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Le Courrier | Le drame érythréen et ses victimes féminines

En ligne depuis le 4 novembre 2014

Paul Schneider rend compte d’une récente conférence de Meron Estefanos, journaliste suédoise d’origine érythréenne, sur les tortures et viols systématiques subis par les Erythréennes du Sinaï.

Article de Paul Schneider, publié dans Le Courrier, le 4 novembre 2014. Cliquez ici pour lire l’article sur le site du Courrier.

Depuis des années, Sainte-Croix, dans le canton de Vaud, voit défiler dans son Centre des centaines de requérants en provenance d’Erythrée, il y en a environ 50’000 en Suisse. La Corne de l’Afrique (Ethiopie, Erythrée, Somalie), longtemps enviée pour sa stabilité, admirée pour son courage à s’opposer au colonisateur italien, est la proie de déchirements sans fin depuis 1952… et cela ne s’arrête pas. Malgré l’arrivée massive de Syriens depuis une année, le flot d’Erythréens accueillis en Suisse ne tarit pas. L’exode est un trajet de tous les dangers: réduction à l’état d’esclaves au Soudan, en Egypte, au Sinaï (avec la traite des femmes qui a fait la une des journaux – Le Temps, Le Courrier, entre autres), les traversées mortelles de la Méditerranée vers Lampedusa…

Les faits: annexée par l’Ethiopie, l’Erythrée s’engage dès 1952 dans une longue guerre d’indépendance qui, sous la conduite du charismatique Issayas Afewerki, fait tomber le régime Mengistu. Indépendance proclamée en 1993. Comme souvent, le leader révolutionnaire s’affirme plus tard comme dictateur qui tient son pays d’une main de fer, par une armée surdimensionnée (près d’un demi-million d’enrôlés de force pour 4 millions d’habitants), armée qui bouffe le 20% du PIB. L’enrôlement se fait à vie, les jeunes gens et jeunes femmes sont ramassés lors de razzias et deviennent esclaves, tueurs, bourreaux à leur tour. Beaucoup s’échappent, ou partent avant d’être enrôlés.

Le pays est pauvre, et jusqu’en 2007, il ne survit que grâce aux dons des expatriés. Des dons extorqués sous la menace de faire violence aux parents restés dans le pays. Le gouvernement canadien a fait pression pour que cessent ces chantages.

Etrange coïncidence: dès ce moment, on prend connaissance du drame dans le Sinaï. Des passeurs «vendent» les jeunes gens et surtout les femmes à des tortionnaires dans le Sinaï. Les séances de tortures d’une cruauté inimaginable sont retransmises par téléphone portable, pour que les parents payent des rançons…

Meron Estefanos relate quelques situations. Que deviennent ces femmes torturées, violées, quand enfin elles arrivent en Occident?

Une psychiatre zurichoise d’origine érythréenne (s’exprimant en un allemand parfait) parle de personnalités traumatisées à vie, en quête de reconnaissance (davantage que de pitié), incapables de se confier aux auditeurs officiels (assimilés à la police), ne comprenant pas pourquoi on met leur témoignage systématiquement en doute…

Une représentante de la centrale zurichoise d’information sur le travail féminin et la traite des femmes pense que selon les traités internationaux signés, l’Office fédéral des migrations (ODM) devrait admettre que chaque femme ayant traversé cet exil dans les conditions que nous connaissons devrait pouvoir bénéficier de protection et d’assistance médico-psychologique.

La juriste déplore que la police fédérale et l’ODM méconnaissent la gravité de ces traumatismes, et que rien ne soit entrepris pour faire condamner les coupables. Et le représentant de l’ODM de dire… ce n’est pas de notre ressort, mais de la police, et les faits se sont du reste déroulés à l’étranger.

La discussion était menée par Monika Stocker, ancienne directrice du Département des affaires sociales de Zurich. Elle harcèle le public: «on» devrait, «on» pourrait… mais qui est «on»? Sur le banc des accusés, l’Etat, les ambassades de Tel Aviv et du Caire, encore que sous le régime de Morsi, une solution s’envisageait pour faire condamner les coupables. Mais les vrais coupables ne sont-ils pas en Erythrée?

Réaction violente d’un gynécologue bernois qui a visité le pays dans le cadre d’une action de sensibilisation contre l’excision qu’il y mène et qui prend la défense du régime. Je n’en croyais pas mes oreilles, avec ce sentiment du déjà-vu avec l’apartheid en Afrique du Sud justifiée à l’époque par pas mal de mes concitoyens. L’histoire ne nous apprend-elle donc rien?

J’ai mal dormi, en réfléchissant à ce qu’«on» pourrait faire. Pour ma part, de vous informer une fois de plus, lectrices et lecteurs. L’opinion publique doit savoir, pour exercer son influence, afin que les crimes contre les femmes ne restent pas impunis.
* Médecin retraité, Ste-Croix (VD).

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