Derrière les chiffres, quelle protection en Suisse et en Europe en 2025?
Sophie Malka
Le Secrétariat d’État aux migrations communique chaque mois sur le nombre de demandes d’asile et de décisions rendues. Derrière les chiffres et les labels, il y a des procédures administratives complexes, mais aussi des silences qu’il s’agit de comprendre et mettre en lumière. asile.ch propose une analyse de ces données pour en livrer des clés de lecture et explications. Deux exemples ci-dessous.
Notre rubrique Statistiques de l’asile vise à vulgariser ces informations. Elle a été mise à jour pour l’année 2025 et repensée pour les données liées au système de Dublin.
Mise à jour des données 2025: Jean-Michel Genet, Aljoscha Landös & Sophie Malka
59%, c’est le besoin de protection reconnu par la Suisse après examen des motifs d’asile
Ce chiffre de 59% étonnera celles et ceux qui ont tendance à croire que seule une minorité des personnes demandant une protection ont effectivement des motifs fondés. De fait, la majorité des personnes entendu·es sur les raisons de leur demande se voient reconnaître une protection.
Un taux de 59% particulièrement bas cette année: il se trouve généralement au-dessus de 70%. La raison tient au nombre exceptionnellement élevé de décisions négatives rendues en 2025 à l’égard des ressortissant·es de Turquie (38 % de l’ensemble des décisions négatives). Cette tendance fait suite à un arrêt de principe rendu en automne 2024 par le Tribunal administratif fédéral considérant que les personnes poursuivies en Turquie pour «insulte au président» et/ou «propagande pour une organisation terroriste» n’auraient globalement pas à craindre de persécution pertinente au regard du droit d’asile dans leur pays d’origine. Les femmes à risque de féminicide ne sont pas davantage protégées par les autorités suisses.
Sur le calcul du taux de protection, voir notre page statistique sur la procédure.
Dublin: un «jeu» à somme nulle, des vies ballotées, des personnes non protégées
En 2025, à l’échelle de l’Europe, sur 119 836 demandes de prise en charge Dublin, seules 18 269 ont abouti à un transfert – soit un taux de transferts de 15%. On note surtout que le nombre de transferts entrants et sortants est quasi-égal (18 143 contre 18 269). Des dizaines de milliers de personnes sont ainsi ballotées d’un pays dans lequel elles souhaitent s’installer ou ont de la famille vers un autre où elles ne connaissent personne…
La procédure Dublin, marquée par une grande inefficacité et une lourde et coûteuse bureaucratie, laisse dans l’incertitude des milliers de personnes avant qu’un État s’intéresse à leur besoin de protection.
En Suisse, une décision NEM Dublin est rendue dans l’attente d’un éventuel transfert vers l’État chargé d’examiner leur besoin de protection. Cela peut durer 6 à 18 mois. Pendant ce temps, quelle que soit leur histoire et les persécutions subies, elles sont traitées comme si leur demande d’asile n’était pas fondée et qu’elles n’avaient pas de raisons d’être là. L’entrée en vigueur du Pacte migratoire de l’UE ne va faire qu’empirer les choses, puisque les délais pourront être allongés jusqu’à trois ans (p. 16 de la revue).
Sur les statistiques liées aux procédures Dublin , voir notre page statistique dédiée.
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©Image de couverture: Graphique: asile.ch • Source: Eurostat (données) • Créé avec Datawrapper