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Témoignage | Chronique d’une mort annoncée

En ligne depuis le 14 août 2018 et publié dans

Blessing a été retrouvée sans vie à une dizaine de kilomètres de Briançon. Le 18 mai, dans un bois situé sur la commune de Montgenèvre, un autre homme est retrouvé mort par des randonneurs. Le 25 mai, c’est un corps en état de décomposition qui est retrouvé sur le sentier partant de Bardonnechia, côté italien du secteur du Col de l’Echelle. Hommage leur a été rendu par les montagnards solidaires, qui craignent une hécatombe avec la fonte des neiges. Nous reproduisons ci-dessous un extrait du témoignage rédigé par les militants d’un refuge autogéré situé côté italien sur le chemin des exilé-e-s, à Clavière, une station de ski près de Bardonecchia et de Briançon, diffusé via le réseau Migreurop.

Photo : Rifugio Autogestito Chez Jesus

Une semaine est passée depuis la mort de Blessing Matthew. Cinq jours depuis que le cadavre d’une jeune femme « peut-être migrante » a été retrouvé, dans le fleuve qui passe sous Briançon, la Durance.

Voici les faits.

Un groupe d’une dizaine de personnes part de Clavière pour rejoindre Briançon à pied. Nous sommes dimanche soir 6 mai, et comme chaque nuit les exilé-e-s qui tentent d’arriver en France se trouvent obligé-e-s d’éviter la route et de passer par la montagne pour ne pas subir de contrôles d’identité.

Le groupe commence son chemin, puis se sépare : la femme a des difficultés à marcher et a besoin d’aide et de soutien. Deux personnes restent avec elle. Tous trois marchent sur la route, se cachant dès qu’ils aperçoivent des phares ou entendent des bruits.

Une « chasse aux migrant-e-s »

La police a mis en place une véritable chasse aux migrant-e-s, plus féroce que jamais ces derniers jours. Ils font des rondes en voiture, se cachent sur les sentiers pour surprendre, torches en main, ceux qui tentent la traversée. Ils se postent aussi aux entrées de Briançon et aux carrefours.

Les trois personnes marchent pendant une quinzaine de kilomètres. A l’aube, à quelques kilomètres de Briançon, cinq agents surgissent de derrière les arbres à gauche de la route. Le groupe fuit et entre dans le village de la Vachette. Les policiers les poursuivent. Un des trois réussit à se cacher, les deux autres, un homme et une femme, courent sur la route. L’homme est plus rapide ; il cherche à attirer la police, qui parvient à l’attraper et le ramène directement en Italie.

La femme, elle, disparaît.

La police continue ses recherches dans le village de la Vachette pendant quatre heures. La rivière est en crue, et la police concentre ses recherches sur les rives de la Durance et autour du pont. Puis ils s’en vont. Une pratique inhabituelle : en général, après avoir attrapé quelques personnes, ils ne recherchent les fugitifs et fugitives restant-e-s que pendant quelques dizaines de minutes. Les recherches concentrées dans la zone du fleuve indiquent clairement que les policiers avaient compris que quelque chose de très grave avait eu lieu.

50 heures plus tard, un cadavre de femme est retrouvé bloqué à la digue de Prelles, à 10 km au sud de Briançon. Il s’agit d’une femme d’1m60, aux longs cheveux noirs tressés. Des cicatrices sur le dos, un collier serti d’une pierre bleue.

Le Procureur de la République de Gap, Raphaël Balland, a annoncé la nouvelle le jour suivant, en précisant : « Cette découverte ne correspond à aucune disparition inquiétante. Pour le moment, nous n’avons aucun élément qui nous permette d’identifier la personne et donc de dire s’il s’agit d’une personne migrante ».

Lourde déclaration. Les disparitions de personnes exilées ne sont donc pas inquiétantes, sous prétexte qu’on ne les signale pas ?

Les soutiens de Blessing étaient au contraire très inquiets : mais comment se tourner vers la police pour déclarer des disparus, quand ils risquent d’être maltraités, et leurs soutiens réprimés ?

Déterminer les causes de la mort ?

De plus, le procureur ment : la police savait qu’une femme avait disparu. […] Le magistrat a annoncé que « n’ayant pas d’éléments qui font penser à la nature criminelle du décès, une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de la mort ».

Cela est également faux. La nature du décès est criminelle.

[…] B. n’est pas morte à cause de la montagne, par erreur […] Elle est morte parce qu’elle était en train d’essayer d’échapper à la police, qui s’adonne de façon toujours plus violente à la chasse aux migrant-e-s.

Elle a été tuée par ces cinq agents, comme le système de la frontière le leur ordonne.

Il s’agit d’un homicide avec des mandataires et des exécutants. Le Procureur de Gap et la préfète sont autant responsables que les policiers qui l’ont tuée, compte tenu des directives assassines qu’ils promulguent.

Les responsables sont aussi la magistrature et le tribunal, qui criminalisent les personnes solidaires qui cherchent à éviter ces morts en rendant la traversée la plus sûre possible. Les responsables sont tous les politiciens qui fondent leur campagne électorale sur la différence de couleur de peau et de nationalité des personnes.

Si cela continue, les morts se multiplieront.

RIFUGIO AUTOGESTITO CHEZ JESUS


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