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Ainsi donc, «la Suisse rempli[rait] son engagement d’accueil de migrants envers l’UE»… Le titre de l’article publié sur le site de RTS info, reprenant à son compte une dépêche ATS, pourrait faire sourire. D’abord parce que jusqu’à preuve du contraire, 1175 relocalisations sur 1500 [1] ne représente pas 100% des promesses faites, mais moins de 80% ou une note de 4,7 sur 6. Pas vraiment l’excellence, non?

Et si, en comparaison d’autres Etats européens, la Suisse ne figure apparemment pas dans les très mauvais élèves, elle n’a pas de quoi pavoiser, comme le fait le SEM, vis-à-vis des cancres de l’UE, dans la même dépêche: “Tous les Etats ne montrent pas le même engagement à atteindre les objectifs fixés”.

Rapport de la Comission de prévention contre la torture

D’abord parce que ces relocalisations concernent des hommes, des femmes et des enfants croupissant actuellement dans des conditions totalement indignes. Chaque individu laissé en rade souffre dans sa chair: la Commission de prévention de la torture du Conseil de l’Europe vient ainsi de rendre un rapport accablant sur les hotspots en Grèce, ces centres de tri devenus des lieux de semi-détention, desquels sont transférés les personnes jugées éligibles à une relocalisation. Les commissaires relèvent le lien explicite entre le manque d’engagement des Etats européens à mettre en œuvre les procédures de détermination et «la durée de séjour dans les hotspots dans des conditions qui sont, à bien des égards, inacceptables en particulier pour celles et ceux privés de liberté.»[2] Deux ans après l’annonce du plan de relocalisation, moins de 28’000 personnes ont effectivement été relocalisées depuis la Grèce et l’Italie, sur un total de 98’000 personnes (et non 160’000, chiffre revu à la baisse entre-temps après de savant tours de passe-passe…[3]).

Par ailleurs, il serait bon de rappeler que les 1500 places promises par la Suisse ont été, très discrètement, déduites par le Secrétariat d’Etat aux migrations du contingent de réfugiés que la Suisse avait initialement promis de réinstaller depuis les pays limitrophes de la Syrie.[4]

Pour enfoncer le clou, nous ne résistons pas à la tentation de rappeler le bilan comptable cartographié récemment entre relocalisation et transferts Dublin. Celle-ci montre bien que ce que la Suisse prend en charge d’un côté, elle le gagne à triple de l’autre[5]. Il n’y a donc vraiment pas de quoi pérorer.

Sophie Malka
Vivre Ensemble

Carte des transferts Dublin effectués depuis la Suisse et vers la Suisse en 2016 et des relocalisations depuis la Grèce et l’Italie, Agnès Stienne, collaboration Cristina Del Biaggio, Vivre Ensemble, 2017


Notes:

[1] Selon le State of play du 25 septembre 2017, régulièrement mis à jour, il restait à la Suisse à accueillir 303 personnes sur 1500.

[2] «At the outset, the CPT wishes to emphasise that it acknowledges the significant challenges the Greek authorities are facing in dealing with large numbers of refugees, asylum seekers and irregular migrants entering the country. It has repeatedly stressed that addressing this phenomenon requires a coordinated European approach as well as support by the European Union and its member States and cannot rely on a policy of detention. The CPT is also aware that the extremely rapid application of the agreement between the European Union and Turkey did not allow sufficient time to build the necessary capacity and infrastructure for its proper implementation. It thus notes a direct link in practice between the time it takes for the European Union and its members States to provide the pledged assistance to process new arrivals and determine their legal status on the one hand, and the time foreign nationals have to remain in the “hotspots” in conditions which are, in many respects, unacceptable and which particularly affected those who were deprived of their liberty on the other. With this in mind, the CPT considers that the decision of the Greek authorities not to authorise the publication of the preliminary observations made by its delegation at the end of its April visit was a missed opportunity for mobilising this support.» par. 8, CPT/Inf (2017) 25 , Report to the Greek Government on the visits to Greece carried out by the European Committee for the Prevention of Torture and Inhuman or Degrading Treatment or Punishment (CPT)  from 13 to 18 April and 19 to 25 July 2016

[3] Voir notamment le “State of play” du 25 septembre, note 6 « Of the 160,000, 7,745 have yet to be allocated from the 40,000 Decision and 54,000 unallocated places from the 120,000 Decision were made available for the purpose of legally admitting Syrians from Turkey to the EU», Cristina Del Biaggio,  Où sont passés les 54’000 “relocalisés” de Hongrie?, décryptage du Comptoir des médias et le Factsheet de la Commission européenne.

[4] Cristina Del Biaggio, Crise syrienne et la contribution de la Suisse. Mise au point chiffrée, Vivre Ensemble, décryptage publié dans le cadre du Comptoir des médias le 22 septembre 2016, qui actualisait un décryptage publié un an plus tôt dans le même cadre: Cristina Del Biaggio, collaboration Camille Grandjean Jornod, Combien de réfugiés syriens la Suisse s’apprête-t-elle à accueilr ?, Vivre Ensemble,  22 septembre 2015.

[5] Sophie Malka, Transferts Dublin et relocalisation | Le mythe de la Suisse solidaire, et carte de Agnès Stienne, Vivre Ensemble, 15 juin 2017 (et dans Vivre Ensemble n°163, juin 2017.

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