top menu

Plateforme d’information sur l’asile

Actualités et documentation sur les réfugiés en Suisse et dans le monde

Comptoir des médias

Une veille médiatique sur les questions d’asile, pour une information sans préjugés

Réfugiés | Préjugés et réalité

Des faits et des chiffres pour lutter contre les idées reçues

Revue Vivre Ensemble

Bulletin de liaison pour la défense du droit d’asile

Agenda de l’asile

Evénements et manifestations sur l'asile et sur les migrations

Association Vivre Ensemble

Service d'information et de documentation sur le droit d'asile

Glossaire de l’asile

Mémo[ts] pour parler d'asile et de migrations

Témoignages video

Une plateforme de témoignages videos

Témoignage

Témoignage

S’intégrer? Un parcours du combattant!

En ligne depuis le 18 juin 2012 et publié dans - modifié le 16 juillet 2017

«Mon mari est psychiatre. Nous venons d’un milieu aisé. Nous avons tous deux étudié dans un lycée international d’Istanbul. Mon mari s’est engagé pour la cause kurde. Pour cette raison, il a dû quitter la Turquie et demander l’asile en Suisse. Nous avons d’abord vécu à Lausanne, puis à Genève. En 2008, lorsque nous avons obtenu le permis F, nous avons d’abord été soulagés. Après plusieurs d’années d’incertitude, notre vie allait se stabiliser et mon mari pourrait (enfin!) chercher du travail dans sa profession. Nous étions bien décidés à devenir indépendants et nous souhaitions nous intégrer dans la société qui nous avait accueillis. «Maintenant tout sera plus facile!» pensions-nous.

En réalité, ce fut très compliqué. Que d’obstacles administratifs et de contradictions avons-nous  rencontrés! Nous aurions davantage eu besoin de conseils et d’encouragements.

Désireux de travailler le plus vite possible, mon mari envoya son CV dans différents établissements hospitaliers. Tous lui retournèrent la même réponse: «Nous ne pouvons pas vous engager à cause de votre permis».

Méconnaissance des employeurs …

Or, depuis 2008, le marché du travail est ouvert sans restriction aux détenteurs d’un permis F. Il renvoya son dossier accompagné cette fois d’une lettre faisant mention de cette autorisation. Un asile psychiatrique du canton de Berne accepta de l’engager pendant l’été pour une période de trois mois. Informée de cette démarche, notre assistante sociale nous prévint que l’Office cantonal de la population (OCP) ne lui permettrait certainement pas de travailler hors du canton de Genève. Ce fut comme une douche froide! Mais, à la grande surprise de l’assistante, mon mari obtint l’autorisation. Un autre problème nous attendait.

Lorsque nous habitions Lausanne, je suivais des cours de français à l’Université (UNIL). Comme je remplissais les conditions demandées pour les étudiants étrangers, je n’avais eu aucun problème pour y avoir accès. Je voulais apprendre le français le mieux possible pour pouvoir lire les journaux, suivre ce qui se disait à la télévision et comprendre comment était organisée la vie en Suisse (à l’époque, je lisais chaque jour une page de la Constitution suisse).

Après notre transfert à Genève, j’ai continué d’aller à l’UNIL. C’est alors qu’au mois de mai, j’ai appris qu’étant assistée financièrement, je n’avais pas le droit de suivre ces cours. J’ai expliqué à mon assistante que c’était justement pour sortir de l’assistance que je voulais apprendre le français. Je pensais ensuite suivre une formation Français langue étrangère. Elle m’a répondu: «Vous n’avez pas besoin de faire des études universitaires. Restez à la maison et vous toucherez l’aide aux requérants». J’ai obtenu de pouvoir terminer le semestre. J’ai réussi l’examen de français niveau C1. Mais j’ai ensuite reçu une lettre m’enjoignant de rembourser l’assistance que j’avais touchée du canton de Genève pendant les six mois où je m’étais rendue aux cours. Personne ne m’avait jamais parlé de ce remboursement!

… et absurdités du système

J’ai alors ressenti un profond sentiment d’injustice. Comme je parle l’anglais couramment, la Suisse n’a jamais dû nous payer un interprète. Aujourd’hui je suis punie pour avoir essayé d’apprendre le français le mieux possible par moi-même!

Heureusement, l’hôpital qui employa mon mari pendant l’été décida de prolonger son engagement. Nous sommes devenus indépendants. J’ai pu ainsi rembourser l’assistance que j’avais perçue «indûment» et commencer une formation pour enseigner le français aux personnes étrangères. Mais nous n’étions pas au bout de nos peines.

Toute la semaine mon mari travaillait à l’hôpital et dormait sur place à cause des gardes. Il rentrait chaque week-end fatigué. Nous envisagions de déménager, mais une petite crainte nous retenait. Nous avions déjà entamé des démarches, à Genève, pour faire une transformation de permis F en B. Etait-il possible de changer de canton? Un employé de l’OCP nous rassura: «Vous pouvez déménager sans problème. Vous attendez le permis B et ensuite vous faites une demande officielle dans le canton de Berne».

Nous nous sommes installés dans le Jura bernois. Et nous avons attendu. Aucune réponse ne venait. Nous avons téléphoné à Genève pour avoir des nouvelles de notre situation. On nous a répondu que puisque nous habitions Moutier, c’était au canton de Berne de faire les démarches de transformation du permis! Nous avons alors envoyé notre dossier à Berne. Il nous fut répondu que c’était à Genève de faire les démarches et que nous avions trois mois pour quitter le canton de Berne car notre séjour était illégal! C’était comme si le sol s’effondrait sous nos pieds! Comment trouver un appartement à Genève en trois mois? Nous avons demandé de l’aide à tous ceux que nous connaissions. Par chance des personnes ont été touchées par notre situation et nous ont soutenus. Nous avons pu inscrire notre adresse chez des amis et comme nous remplissions toutes les conditions, nous avons très vite obtenu le permis B une fois le préavis favorable donné par Genève. Le cauchemar se terminait!

Nous vivons maintenant dans le canton du Jura. Mon mari y travaille. Je vais terminer ma formation cette année. Je désire ardemment aider les femmes migrantes. Être passée par l’expérience de l’exil m’a permis de vivre une réalité que je n’aurais jamais imaginée en Turquie et m’a appris la valeur du mot solidarité.»

Leyla

, , , , , ,