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Mobilisation | Des NEM au référendum: Ça bouge en Suisse orientale

En ligne depuis le 6 février 2006 et publié dans - modifié le 26 juin 2017

Un peu partout en Suisse, des comités référendaires cantonaux se sont constitués ou sont en voie de constitution. S’il est vrai qu’en Suisse centrale, Lucerne mis à part, les militants des petits cantons peinent à s’organiser, la bonne surprise est venue de Suisse orientale. Dès les premières réunions nationales, à l’été 2005, elle était représentée à travers un mouvement solidement constitué qui s’est formé en réponse à la mise à la rue des victimes de non-entrée en matière. C’est désormais le «Solidaritätsnetz» actif à Saint-Gall et dans toute la région qui porte le double référendum. L’occasion de s’intéresser à la genèse de ce mouvement citoyen, qui vient de publier un livre* dont nous reprenons ici un extrait de l’introduction. (Réd.)

«Le canton de Saint-Gall a mis en application l’exclusion de l’aide sociale après une non-entrée en matière (NEM) dès le 1er octobre 2004. Ce jour là, deux cents personnes qui étaient hébergées jusque-là dans les cinq centres pour requérants obtinrent leur «indépendance» – pour reprendre les termes de l’Office fédéral pour la migration (ODM).

En clair: elles étaient mises à la porte avec leur valise ou leur sac à dos. Environ vingt-cinq personnes ont demandé une aide de première nécessité à Altstätten, Saint-Gall, Oberbüren et Brunnadern. Quelques-unes trouvèrent un abri chez des amis, d’autres passèrent leurs nuits dans les parcs, la forêt, une cabine téléphonique ou dans une gare. Après les premières nuits fraîches et pluvieuses de mi-octobre, certains prirent contact avec la paroisse à Brunnadern (un village du Toggenburg) et à Saint-Gall.

Création d’une cantine

Dans le chef-lieu du canton, un petit groupe de citoyens engagés s’était formé dès septembre pour développer des scénarios en réponse à l’exclusion de l’aide sociale. Suite à l’échange avec les personnes concernées, ils décidèrent de mettre sur pied rapidement et sans grandes façons une cantine pour les «NEM» avec des bénévoles. Le départ eut lieu à fin octobre par des offices religieux au centre œcuménique Halden à l’est de Saint-Gall. Les éléments moteurs étaient, outre les membres actifs des Eglises, les membres du Cabi, un point de rencontre anti-raciste. En quelques jours seulement, trente bénévoles furent trouvés, et fin novembre les premiers repas servis au centre ville dans des locaux sobres d’un groupe de solidarité.

Action humanitaire et politique

Auparavant, le 6 novembre 2004, trente-deux Saint-Gallois et six personnes avec décision NEM avaient créé le «Réseau de solidarité de Saint-Gall». Mais dès la deuxième assemblée générale, en décembre, il fût transformé en «Réseau de solidarité de Suisse orientale», vu la participation de représentants d’autres cantons. Dès le tout début, deux piliers fondamentaux furent définis: l’aide humanitaire aux personnes concernées et le travail politique au niveau local et national. Le réseau se veut ouvert, tant en ce qui concerne les motifs d’engagement que dans les formes de collaboration. On a volontairement renoncé à fonder une association, à élaborer des statuts ou à formuler des règlements internes. Le réseau de solidarité ne veut ni récupérer, ni niveler ses membres, mais développer et mettre en réseau le potentiel de citoyens actifs.

Solidarité immédiate

Avec le soutien de l’Entraide protestante suisse (EPER), une carte-réponse fut élaborée grâce à laquelle on peut s’inscrire comme membre et/ou comme volontaire. Les cuisinières et cuisiniers furent rapidement au nombre de soixante. Un groupe se forma pour accompagner les «NEM» dans leurs démarches administratives. Des avocats, des médecins, des dentistes, des musiciens offrirent leurs services. Des dons spontanés arrivèrent. Certains membres acceptèrent de prendre des personnes concernées chez eux dans les cas d’urgence. D’autres s’occupèrent des visites en prison.

Réseau en expansion

Le réseau de solidarité croissant a rapidement éveillé l’intérêt des médias, fortement soutenu par la direction de l’Eglise réformée du canton de Saint-Gall et par l’évêque qui réside sur place. Une gigantesque table publique fut mise et un repas servi sur une place centrale de Saint-Gall. La manifestation qui suivit, «Dignité pour tous», mobilisa en mars 2005, malgré un froid glacial, cinq cents personnes. En avril, le réseau de solidarité invita environ cent représentants de la politique, de la culture, des Eglises et des mouvements de base à un «Banquet républicain» pour un bon repas et bien plus. Des discussions animées et de brillants discours contre le durcissement du droit d’asile ont mis en évidence que les droits fondamentaux ainsi que la crédibilité de l’Etat et des Eglises sont en jeu. (…)»

Andreas Nufer-Siqueira

*Und es sind Menschen auf der Flucht (douze biographies de requérants visés par une non-entrée en matière, en partie en français et en anglais), Rex Verlag, Lucerne, novembre 2005, 190 p., prix: 29.80 fr. Pour commandes: www.solidaritaetsnetz.ch


Après les états généraux des 17-18 décembre

Vers un mouvement de résistance

Il ne faut pas mégoter son plaisir! Les Etats généraux de la migration et de l’asile ont été un succès. Convoqués le lendemain de l’acceptation par la majorité du Parlement fédéral de deux lois parmi les plus iniques de l’histoire législative suisse, ils ont réuni les 17 et 18 décembre derniers plus de deux cents personnes en provenance de plus de quarante collectifs des quatre coins du pays, excepté malheureusement le Tessin. (…)

Les Actes des Etats fédéraux, qui seront publiés à la fin du premier trimestre de cette année, reprendront l’ensemble des interventions remarquables à tous points de vue et utiles à tout le monde comme instrument de formation. L’un des trois enjeux des Etats généraux était à la fois de lancer une dynamique unitaire pour la campagne référendaire contre les deux lois et de déterminer quelques axes d’une stratégie de résistance au-delà des référendums.

Du défensif à l’offensif

Pour ce faire, les organisateurs faisaient confiance à la créativité collective mise en œuvre dans neuf ateliers et une plénière finale. Le défi a été largement relevé, chaque atelier dégageant trois conclusions principales qui seront mises en œuvre sur les trois ans qui viennent.

Cette stratégie de résistance englobe ainsi le combat contre les deux lois, par les référendums qui permettront une campagne d’information publique de grande ampleur, et, au-delà des référendums, par des campagnes politiques et culturelles de popularisation à la fois locales et nationales en 2007 et 2008; une participation active du réseau suisse à la création d’un Observatoire international du racisme et de la xénophobie d’Etat, mais aussi une capacité de propositions alternatives. Il s’agit de passer du défensif à l’offensif, de retourner la peur de l’«Ueberfremdung» en ode au mélange et au cosmopolitisme. La stratégie à moyen terme implique ainsi à la fois les actions à mener en faveur de la ratification par la Suisse de la Convention internationale des droits des migrants et la réflexion sur une initiative constitutionnelle du type «utopique-réaliste», proposant une autre politique migratoire.

Des échéances programmées

Les Etats généraux ont donc alimenté fortement la dynamique du mouvement social avec des échéances propres, afin de faire du temps un allié et non un adversaire, et dessiné un horizon de radicalité sereine dans notre contestation du désordre établi. D’ores et déjà, deux échéances sont fixées: une manifestation nationale après le dépôt des signatures et avant la campagne de votation proprement dite, et des deuxièmes Etats généraux, après la votation elle-même, pour mettre en œuvre les axes stratégiques décidés.

Bruno Clément, co-organisateur des Etats généraux

Extrait d’un article publié par SolidaritéS, n°9, 4 janvier 2006

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