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Disparition de mineurs: la responsabilité de l’Europe

En ligne depuis le 24 janvier 2017 et publié dans - modifié le 19 juillet 2017

“On ne sait pas où ils sont, ce qu’ils sont en train de faire ou avec qui ils sont”. C’est ainsi que Brian Donald, chef de cabinet d’Europol, l’office de police criminelle de l’Union européenne, commente le chiffre de 10’000 enfants disparus annoncé par son agence à The Observer en janvier 2016.  Un chiffre-choc qui ne s’appuie sur aucune étude, rapport ou communiqué de presse sur le sujet, tout en pointant du doigt «des bandes criminelles pan-européennes [ciblant] les mineurs à des fins d’exploitations sexuelles et esclavage» (The Observer, 30.01.2016) (1).

Pourtant, les médias ont largement repris le chiffre et diffusé le constat alarmant d’Europol. L’éventualité d’un tel phénomène - disparitions et exploitations - est à juste titre très inquiétante. Ce qui l’est aussi, c’est qu’aucune donnée fiable n’existe quant au nombre et au sort des enfants disparus, comme l’ont mis en avant les chercheurs Nando Sigona et Jennifer Allsopp (2), de même que le Conseil de l’Europe:

«Il est difficile de déterminer avec exactitude le nombre d’enfants non accompagnés qui sont portés disparus. Du fait de la saturation des systèmes d’enregistrement, l’Europe n’a pas une idée précise du nombre d’enfants entrant, et le suivi de leurs déplacements n’est pas assez efficace» (Conseil de l’Europe, «Harmoniser la protection des mineurs non accompagnés en Europe», 22.09.2016).

Le rapport «Best practices and key challenges on interagency cooperation to safeguard unaccompanied children from going missing» (février 2016) (3), cofinancé par la Commission européenne, dévoile des chiffres qui, si possible, sont encore plus préoccupants que ceux d’Europol:

  • En Belgique, en 2005, environ 25% des MNA ont disparu 48 heures après leur arrivée;
  • Au Royaume-Uni, selon la British Asylum Screening Unit, 60% des MNA ont, en 2010, quitté un centre sans plus jamais réapparaître;
  •  En 2010, Terres des Hommes a calculé que jusqu’à la moitié des MNA disparaissent tous les ans des centres d’accueil en Belgique, France, Espagne et Suisse;
  • En 2015, la ville de Trelleborg, en Suède, a rapporté que 1000 MNA sur les 1900 arrivés avaient disparu;
  • En Allemagne, le 1er janvier 2016, la police criminelle allemande (BKA) a annoncé qu’elle n’avait plus aucune trace de 4749 MNA.

Un rapport publié en novembre 2016 par le conseil régional de Stockholm confirme la gravité du phénomène: 1829 enfants ont disparu des centres suédois en 2015. «L’équivalent de deux classes d’école par mois», commente Amir Hashemi-Nik de l’administration suédoise (4).

Les raisons des disparitions? Souvent, en Italie, c’est à cause des mauvaises conditions d’accueil dans les centres que les jeunes fuguent, comme le souligne la chercheuse Marie Bassi dans un article consacré à la problématique (5).

La nouvelle loi sur l’asile, plus restrictive, serait la cause des disparitions en Suède (6). Les projets migratoires de ces jeunes migrants, qui essaient le plus rapidement possible de retrouver leurs familles et amis éparpillés en Europe, sont également une raison (7).

Les causes des disparitions sont multiples, la responsabilité ultime, univoque: la faillite des Etats européens dans la prise en charge des mineurs réfugiés non accompagnés, comme le souligne Mathieu Martiniere dans un article publié en avril 2016 dans La Cité (8).

CRISTINA DEL BIAGGIO

(1) Mark Townsend, “10,000 refugee children are missing, says Europol“, The Observer, 30.01.2016.

(2) Nando Sigona, Jennifer Allsopp, “Mind the gap: why are unaccompanied children disappearing in their thousands?“, opendemocracy.net, 22.02.1016.

(3) Le rapport récapitule les résultats du projet “Safeguarding Unaccompanied Migrant Minors from going Missing by Identifying Best Practices and Training Actors on Interagency Cooperation” (SUMMIT): http://missingchildreneurope.eu/summit

(4) Aleksandra Eriksson, “Over 1,800 migrant children have disappeared in Sweden“, euobserver.com, 18.11.2016.

(5) Marie Bassi, “Mineur·e·s isolé·e·s étranger·ère·s en Europe : la cité des enfants perdu·e·s“, mouvements.info, 04.10.2016.

(6) Aleksandra Eriksson, “Over 1,800 migrant children have disappeared in Sweden“, euobserver.com, 18.11.2016.

(7) Nando Sigona, Jennifer Allsopp, “Mind the gap: why are unaccompanied children disappearing in their thousands?“, opendemocracy.net, 22.02.1016.

(8)  Mathieu Martiniere (en collaboration avec Cristina Del Biaggio), “Enfants migrants disparus: la vérité sur un scandale humanitaire“, La Cité, avril 2016.

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