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Témoignage | Eminence Maza, un combat pour la liberté

En ligne depuis le 1 octobre 2010 et publié dans - modifié le 8 juillet 2017

Les multiples rebondissements qui ont entouré l’expulsion de la famille Maza ont été amplement suivi par la presse à la fin des années 80. Eminence, la fille d’Alfonse Maza, raconte les épreuves endurées par sa famille d’origine zaïroise qui l’ont menée de la Suisse à la Belgique en passant par Cuba.

«J’ai habité pendant quinze ans environ à Genève dans le quartier de la Jonction avec mon père, Alphonse Maza, ma mère, Beatrice Maza Diankulu, mon frère Vladimir et ma soeur Liudmila.

Mon frère et ma soeur Liudmila sont nés à Genève et moi en Belgique. J’avais quelques mois quand je suis arrivée à Genève.

En résumé, en 1988, toute la famille a été expulsée de force de la Suisse vers Cuba – seule alternative au renvoi vers le Zaïre (ndlr) – après 15 ans de vie à Genève. Qui était notre père? C’était un étudiant en médecine qui est devenu avec le temps un militant, un opposant au régime de Mobutu. C’est pour ses idées révolutionnaires, ses participations à des débats, des colloques, des manifestations contre le régime zaïrois de Mobutu, que le gouvernement Suisse de l’époque l’a déclaré dangereux, qu’il a été accusé de mettre en cause la sécurité de l’Etat suisse.

Encore aujourd’hui, je me pose la question: en quoi était-il dangereux? En quoi mettait-il en cause la sécurité de l’Etat Suisse? Le gouvernement Suisse a tout inventé. Mon père n’était pas riche matériellement, mais il avait une richesse intellectuelle, humaine. Peut-être est-ce à cause de cela qu’il ne plaisait pas à la Conseillière féderale Elisabeth Kopp et à Monsieur Réfugié de l’époque, Peter Arbenz.

On disait qu’il existait un dossier de police qui s’est avéré vide. Pour moi, tout simplement, ils ont voulu lui enlever sa liberté de penser et de s’exprimer! La preuve que le dossier était vide, c’est qu’après notre départ de Cuba, nous sommes allés en Belgique où les liens avec le Zaïre sont plus faciles à garder et que la Belgique nous a donné la nationalité belge et le statut de réfugié à notre père, car papa restait sur ses positions et ne voulait pas changer de nationalité.

Aujourd’hui, vingt ans se sont écoulés et je me souviens encore comme si c’était hier, de ce qui s’est passé. J’avais 14 ans,Vladimir 10 ans et Liudmila 4 ans. A l’époque, je suis passée par trois étapes: le choc, la peur et la colère qui ont créé un blocage en moi.

Les mauvais souvenirs remontent. Les arrestations, les visites en prison, la clandestinité, la première expulsion, puis la semi-liberté avant l’expulsion définitive, les insultes et les menaces au téléphone. Imaginez ce que j’ai ressenti, la peur qui se lisait sur le visage de notre mère. Heureusement que les voisins qui ont crée le comité Maza étaient là, nombreux, pour nous soutenir, et l’avocat pour nous défendre.

Des flashs me reviennent de ce que nous avons vécu. Je vous donne deux exemples: Six policiers sont venus prendre notre père à la maison. En partant, il a essayé de me rassurer en me disant de ne pas m’inquiéter. Lorsqu’ils sont partis, j’ai regardé par la fenêtre de l’immeuble de la Jonction et j’ai vu deux policiers devant, deux à côté de notre père et deux derrière lui, comme s’il était un bandit. Vous vous imaginez le choc! Maman était au travail à la patinoire de Genève. Liudmila dormait.

Par la suite, on m’a raconté comment s’était déroulée sa première expulsion.

Mon père travaillait comme livreur de pharmacie. La police l’a arrêté pendant qu’il faisait ses livraisons. Ils l’ont malmené jusqu’à lui déchirer ses vêtements et pour bien faire passer l’expulsion, ils lui ont donné une tenue de mécanicien. C’est dans cette tenue qu’il a été expulsé.

Lorsque nous sommes arrivés à Cuba, nous avons été bien reçus, nous avons été logés dès notre arrivée dans un appartement. Nous avons appris l’Espagnol. Les Cubains sont chaleureux, accueillants. Nous avons appris beaucoup de choses comme la cuisine, les coutumes, leur gaîté. Ils ne faisaient aucune différence. Ils nous considéraient comme des Cubains et non comme des étrangers, à tel point que nous avons été directement à l’école parmi eux et nous nous sommes intégrés très rapidement. Mais malgré tout nos amis de Genève nous manquaient.

Après cinq années à Cuba où nous avons évolué, grandi, étudié, nous sommes allés en Belgique où ma famille vit encore après avoir obtenu l’asile que la Suisse nous a refusé. Mon père est décédé il y a maintenant douze ans. Il n’avait que 48 ans.Le retour en Belgique a été un déclic pour notre père. Il a retrouvé ses compatriotes de lutte et il a recommencé ses activités, c’est-à-dire son combat contre la dictature de Mobutu.

C’est dommage que notre père ne soit pas là pour témoigner et voir que la situation en Europe et en Suisse a encore empiré en matière de droit d’asile. Heureusement qu’il existe encore des associations, des comités, des personnes qui continuent à se battre.

J’aimerais vous dire que notre père et mari a été emprisonné avant la mise en place des mesures de contrainte en Suisse qui permettent de mettre en prison des gens pour de simples délits administratifs. Il a été un cas de laboratoire pour ces mesures. Depuis ces mesures sont devenus une loi.

La vie est difficile mais c’est un combat. Cela je l’ai appris de mon père. Je ne veux pas l’oublier.»

Eminence Maza

LORS DU COLLOQUE DE L’UNIVERSITE DE LAUSANNE, LA PENSEE ET L’ACTION DANS LE POUVOIR. COLERE: DYNAMIQUES SOUMISSION-INSOUMISSION ET CREATION POLITIQUE, 23-24-25 AVRIL 2010.

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