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En ligne depuis le 20 février 2020 et publié dans

L’annonce fait chaque année les choux gras de la presse satirique et étrangère. La Suisse est riche, s’enrichit et s’en enorgueillit. 2,9 milliards de bénéfices réalisés au lieu des 300 millions prévus en 2018. Recettes en hausse et maîtrise des dépenses expliqueraient la soudaine embellie. Et les perspectives sont favorables puisqu’«aucune économie ne sera nécessaire en 2020», expliquait le Conseil fédéral en février 2019.

Illustration: HERJI

Or, Karin Keller-Sutter, cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP), s’empressait sept mois plus tard d’annoncer 30 millions d’économies dans l’asile. Qu’elle expliquait par une baisse des demandes de protection justifiant un redimensionnement des centres fédéraux et son intention de serrer la vis en matière d’expulsions. Ne pouvait-on imaginer meilleure réallocation des ressources? Un autre message à faire passer qu’un discours gestionnaire et sécuritaire ressassé à l’envi? Investir davantage dans l’insertion et l’émancipation des nouveaux arrivants par exemple? Quelque chose de plus courageux, pragmatique?

Alors que dans tout le pays, cantons, communes, citoyen-n-es, cherchent à composer avec des dispositions et incitations administratives totalement déconnectées de la réalité du terrain, on attend toujours un ou une responsable politique à Berne, qui oserait présenter les choses à la population de façon simple et honnête.

Priver une personne en emploi du droit de travailler alors que l’on sait qu’elle ne va pas pouvoir être renvoyée et que la situation totalitaire qu’elle a fuie ne l’incitera pas à rentrer d’elle-même, comme c’est le cas des Érythréens déboutés, va à l’encontre du bon sens. Et de l’intérêt de la Suisse.

Un bon sens auquel appellent les plus de 10 000 pétitionnaires de l’appel déposé fin 2019 à la Chancellerie fédérale. Ils demandent aux autorités de laisser les jeunes déboutés terminer leur formation entamée en Suisse. Employeurs, professionnels, familles d’accueil ont été effarés de voir des centaines de jeunes contraints d’interrompre ou de renoncer à un apprentissage en raison du rejet de leur demande de protection et se retrouver sans perspectives, au régime de l’aide d’urgence, pendant des mois. Quel intérêt?

Miser sur ces mesures punitives et dissuasives en pensant que les hommes, femmes et enfants finiront bien par «disparaître» en entrant en clandestinité ou en quittant le territoire est illusoire. Les gens ne disparaissent pas. Ils s’enfoncent dans une précarité qui n’est bénéfique pour personne, comme le montre la Commission fédérale pour les migrations. Ses recommandations, notamment de les autoriser à travailler, à rester en appartement, à accéder systématiquement à une possibilité de régularisation sont pragmatiques, non idéologiques. De même, stabiliser le séjour des titulaires d’une admission provisoire au bout de sept ans sachant que cela facilitera leur insertion sur le marché du travail et leur indépendance financière est faire preuve de bon sens.

Un pragmatisme qu’il ne faut pas attendre du DFJP ou du Secrétariat d’État aux migrations, aux schémas de pensée figés. En matière de cohésion sociale, d’éducation, d’emploi, c’est du terrain et des institutions concernées que doivent être définis les priorités, les besoins, les solutions. Comme le montre notre dossier sur la formation, c’est de là que viennent souvent des solutions innovantes et non discriminantes, qui pourront également être mises en œuvre auprès d’autres populations, précarisées ou non, suisses ou non.

SOPHIE MALKA


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