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Éditorial | Le mythe de l’invasion et ses effets sur la démocratie

En ligne depuis le 20 décembre 2018 et publié dans - modifié le 16 janvier 2019

Il est de ces peurs primales, persistantes, si difficiles à raisonner, mais si faciles à manipuler. Ainsi du mythe de l’«invasion». Il se répand à travers des mots, sciemment utilisés par certains responsables politiques, machinalement repris par d’autres acteurs publics qui n’en interrogent plus ni l’impact émotionnel ni l’imaginaire qu’il éveille. «Surpopulation», «afflux massif» ou autres superlatifs imprègnent ainsi les migrations humaines d’une dimension disproportionnée, menaçante, sans nuance et sans rapport avec la réalité.

Un sondage mené dans l’Union européenne [1] pour mesurer l’opinion des populations sur l’immigration montre que les Européens surestiment largement le nombre de ressortissants provenant d’États tiers dans leur pays. La majorité pense qu’il y en a deux fois plus qu’en réalité. Dans certains États, cette distorsion est beaucoup plus forte. De même, alors que les personnes en séjour irrégulier ne représentent qu’une infime partie des ressortissants d’État non européens (4 %), la moitié des sondés croient qu’elles sont aussi nombreuses que celles titulaires d’un titre de séjour.

Entre perception et réalité, le gouffre est donc abyssal. Et les démagogues de tous poils n’ont qu’un seul intérêt: le maintenir, voire le creuser en exagérant le phénomène, la menace que représenterait l’étranger sur l’identité de la «nation». C’est la théorie du «Grand remplacement» agitée par certains réactionnaires invités sur les plateaux télé, que recèle l’ouvrage de Stephen Smith: une construction idéologique de deux entités figées, gommant les aspérités et la multiplicité des individus qui composent à la fois l’ici et l’ailleurs. Les tribuns aux accents populistes les opposent toujours plus ouvertement, libérant la parole raciste, et parfois le passage à l’acte.

Ce «passage à l’acte», il ne s’exprime pas uniquement dans la violence, dont chacun peut se distancier. Il commence par le laissez-dire ou le laissez-faire, par ces petits renoncements individuels face à l’exclusion, explique Géraldine Schwarz (lire notre entretien). En Suisse, il se poursuit dans les urnes avec l’adoption par la population d’atteintes toujours plus importantes aux droits fondamentaux des personnes cherchant une protection dans notre pays.

Que le Conseil fédéral soit aujourd’hui capable de justifier la mise en détention d’enfants sans susciter de réactions horrifiées témoigne de l’effondrement moral de notre politique et du savant travail de déshumanisation des hommes, femmes et enfants de la migration. Certes, les campagnes xénophobes ont allumé l’incendie. Mais que dire des élu-e-s qui endossent leurs revendications et rhétoriques? Ou des médias qui aguichent l’audimat à l’aide d’accroches alarmistes, dont seul le message erroné restera en mémoire du lecteur pressé ?

Réconcilier perception et réalité n’est aujourd’hui pas seulement un objectif. C’est une responsabilité. Celle de lutter contre la montée des mouvements d’extrême-droite qui prolifèrent en Europe. Le sondage européen, comme d’autres avant lui, montre un déficit d’information des populations concernées. L’action de Vivre Ensemble est entièrement dédiée à combler ce gouffre. Et cette édition se veut une pierre de plus à l’édifice.

SOPHIE MALKA

[1] Commission européenne, «Eurobarometer 2018. Integration of immigrants in the European Union», avril 2018


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