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Editorial | De l’autre côté du mur

En ligne depuis le 17 décembre 2015 et publié dans - modifié le 14 août 2017

Nombreux sont les réfractaires à toute politique d’asile à avoir succombé à la tentation d’ériger les réfugiés en boucs émissaires de la tragédie qui a frappé la France. Que l’Etat islamique ait justement pour objectif de monter les populations européennes contre celles qui fuient leur projet totalitaire, notamment en Syrie ; ou que des spécialistes du terrorisme (1) relèvent que les risques et impondérables sur les chemins des migrants ne collent pas avec une action aussi bien organisée que les attentats de Paris ne changera pas grand chose aux discours de ceux qui souhaitent exploiter politiquement ces événements. Ils laisseront croire que face au doute, il suffit de fermer les frontières aux migrants.

Verrouiller les frontières ? Une solution illusoire, inutile selon les mêmes spécialistes. Pour ne pas dire contre-productive, car synonyme d’une vraie perte de contrôle pour les Etats sur qui entre ou sort de leur territoire et avec quels papiers: ce sont les réseaux mafieux qui en profiteront et prospéreront. Le Haut commissariat aux réfugiés l’a rappelé: «L’asile et le terrorisme ne sont pas compatibles. La Convention de 1951 relative au statut des réfugiés l’énonce précisément et exclut explicitement de son champ d’application les personnes ayant commis des crimes graves.» (2)

C’est surtout d’une politique migratoire coordonnée et cohérente dont l’Union européenne et ses partenaires ont besoin: pour pouvoir identifier correctement les personnes en besoin de protection, mais aussi pour les accueillir, favoriser leur insertion et leur participation à la vie économique et sociale du pays d’accueil et prévenir le repli communautaire.

Or, l’opposé a prévalu jusqu’ici: une option sécuritaire, hyperrestrictive, technocratique, symbolisée par les opérations Frontex et la logique de Dublin. Sans l’once d’une volonté d’accueil et d’intégration positive, cohérente, planifiée, répondant à des besoins qui auraient pu et dû être identifiés.

On ne reviendra pas ici sur l’échec de Dublin que révèlent des pays comme l’Italie ou la Hongrie. Mais plutôt sur le refus de regarder ce qui se passe de l’autre côté du mur.

Des morts, par milliers, qui tapissent la Méditerranée. Une guerre qui fait rage, pas très loin, depuis 2011. Des pays limitrophes à la Syrie qui accueillent 95 % des réfugiés. Au risque de se trouver à leur tour déstabilisés, faute de soutiens financiers suffisants. (3) Et faute de programmes de réinstallation dignes de ce nom, qui auraient sans doute conduit de nombreux réfugiés à attendre leur ticket vers une vie plus digne.

Comment s’étonner que, lorsqu’une porte s’ouvre enfin, ceux-ci s’y risquent par milliers, de manière non «coordonnée»?

Il y avait pourtant matière à anticiper : avant 2011, la Syrie était le troisième pays d’accueil des réfugiés dans le monde. Des déplacés irakiens et palestiniens qui allaient forcément chercher un autre refuge. Mais le déni de réalité a régné. Comme la politique du court terme.

Qu’attend-on de nos gouvernements? Qu’ils anticipent. Qu’ils assument leurs responsabilités. Sur ce qui se passe de l’autre côté de nos frontières (voir notre dossier sur l’externalisation). Mais aussi au sein de nos sociétés. Une politique non pas de l’immédiat et du spectaculaire, mais axée sur la création de liens, sur l’inclusion de tous les membres de la société – quel que soit leur statut – à un projet commun, positif.

Les organisateurs des attentats étaient français, belges. Les enfants de « ceux qu’on a fait venir pour vider nos poubelles» rappelle l’écrivain Metin Arditi (4). Celui-ci appelait la France à «s’attaquer aux problèmes que l’on a cachés sous le tapis, parce que la solution ne peut s’envisager à court terme, qu’elle nécessite des investissements, et surtout une pensée, une politique. Elle seule pourra éviter d’autres désastres.»

Sophie Malka


Notes:

(1) Jean-Paul Rouillier, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism, Migros Magazine, 23.11.15

(2) UNHCR, 17 novembre 2015 (http://www.unhcr.fr/564b30fac.html)

(3) Entretien avec Gilles Carbonnier, VE 153, juin 2015

(4) L’Hebdo, 19 novembre 2015