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Ville de Lausanne | Migrants clandestins: Etat des lieux

En ligne depuis le 20 juin 2003 et publié dans - modifié le 23 juin 2017

En 2001, la Municipalité de Lausanne décidait de mandater un chercheur de la Direction de la sécurité sociale et de l’environnement, Marcello Valli, pour récolter un maximum d’informations sur l’immigration clandestine à Lausanne. Ceci dans le but d’estimer l’ampleur du phénomène, de déterminer le profil et la provenance des migrants clandestins, afin de dégager des propositions concrètes d’interventions de la part des autorités communales. Ce rapport*, qui aborde également la problématique des ex-requérants d’asile, vient tout juste de paraître.

Rapport: Les migrants sans papiers de séjour à Lausanne

Dans son rapport, M. Valli note que les mouvements migratoires actuels sont étroitement liés au phénomène de la mondialisation, et plus précisément au «besoin» qu’ont les pays développés d’une main d’œuvre bon marché et facilement renouvelable (la flexibilité prônée par le patronat !). Un rôle important est également joué dans les pays d’émigration par l’introduction de modèles consuméristes sans rapport avec le pouvoir d’achat local. Mais c’est bel est bien l’offre suisse d’emplois même sous-payés qui, pour M.Valli, est le principal élément poussant les gens à s’expatrier.

M.Valli met l’accent sur la fermeture de plus en plus généralisée des frontières européennes, qui contraint les nouveaux migrants à «adopter de nouvelles formes de migration: demande d’asile politique, clandestinité, nomadisme saisonnier et regroupement familial». Il passe en revue dans son rapport les différents groupes de sans-papiers qui constituent la population clandestine à Lausanne (dont le nombre se situe entre 4’000 et 6’000 personnes) et détermine quelques groupes qui lui semblent essentiels: – les Latino-américains, qui constituent environ 50 % des clandestins, – les déboutés de la procédure d’asile (ex-Yougoslaves, Africains sub-sahariens, Turcs et Kurdes, Algériens, Sri-Lankais, Arméniens, etc., – les migrants maghrébins (souvent marginalisés et proches du milieu de la toxicomanie), – les anciens saisonniers (Portugais, Espagnols, Yougoslaves), – les ressortissants des pays de l’Est (migration de type saisonnier), – les prostitué-e-s de rue (Cameroun, Brésil, Europe de l’Est)

Sous-payés

Pour ce qui est des conditions d’existence, M.Valli relève que les conditions de travail sont pour la majorité très précaires: les secteurs économiques concernés sont avant tout le travail domestique, l’hôtellerie, la restauration et l’industrie du sexe. Les salaires mensuels moyens tournent autour de 1’300 à 1’500 francs. Très peu bénéficient des conditions «normales» de la branche dans laquelle ils-elles sont employé-e-s. Précarité aussi dans le domaine du logement: la plupart logent à plusieurs par pièce dans un appartement sous-loué à des amis ou à des «marchands de sommeil».

Exclus de la protection sociale

La grande majorité n’a aucune couverture d’assurance. Les structures sanitaires de proximité sont très sollicitées (par exemple «Point d’eau», où on trouve douches, infirmerie, médecin, dentiste,… gratuitement ou à très bas prix). L’accès à une formation professionnelle pour les enfants clandestins après la scolarité obligatoire est un grave problème, auquel les autorités cantonales – la Cheffe du Département de la formation et de la jeunesse, Anne-Catherine Lyon, surtout – s’efforcent de trouver un remède. Les migrants clandestins doivent donc compter avant tout sur leur réseau: famille, compatriotes, et secteurs solidaires de la société d’accueil.

Vision simplificatrice

Ce bref résumé d’un rapport très riche ne peut qu’être lacunaire. Il nous semble cependant important de regretter que M. Valli mette en avant comme seule cause d’exil le désir d’une «vie meilleure», qui expliquerait pour toutes et tous le recours – entre autres – à la procédure d’asile. Cette interprétation nous paraît erronée, car elle vient corroborer la vision (pour le moins répandue) du «profiteur» de l’asile que serait le réfugié de la Kosove qui a fui la guerre, l’opposant tamoul du nord du Sri-Lanka, le Turc membre d’un parti interdit ou le Kurde coupable dès sa naissance de vouloir s’exprimer dans sa langue… Et combien d’autres cas à citer, de celles et ceux qui n’ont pu continuer à vivre dans des conditions infra-humaines au plan économique quelquefois (bien que beaucoup aient abandonné qui un commerce, qui une maison confortable) et toujours insupportables au plan politique.

Motifs divergents

La différence existe entre les «migrants clandestins», qui ont choisi – à contre cœur peut-être, mais décidé quand même – d’émigrer, qui savent ce qui les attend (des bas salaires) et qui ne pensent pas être accueillis à bras ouverts par d’autres que par leurs proches… Il est d’ailleurs frappant de constater que dans leur grande majorité, le principal groupe de sans-papiers, les Latino-américains, ne passe pas par la procédure d’asile. Cette dernière n’est donc pas la voie royale pour contourner la législation sur les étrangers.

Différence donc entre les migrants clandestins et les «exilés de l’asile». Qui ont dû tout quitter, n’en pouvant plus de supporter la misère et la peur. Ceux-là, les exilés, croient à l’accueil, croient à la charité de ceux qui les «reçoivent», et sont brisés lorsqu’ils comprennent où ils sont tombés. Ce qui va engendrer une autre marginalité, morale: celle de la solitude de l’exilé. Et son cortège de maux tant psychiques que physiques. Bien sûr, il y a celles et ceux qui «utilisent» le droit d’asile. Mais ils sont bien peu à y avoir recours seulement pour gagner leur vie. Pour eux, il s’agit avant tout de gagner le droit de vivre. Il ne s’agit pas ici d’instaurer une hiérarchie entre le bien fondé des motifs des uns et des autres, mais plutôt de mettre en relief les difficultés supplémentaires qu’ont suscités les attentes et les espoirs liés à la procédure d’asile.

Foule de renseignements

Cela dit, M.Valli, qui a rencontré des représentants de plus de soixante-six institutions, associations, syndicats, communautés étrangères, collectifs, donne dans son rapport une foule d’informations intéressantes et des renseignements très utiles à toute personne travaillant avec des migrants. Il est par ailleurs indispensable à tout débat concernant les «sans-papiers».

 

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