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Notre regard

Réfugié·es de Gaza | Renvoyer coûte que coûte

Louise Wehrli

Plusieurs collectifs romands sont en contact avec des personnes palestiniennes frappées par des décisions de non-entrée en matière fondées sur les accords de Dublin ou sur l’existence d’un permis de séjour dans un État tiers, comme en Grèce.

Parmi elles, Anas (prénom d’emprunt), actuellement dans le canton de Vaud. Il a quitté Gaza en 2020, à la recherche de sécurité et de soins. Après un passage en Turquie, il a demandé l’asile en Grèce, sans obtenir de protection malgré quatre ans de procédure. Il a poursuivi sa route à travers les Balkans. En Croatie, Anas a subi de graves violences : « La police croate a failli me tuer à coups de poing quand je leur ai dit que je venais de Gaza. L’un d’eux m’a insulté : J’aime Israël, espèce d’enfoiré ! Je suis tombé à terre et il m’adonné un coup de genou dans la poitrine. Puis il m’a relevé, m’a donné un coup de pied dans les testicules et m’a frappé au ventre jusqu’à ce que je vomisse du sang. On m’a placé dans un local de stockage à l’extérieur du commissariat. La porte était verrouillée et on nous a laissés sans nourriture, sans eau ni toilettes. Je n’ai pas pu rincer le sang séché ». Aujourd’hui, Anas craint un renvoi Dublin vers la Croatie. « Je voudrais oublier, ne serait-ce qu’une heure, échapper aux mille fantômes qui me hantent. Mon cœur brûle et mon âme est déchirée. À Gaza, ils sont tous morts : le voisin, l’ami, le maraîcher, mes collègues de l’université. Il ne me reste plus que ma femme adorée et mes cinq enfants. Notre maison a été détruite dans un bombardement et plusieurs de mes enfants ont été blessés. Ils vivent actuellement sous une petite tente dans un froid glacial. » Le témoignage se passe de commentaire. Nous rappelons ici l’existence de la clause de souveraineté permettant de renoncer à un renvoi Dublin pour raison humanitaire. Les autorités suisses n’ont qu’à l’appliquer.

Image de couverture: Photo de Houssem Bouaza sur Unsplash