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L’aide d’urgence, ça touche aussi les enfants!

En ligne depuis le 20 novembre 2012 et publié dans - modifié le 17 juillet 2017

Depuis janvier 2008, pour les inciter à quitter la Suisse au plus vite, les demandeurs d’asile déboutés sont exclus de l’aide sociale et n’ont plus le droit de travailler. En vertu de l’art. 12 de la Constitution fédérale, ils peuvent demander une aide d’urgence. Cette «aide» permet juste de survivre sans avoir à mendier. Elle est accordée pour un court laps de temps: quelques jours, une semaine, quinze jours… Pour la renouveler, il faut se présenter au SEC (Service des étrangers et des confédérés) et chaque fois refaire la demande. Cette mesure s’est révélée inefficace: de nombreuses personnes, pour des raisons diverses et complexes, restent en Suisse dans cette précarité. Bien que la loi stipule que les personnes vulnérables peuvent ne pas être exclues de l’aide sociale, l’aide d’urgence touche également les femmes seules et de nombreux enfants.

Les locaux de l’Agora sont situés dans un bâtiment du foyer des Tattes. Ce grand foyer héberge aussi les personnes déboutées du canton de Genève. Plus de soixante familles y vivent, dont une centaine d’enfants.

Dans le cadre de notre travail d’accompagnement, nous sommes touchés par ces familles, privées de vie sociale et sans avenir en Suisse, qui acceptent, certaines depuis plusieurs années, une situation si misérable. Nous sommes également bouleversés de voir, depuis quatre ans, tant de bébés naître dans des conditions si précaires.

Une personne employée à l’Hospice général a fait observer que «l’on peut inventer toutes les mesures dissuasives possibles, jamais on empêchera les gens de vivre et de croire à la vie!»

Mais quelle vie! De nombreux enfants grandissent, apprennent à marcher, commencent l’école sans avoir connu autre chose qu’une vie à l’aide d’urgence.

Chaque mercredi matin, ils peuvent venir à l’aumônerie où de jeunes bénévoles leur proposent diverses activités: jeux de société, bricolages, ateliers de cuisine, sorties à la patinoire, pique-niques… La matinée se termine par un repas préparé ensemble. Ce moment très apprécié crée un sentiment d’appartenance. En côtoyant ces enfants, nous apprenons bien des choses de leur quotidien. Ils nous racontent leurs joies et leurs peines, les soucis, les espoirs et les peurs de leurs parents.

L’école, un cadre rassurant

Cet été l’Hospice général a offert deux semaines de centre aéré (Païdos et ABARQ) à une dizaine d’enfants à l’aide d’urgence. La roulotte de l’Alibi, une maison de quartier de la commune de Vernier, s’est également installée une quinzaine de jours dans la cour du foyer. Les animateurs ont proposé des activités chaque après-midi entre 14h et 20h. Une manière pour ces enfants de redevenir “comme les autres” Photos: AGORA

La plupart apprécient beaucoup l’école. Ils trouvent les règles de l’école très bonnes. Ils nous ont même demandé de constituer un conseil des enfants de l’Agora afin de discuter, comme il le font en classe, des problèmes qu’ils rencontrent entre eux. Par une fente, ils glissent dans une grande boîte des billets sur lesquels ils ont écrit des propositions, des souhaits, des réclamations… Une fois par mois, nous ouvrons la boîte et le conseil se réunit. C’est à la fois émouvant et paradoxal, d’écouter ces enfants discuter de ce qu’il faut faire pour mieux vivre ensemble, alors que notre société veut renvoyer leurs parents.Certains mercredis, l’atmosphère peut être très lourde. C’est que la police est venue tôt le matin chercher une famille pour l’emmener à l’aéroport et l’expulser de force. Chacun se souvient que la semaine précédente les enfants renvoyés étaient présents parmi nous: «Pourquoi sont-ils partis? Qu’est-ce qui va leur arriver? Est-ce qu’on va partir nous aussi? On a entendu A. et U. pleurer! …»

Porteurs d’espoir pour leurs parents?
Victimes d’un système légal inefficace?
Ces enfants nous interpellent! De quel poids les années à l’aide d’urgence pèseront-elles sur leur avenir?

Nicole Andreetta, aumônière à l’Agora

«C’est bien quand il y a l’école. Parce qu’on a quelque chose à faire ! On doit se lever, amener les enfants à l’école, aller les chercher. C’est bien aussi pour les enfants parce qu’ils sont occupés. Durant les vacances, on ne sait pas vraiment quoi faire avec eux. Même la piscine c’est trop cher (1). Les vacances, c’est aussi la période où l’on craint le plus d’être renvoyé. Les enfants sont toujours avec nous, ils sentent encore davantage qu’on est pas bien. Comme ils ne vont pas à l’école, on les emmène avec nous pour faire tamponner «le papier blanc» (2). Ils voient qu’on a peur. Ils entendent qu’on nous dit de partir, mais ils savent aussi qu’on ne veut pas quitter la Suisse. Après, on est tous mal et on n’a pas d’énergie pour bouger, pour faire quelque chose. Une fois, nous avons dû nous rendre chaque jour, pendant une semaine, demander l’aide d’urgence. C’était terrible !»

S. maman de trois enfants ( S. 7 ans, G. 5 ans, I. 2 ans), en Suisse depuis 7 ans et à l’aide d’urgence depuis 3 ans.


Notes:

(1) Dans le canton de Genève, l’aide d’urgence pour une famille de cinq personnes est de 6 francs par jour par personne.

(2) Document sur lequel est inscrit le délai de l’aide d’urgence.

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