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Des enfants, avant d’être des réfugiés

En ligne depuis le 20 juin 2014 et publié dans - modifié le 30 juillet 2017

«Au début des années 1990, après l’effondrement du régime Ceausescu, les Roumains étaient réticents à laisser les ONG s’occuper des petits orphelins. “Pourquoi vous occupez-vous d’eux?, nous demandaient-ils. Vous voyez bien que ce sont des monstres c’est pour cela qu’ils ont été abandonnés!” Nous répondions: “C’est parce qu’ils ont été abandonnés que ce sont des monstres.”» (1) Et ce n’est pas parce qu’ils sont des «monstres» aujourd’hui qu’ils sont des enfants perdus à jamais, soutient Boris Cyrulnik. Le psychiatre est aujourd’hui indissociable du concept de résilience: des enfants ayant vécu un grave traumatisme peuvent rebondir, voire avoir un parcours de vie exceptionnel. A condition qu’on leur tende la main.

L’environnement de l’enfant qui a vécu le traumatisme est en effet prépondérant. La famille, l’école, l’environnement culturel forment une constellation favorisant cette capacité à rebondir sur des événements extrêmement violents: un viol, la mort d’un proche, etc. Selon le HCR, la moitié des personnes déplacées dans le monde sont des enfants. En Suisse, entre 3000 et 4000 enfants entrent dans le processus d’asile chaque année, ce qui représente 27% de tous les demandeurs d’asile, plus de 50% obtenant une protection.

Quel est le rôle et la responsabilité de la Suisse à l’égard de ces enfants, présents sur son territoire parce qu’ils y ont suivi leurs parents, ou y sont nés? Et de ceux qui y sont arrivés tous seuls? Doivent-ils d’abord être considérés comme des réfugiés, des demandeurs d’asile, des déboutés? Ou sont-ils avant tout des enfants?

Poser la question, c’est y répondre. Nous avons choisi de consacrer ce numéro à la problématique de ces mineurs qui se retrouvent embarqués, sans avoir leur mot à dire, dans ce monde des adultes. Des enfants qui, on l’a vu ci-dessus, représentent plus du quart des personnes à qui s’appliquent les lois que les Suisses adoptent souvent avec leurs tripes. Alors parlons à ces tripes, pour une fois.

Est-il tolérable de faire subir à un enfant la précarité de l’aide d’urgence, à savoir réduire à 6,75 frs le montant avec lequel il est supposé se nourrir, se laver, grandir, tout en interdisant à ses parents de travailler (2)? Peut-on imaginer ce qui se passe dans sa tête (lire p. 2)? De 317 enfants en 2008, l’aide d’urgence touchait plus de 2300 enfants en 2013.

De même, la population suisse a-t-elle conscience, lorsqu’elle vote un durcissement, que, dans plus de 27% des cas, sa décision concernera un enfant (3)? Voterait-elle la même chose si on le lui rappelait?

Ces enfants grandiront, façonneront la société de demain, son équilibre, sa santé, sa prospérité, sa paix sociale. En Suisse pour plus de la moitié d’entre eux, dans leur pays d’origine, ou encore dans un Etat tiers pour les autres. Ce qui nous ramène à la notion de résilience. L’action entamée par l’association Reliance et ses tuteurs auprès des enfants d’un foyer à Genève est sans conteste une main tendue. Une goutte d’eau, pense l’une des tutrices, qui minimise sans doute les effets de sa présence, de l’attention portée à cet enfant. (p.14) Mais une remarque légitime, tant la politique de l’asile, à force de déshumaniser les adultes, en a oublié les enfants.

Sophie Malka


Notes:

(1) Boris Cyrulnik, “La résilience dépend beaucoup de l’environnement”, Journal du dimanche, 3 juin 2012.

(2) Aide d’urgence appliquée dans le canton de Genève pour une famille de quatre personnes.

(3) Deuxième, troisième et quatrième rapports du Gouvernement suisse sur la mise en oeuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant, DFAE, 20 juin 2012. Moyenne statistique des années 2005 à 2010, p. 117.

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