Alem, de l’Afghanistan au sommet du Nadelhorn
Propos recueillis par
SARAH PFITZMANN
En été 2024, l’association Peaks4All lance le projet 4000, une initiative visant à préparer un groupe de personnes réfugiées à l’ascension du Nadelhorn, un sommet culminant à 4 327 mètres d’altitude. Ce défi sportif et humain donne naissance au film A Peak for All de Janika Kamm et Simon Straetker, qui retrace cette aventure collective. Nous avons eu l’occasion d’interviewer l’un des protagonistes du film, afin de revenir sur son parcours au sein de Peaks4All. Alem est un jeune homme d’origine afghane, arrivé en Suisse en octobre 2023.
PEAKS4ALL, l’intégration des réfugié·es par les sports de montagne
Fondée par Laetitia et Clémence, Peaks4All est une association suisse à but non lucratif qui œuvre pour l’intégration des personnes réfugiées en Suisse à travers les sports de montagne. Porté par la conviction que le sport constitue un levier efficace d’inclusion sociale, le projet s’appuie sur un programme mêlant entraînements réguliers et sorties (randonnées et alpinisme). La pratique sportive donne l’occasion aux participant·es de renforcer leur confiance en eux et d’atténuer le stress lié à leur parcours migratoire. L’initiative se distingue également par sa dimension sociale: les activités proposées favorisent la création de liens, tant au sein de la communauté des réfugié·es qu’avec des bénévoles, des guides de montagne et les autres sportifs·ves présent·es.

Comment avez-vous découvert l’association Peaks4all?
Il y a 2 ans, un ami que j’avais rencontré au centre d’accueil de jour à la Croix-Rouge genevoise connaissait et participait aux activités proposées par Peaks4all. Il m’a dit qu’il y avait une place qui s’était libérée. Au début je ne savais même pas tout ce que proposait l’association, j’ai accepté, car je m’ennuyais beaucoup.
Qu’est-ce que le projet 4000?
C’est un projet que l’association organise une fois par année. Elle sélectionne les participant·es qui sont motivé·es et qui ont une condition physique adéquate. La condition physique est très importante, car il y a beaucoup de facteurs de risques en montagne, notamment l’altitude. Il y a donc une phase de préparation physique qui dure six mois avec de la course à pied, de la musculation, des exercices de respiration et un exercice préparatoire sur un glacier de 3000 mètres. Ce n’était pas facile, on a d’ailleurs perdu la moitié des participant·es.
Quel est votre lien personnel à la montagne?
En Afghanistan, il y a des belles montagnes, mais en raison des problèmes politiques, je n’avais pas la chance de pouvoir en profiter. Comme c’est une zone de conflit, mon père ne me le permettait pas. Quand j’ai fait mes études en Turquie, j’allais de temps en temps faire du ski ou des randonnées. J’aimais déjà la montagne. L’association m’a appris à l’apprécier davantage. Lorsqu’on est en montagne et qu’on fait de l’alpinisme, on est dans le moment présent, c’est apaisant et rafraîchissant. Je dis toujours que pour moi une journée passée à la montagne c’est comme 3 semaines à la mer.
En quoi cela vous a-t-il aidé dans votre parcours d’intégration en Suisse?
Peaks4all c’est une équipe de guides professionnels, de bénévoles et donc en tant que migrant au départ dans un nouveau pays, on ne connaît rien, on peut échanger avec toutes ces personnes qui vivent ici et qui savent beaucoup de choses. Même au niveau de la langue, c’est un bon moyen d’apprendre de manière moins formelle.
Dans le film on voit que vous restez uni·es même face à l’imprévu, qu’est-ce que cela symbolise pour vous?

La nuit passée dans la cabane à 3500 mètres d’altitude, après le premier jour de marche, je ne l’oublierai jamais. Nous étions ensemble, nous avons bu, mangé et beaucoup ri. C’était une déconnexion totale où nous étions dans le moment présent, un petit coin de paradis. Dans le groupe, tout le monde n’avait pas forcément le même niveau. Les guides s’en sont rendu·es compte. Ils nous ont donc demandé pendant la soirée si on voulait diviser le groupe en deux pour monter le Nadelhorn. On a refusé, on voulait rester ensemble. On a donc décidé de faire le sommet d’à côté, qui est un peu moins haut.
Cela vous a procuré quoi de gravir ce sommet?
Une fois que c’est fait, on revient chez soi et on n’y croit pas. Est-ce que j’ai vraiment fait ça ? C’était un rêve ? Cela me fait plaisir de repenser à ça, c’est un point de plus dans ma vie à partager. Je me rappelle que j’étais surtout tellement ému. J’ai évolué en faisant cette aventure. C’était équivalent à cent séances de psychologue.
Où en êtes-vous aujourd’hui par rapport à l’association et à la montagne?
La montagne c’est beau, mais c’est dangereux donc je ne ferai pas d’alpinisme seul, sans guide. En ce qui concerne l’association, j’y suis toujours, mais moitié bénévole, moitié bénéficiaire. Il faut aussi savoir laisser la place aux autres. Maintenant, quand je parle avec des personnes migrantes, je leur recommande cette association. Par exemple lorsqu’elles rencontrent des difficultés, qu’elles ont le sentiment de ne pas s’en sortir. Je leur conseille d’y aller pour se faire du bien. Cette association ce n’est pas que l’alpinisme. Derrière la montagne, il y a surtout des liens humains et du bien-être.
Le film A Peak for All a été réalisé par Janika Kamm et Simon Straetker. Si vous souhaitez le visualiser, vous pouvez le louer pour 10.- sur le site Vimeo au lien suivant : https://vimeo.com/ondemand/apeakforall/1151529733
Site officiel de l’association : www.peaks4all.org