein à tout le monde, nous voulons une bonne vie pour nos enfants. Nous voulons un futur heureux pour toute l’humanité.»

Lettre envoyée de façon anonyme par un habitant d’un foyer à Genève


L’information a un coût. Soutenez nos activités d’information et de documentation de l’asile en vous abonnant à la revue Vivre Ensemble ou par un don!