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LGBTI | Entre invisibilité et vulnérabilité

En ligne depuis le 14 juin 2017 et publié dans

De plus en plus de personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, transgenres, intersexes) fuient leur pays pour chercher protection ailleurs, notamment en Europe, où les droits des “minorités sexuelles” sont relativement mieux reconnus et protégés. On estime que ces demandes d’asile pour motifs d’orientation sexuelle et/ou d’identité de genre (OSIG) représentent aujourd’hui environ 5% des demandes totales. Le projet Asile LGBT Genève a été lancé à Genève en 2016 par la Coordination asile.ge afin d’évaluer et d’améliorer les conditions d’accueil des personnes LGBTI relevant du domaine de l’asile à Genève (1). Il propose des pistes d’action incluant les divers acteurs institutionnels et associatifs du canton visant à une meilleure prise en considération des besoins spécifiques de ces réfugié-e-s.

Dessin: HERJI

Une spécificité liée au cumul de profils stigmatisés et discriminés

Les réfugié-e-s LGBTI, qui ont fui des persécutions dans leur pays d’origine, restent exposé-e-s à des risques physiques, psychiques et sociaux très importants dans leur pays d’arrivée. La plupart vivent dans une insécurité constante, réelle ou ressentie, qui les contraint à se cacher pour assurer leur protection. Les personnes maintiennent le secret sur leur véritable identité et/ou s’isolent de leur environnement proche. Ce vécu quotidien dans le mensonge, la solitude et la peur d’être découvertes a un coût social et psychologique extrêmement fort. Et cette stratégie de “protection” a finalement pour effet paradoxal de les couper des ressources dont elles auraient besoin.

Les réfugié-e-s LGBTI s’éloignent en tout premier lieu de leur communauté nationale d’origine, qui est un facteur de socialisation et une ressource principale pour tout primo-arrivant: partage de conseils dans sa propre langue, sentiment d’accueil et d’appartenance, accès à des ressources économiques, etc.

Ils et elles s’éloignent aussi des associations et institutions en charge de l’accueil et de l’accompagnement des réfugié-e-s: les personnes LGBTI y cachent leur identité, décident de ne pas les fréquenter, ou ignorent leur existence, notamment du fait de leur distance avec la communauté migrante.

L’accès à la communauté LGBT locale et à ses associations – ressources potentielles et spécifiques à ce groupe – est également rendu difficile, soit qu’elles en ignorent l’existence, soit par peur du danger d’y être vues, soit par homophobie intériorisée (sentiment de honte lié à des sentiments ou des pratiques jugées socialement “anormales”).

Cette inégalité de fait dans l’accès aux ressources des réfugié-e-s LGBTI se retrouve au sein des associations. Un soutien paraît pourtant d’autant plus indispensable que ces personnes sont déjà extrêmement fragilisées. Comment favoriser cet accès et comment développer une prise en charge adaptée aux besoins spécifiques de ce groupe particulier et particulièrement vulnérable?

Invisibilité dans les associations

Notre recherche montre que la plupart des personnes travaillant dans des associations genevoises d’aide aux réfugié-e-s témoignent d’un positionnement tout à fait ouvert et non discriminant envers les personnes LGBTI. Elles déclarent également pour la plupart n’avoir quasiment jamais reçu de réfugié-e LGBTI. Cependant, cette absence des réfugié-e-s LGBTI dans les associations n’est pas uniquement due à leur non-fréquentation de ces structures. Certains fonctionnements associatifs et institutionnels contribuent à créer et/ou à maintenir le silence et l’invisibilité autour des questions OSIG.

Premièrement, l’hétéronormativité de l’accueil au sein des structures, et de notre société en général qui considère l’hétérosexualité comme la norme et donc comme le comportement par défaut. Son effet est de ne pas “voir” les personnes LGBTI: on n’imagine même pas qu’elles puissent être là, à moins qu’elles ne correspondent aux stéréotypes occidentaux “du gay” ou “de la lesbienne”. Même phénomène vis-à-vis des personnes transgenre, lié à la cisnormativité (cisgenre signifie que l’identité de genre d’une personne correspond à l’assignation de genre
faite à la naissance).

Ensuite, un nombre important de professionnels adoptent une approche “aveugle”, c’est-à-dire qu’ils ou elles considèrent que l’OSIG est un élément sans importance dans la prise en charge proposée, estimant que cela n’a rien à voir avec leur activité, ou alors que “tout le monde est bien accueilli ici”. Ceci a pour conséquence de masquer et donc de reproduire les inégalités et vulnérabilités existantes, et de ne pas reconnaître les besoins spécifiques des réfugié-e-s LGBTI et l’importance d’adapter les prises en charge.

Enfin, plusieurs personnes ont manifesté de la gêne à aborder le sujet. Le sens même de l’acronyme LGBTI et des termes qu’il recouvre est parfois ignoré, tout comme les réalités de vie auxquelles il renvoie.

Finalement, l’invisibilité se renforce elle-même: les réfugié-e-s LGBTI ne percevant aucun signe d’ouverture au sein des structures craignent d’y être mal accueilli-e-s et préfèrent rester invisibles; les structures, ne voyant aucun-e réfugié-e LGBTI, ne ressentent pas le besoin de se questionner sur leur prise en charge ou d’adapter leurs prestations.

Comment améliorer et développer des pratiques professionnelles inclusives, qui ne contribuent pas à reproduire des inégalités ni à éloigner des personnes déjà fragilisées des ressources dont elles ont besoin? C’est autour de cette question que notre projet développera ses actions (voir encadré ci-dessous).

ANNE ARVY
COORDINATRICE DU PROJET ASILE LGBT GENÈVE

Le projet Asile LGBT Genève est un projet de recherche-action de la Coordination asile.ge sur les conditions d’accueil des personnes LGBTI relevant du domaine de l’asile à Genève.

Contact: 076.663.78.29, lgbt@asile.ch
LGBT.ASILE.CH

Permanence du groupe de soutien: jeudis de 14h à 18h, 36 rue de la Navigation, 1201 Genève.

(1) Ce projet a reçu le soutien de la Confédération – Service de lutte contre le racisme, de la République et du canton de Genève – Bureau de l’intégration des étrangers, de la Ville de Genève – Service Agenda21, de la Loterie Romande, de la Fondation Meyrinoise du Casino, du Fonds Mécénat SIG, de la Fondation Tuor, de la Fédération genevoise des associations LGBT, de Dialogai, de 360, de Lestime, du CSP, de l’Agora et de Vivre Ensemble.

Quelles actions?

Les premiers résultats de la phase de recherche (janvier-septembre 2016) ont fait l’objet d’un rapport sur le site web du projet (lgbt.asile.ch). Il établit quelques pistes en vue d’une prise en charge des réfugié-e-s LGBTI véritablement adaptée.

Une telle prise en charge nécessite:

  1. de visibiliser leur présence et la spécificité de leur situation auprès des différents acteurs, associatifs comme institutionnels;
  2. de créer des environnements sécurisants et accueillants qui permettent aux personnes de vivre ouvertement leur homosexualité et/ou transidentité et d’accéder aux ressources en toute sécurité;
  3. de développer des réponses satisfaisantes à leurs besoins spécifiques.

Le projet Asile LGBT Genève se développe cette année autour de quatre grands axes:

  • l’accompagnement à la réflexion et à la mise en lien des différents acteurs afin que des réponses concrètes soient mises en oeuvre.
  • un groupe de soutien par les pairs réfugié-e-s LGBTI proposant une prise en charge par des personnes ayant une expérience partagée de la migration et de l’homosexualité/transidentité, et donc une compréhension des difficultés qui y sont liées. Une permanence d’accueil a lieu tous les jeudis.
  • des modules de sensibilisation des professionnels aux questions LGBTI proposés aux différentes structures afin de permettre aux équipes de questionner leurs représentations, mettre en lumière d’éventuels dispositifs pénalisant l’accès des personnes LGBTI à leur structure, et d’élaborer des lignes de conduite adaptées à leurs pratiques et situations de terrain.
  • et des modules de sensibilisation des publics migrants aux questions LGBTI afin d’ouvrir un espace de questionnement et de dialogue sur ces sujets parfois tabous et mal connus, d’interroger les représentations, de mettre en lumière les mécanismes généraux d’exclusion liés à l’homophobie et à la transphobie et leur impact sur le quotidien des personnes concernées, et de présenter les ressources LGBTI genevoises.