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Entretien | Hawa Abdi, un Etat dans un Etat sans Etat, la Somalie

En ligne depuis le 18 février 2011 et publié dans - modifié le 8 juillet 2017

Après des études en Ukraine, Hawa Abdi devient, en 1971, la première femme gynécologue et obstétricienne de Somalie. En 1983, elle créé, près de Mogadiscio, un hôpital sur un terrain appartenant à sa famille. Depuis 1991, ce lieu sert de refuge aux dizaines de milliers de personnes qui fuient le chaos de la capitale. En 2006, Hawa Abdi lance un appel à l’aide aux Somaliens de l’étranger pour les mobiliser. En mai 2010, les extrémistes du Hizbul Islam attaquent le camp et saccagent l’hôpital, avant de s’excuser face à une énorme levée de protestation.

Avec ses deux filles, Deqo et Amina, également médecins, Hawa Abdi est déterminée à reconstruire l’hôpital et poursuivre son combat pour une Somalie unie. Vivre Ensemble a rencontré cette énergique sexagénaire en compagnie d’une de ses filles, lors d’un passage à Genève en septembre 2010.

Qui sont les personnes que vous accueillez?

L’hôpital a été créé en 1983 pour les nomades, particulièrement les femmes et les enfants, passant dans la région. Mais depuis le début de la guerre civile, j’ai laissé le terrain qui l’entoure à la disposition des familles qui fuient les combats de la capitale. Certains vivent là depuis dix-neuf ans. La majorité est toujours composée de femmes et d’ enfants. Rien ne change. Le taux de mortalité infantile reste très élevé, la plupart des gens souffrent de malnutrition et nous manquons continuellement de médicaments. On évoque le chiffre de septante mille personnes.

Vous acceptez vraiment tout le monde? Vous ne dites jamais stop?

Comment dire non à des êtres humains qui arrivent démunis de tout? J’accepte tout le monde, mais tout le monde doit accepter mes règles. Je pose trois conditions : déposer les armes, ne pas battre les femmes, accepter de vivre avec des personnes de n’importe quel clan. S’ils n’acceptent pas ou violent l’une de ces règles, ils sont exclus. Moi-même, je considère faire partie de tous les clans.

N’est-ce pas trop difficile de faire vivre ensemble tous ces gens?

C’est très difficile! La plus grande difficulté vient des rivalités entre les clans et des inégalités hommes-femmes. Il faut pourtant apprendre à vivre ensemble et c’est pourquoi nous sommes très organisés. Le camp est divisé en six districts. A la tête de chaque district, il y a un comité composé de cinq membres: trois personnes âgées, une femme et un jeune. Chaque matin, je parle avec les responsables des comités. Nous avons même dû instaurer une petite prison dans le camp. La peine maximale est de deux jours. Comment ces personnes font-elles pour subsister? Je leur offre un lieu pour vivre en sécurité avec la possibilité de recevoir des soins. Ils ont aussi de l’eau grâce à la rivière. Par contre, ils doivent trouver eux-mêmes la nourriture au moyen de la pêche, de l’agriculture… ou en s’entraidant. C’est important pour son estime personnelle d’être actif, de se prendre en charge. En Suisse, je vois des gens assis qui attendent. Ils sont trop passifs. Cela leur enlève l’estime d’eux-même. En Somalie, l’argent n’est pas la référence. Et ça change tout!

Recevez-vous de l’aide de la part des Somaliens de l’étranger?

Oui. Beaucoup de réfugiés se sentent inutiles face à ce qui se passe dans leur pays. Aider ceux de là-bas aident aussi ceux d’ici à retrouver des racines. J’ai remarqué que les problèmes entre les clans subsistaient et même s’accentuaient à l’étranger. D’où l’importance de se rencontrer dans des lieux neutres. Des endroits comme le CEFAM et CAMARADA, à Genève, m’interpellent énormément. En effet, pour permettre au pays de se reconstruire, il ne suffit pas de soigner, il faut aussi éduquer. Pour cela, nous avons besoin d’une école, d’un centre pour femmes, d’un jardins d’enfants… C’est devenu possible grâce à des associations regroupant des Somaliens exilés.

Vous arrive-t-il d’avoir peur?

Je n’ai jamais peur ! Je soigne des femmes de tous les clans. J’aide à mettre au monde des enfants de tous les clans. Pour cela, on me respecte. C’est ma protection. Un jour, quelqu’un voulait tuer des personnes d’un autre clan. Je lui ai dit: «Tu me tues avant! Et après, tu tues les autres!» Il a fini par renoncer en disant: «Tu es vraiment trop têtue!». Qu’est-ce qui vous donne la force de continuer? Je n’ai pas le choix, je dois le faire. La Somalie est mon pays et j’aime mon pays. Souvent c’est à désespérer! Mais quand on parvient à faire quelque chose, cela motive à continuer. «Sur cette terre tu peux trouver tout ce que tu veux et tu ne feras rien de mal!» C’est ce que m’a dit mon arrière grand-mère et m’ont répété mes parents. Je fais ce qu’ils m’ont dit de faire et mes filles continuent ce que je fais.

Propos reccueillis par Nicole Andreetta
Collaboration: Sophie Malka

Soutien à la formation des femmes, clé de la paix en Somalie

En 2008, lors d’une visite médicale à Genève, Hawa Abdi visite le centre pour femmes de Meyrin (CEFAM) et CAMARADA. Elle se montre vivement intéressée par la démarche entreprise auprès des femmes migrantes. Se crée alors, en novembre 2009, l’Association suisse Hawa Abdi, regroupant à la fois des Suisses et des Somaliens. Selon Hawa Abdi, cette mixité prévient les réflexes d’appartenances aux clans, très forts en diaspora, et qu’elle combat en Somalie. Les exilés soutiennent les projets de l’association en participant activement aux récoltes de fond. D’autres associations sont nées depuis. Cela leur permet de faire quelque chose d’utile pour leurs compatriotes restés au pays.

Depuis, un centre de formation pour femmes et une école ont vu le jour dans le camp. Six cent trente enfants ont pu être scolarisés. La priorité est donnée aux familles les plus démunies, tout en veillant à respecter la parité garçon-fille ainsi que la représentation multi-clanique. Les enseignants (hommes et femmes)viennent de tribus différentes. La formation des femmes vise à leur permettre de gagner un peu d’argent, de remédier à la malnutrition et d’administrer les premiers soins, ainsi qu’à les conscientiser aux conséquences des mutilations génitales.

Aujourd’hui, Hawa Abdi et ses filles ont repris leur bâton de pèlerin pour trouver des fonds pour la reconstruction de l’hôpital et pour l’équiper, notamment en médicaments.

Association Hawa Abdi: contacts: cldreifuss@bluewin.ch

Association RAJO: www.association-rajo.ch

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